L A T Y R A N AI E
La suspension du Parlement. — A l'ouverture du troisième Parlement, Charles avait fait entendre aux députés, d'un ton menaçant, que l'existence d'une Chambre dépendait de leur degré de soumission à la volonté royale. « Si vous ne faites pas votre devoir « , dit le Roi, « je serai obligé d'user des moyens que Dieu a mis entre mes mains. » Cette menace ne réussit pas à ébranler l’énergique opposition des Communes, et Charles passa des paroles aux actes. « Nous avons montré jusqu'ici, en convoquant à plusieurs reprises les députés de la nation, notre amour pour le gouvernement parlementaire » , dit-il dans une proclamation qui suivit la dissolution des deux Chambres ; « mais les derniers scandales m'ont obligé à suivre, bien cà contre-cœur, une autre politique, et nous regarderons comme une atteinte à notre puissance toute prétention de fixer d’avance une date pour la réouverture du Parlement. 75
Onze ans se passèrent, en effet, sans que le Parlement fut convoqué. Il serait injuste cependant d’accuser le Roi d'avoir eu le plan arrêté d’établir l’absolutisme en Angleterre et d'apporter aucun changement à ce qu'il croyait être l’ancienne constitution du royaume. Bien que Charles détestât le nom seul de Parlement, jamais il ne lui fût venu à l’idée de le supprimer définitivement. Il espérait que la nation recouvrerait tôt ou tard son bon sens, et qu’alors les Chambres pourraient se réunir de nouveau sans danger pour la Couronne. En attendant, il se proposait de gouverner seul, avec les ressources « que Dieu lui avait mises entre les mains » . 11 étouffa ainsi toute velléité de résistance, en jetant les chefs du parti national en prison. Eliot expira à la Tour, premier martyr de la liberté. O11 interdit sévèrement de parler de la réunion d’un nouveau Parlement, et Laud se
1 Sources : Pour les principaux événements de cette époque, voir les chapitres précédents. Consulter les Lettres âe Strafford , les Calendars of State Papers . Consulter aussi pour l'Ecosse l'excellente Histoire d'Ecosse de M. Burton, et pour l'insurrection écossaise, les Lettres de Baillie. Lire dans Clarendon : History of the rébellion r les portraits de Weston el des principaux hommes d'Etat de cette période.