‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 155 sur 187 · DÉCLARATION DE GUERRE DE L’AMÉRIQUE · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DE GUERRE DE L’AMÉRIQUE

l’Angleterre. Mais c’est aussi de cette époque que date le réveil du mouvement progressiste qui avait été arrêté par la guerre. La publication de l ’ Edinburgh Review ( I 802), par un groupe de jeunes avocats d’Edimbourg, marqua ce réveil des idées de réforme administrative et constitutionnelle, abandonnées quatre fois par William Pitt avec tant de regrets. Jérémie Bentham remit eii honneur les spéculations politiques en prenant la défense de la doctrine de l’utilité et en donnant pour but à la politique « le bonheur du plus grand nombre « . En 1809, sir Francis Burdett rouvrit la question.de la réforme parlementaire. Une quinzaine seulement de membres du Parlement appuyèrent sa motion; un pamphlet qu’il publia peu après, où il appelait la Chambre des communes a une réunion d’individus rassemblés par des moyens dont il est inutile de parler» , lui valut un emprisonnement temporaire à la Tour, où il resta jusqu’à la prorogation du Parlement. Canning produisit un effet bien plus puissant par sa constance à remettre d’année en année sur le tapis la question de l’émancipation des catholiques. Aussi longtemps que vécut Perceval, l’introduction de l’une et l’autre réforme était impossible; mais lorsque lord Liverpool arriva au pouvoir, le progrès des idées libérales dans la nation se fit sentir par l’esprit conciliant et modéré du ministère. L’émancipation des catholiques fut prise au sérieux, même par le conseil des ministres, et elle fut adoptée en 1812 par une triomphante majorité à la Chambre des communes, bien qu’elle fût rejetée par les lords.

Déclaration de guerre de l’Amérique. — Au milieu des troubles politiques et sociaux qui les tenait toujours en éveil, les hommes d’Etat tories ne voyaient pas d’un œil tranquille les terribles conséquences de la ruine de l’industrie anglaise, dont les menaçait l’alliance de l’Amérique avec Napoléon. Us allaient rappeler les ordonnances du conseil, quand ils furent arrêtés dans leurs plans par la dislocation du ministère Perceval. Il avait été faible dès l’origine. Une rechute du Roi avait nécessité au commencement de 1811 un acte du Parlement confiant la régence au prince de Galles; et le' cabinet Perceval était menacé dans son existence par les sympathies whigs du prince. La conduite de la guerre se ressentit de leur situation précaire; l’apparente inaction de W ellington en 18 11 était due aux hésitations et à la timidité des ministres. En mai 1812, Perceval lut assassiné par un fou, nommé Bellingliam ; le ministère donna sa démission, et le régent s’efforça de le remplacer par des whigs. Des défiances mutuelles empêchèrent l’accord de se faire, et le ministère démissionnaire fut réinstallé sous la direction de lord Liverpool, homme d’intelligence moyenne, mais modéré, instruit, et remarquablement habile à maintenir l’harmonie entre ses collègues. Le plus important parmi ses collègues était lord Castlereagh, qui devint ministre des affaires étrangères.

Il eut, dès son arrivée aux affaires, à faire face aux dangers provoqués

par les ordonnances du conseil sous Canning. Au commencement de 1812, l’Amérique n’espérait plus obtenir justice, et se résolut à la guerre. Le Congrès vota une augmentation de l’armée et de la flotte, et mit l’embargo sur tous les navires qui se trouvaient dans les ports américains. On aurait pu éviter les hostilités ouvertes en rappelant les ordonnances comme on l’avait déjà décidé, mais l’assassinat de Pereeval avait fait manquer le moment favorable. Le 23 juin, douze jours après la formation du nouveau ministère, on révoqua les ordonnances. Mais Je 13 juin un acte du Congrès avait déclaré la guerre à l’Angleterre.

Salamanque et Moscou. — Le moment choisi par l’Amérique pour entrer en lutte avec l’Angleterre était un des plus critiques de l’histoire de l’humanité. Six jours après la déclaration de guerre par le président Madison, Napoléon traversa le Niémen en marche sur Moscou. Le même système continental qui avait allumé la guerre entre l’Angleterre et l’Amérique rompit l’alliance de l’Empereur avec le tsar Alexandre formée à Tilsitt, et rendit inévitable une lutte avec la Russie qui devait être fatale à la France. Napoléon était irrité du refus de la Russie de supprimer définitivement tout commerce avec l’Angleterre, suppression qui eût ruiné les propriétaires fonciers russes; d’un autre côté, le Tsar voyait avec une inquiétude croissante l’extension de l’Empire français, conséquence fatale de la résolution prise par l’Empereur de faire exécuter son système commercial en s’emparant de toutes les côtes septentrionales. En 1811, la Hollande, les villes lianséatiques, une partie de la Westphalie et le duché d’Oldenbourg furent successivement annexés, et le duché de Mecklemhourg se trouvait sérieusement menacé. La demande comminatoire adressée par la France à la Russie d’avoir à cesser immédiatement tout commerce avec l’Angleterre, amena une rupture ouverte, et l’on se prépara de part et d’autre à une lutte gigantesque.

On appela les meilleures troupes d’Espagne sur la frontière de Pologne; et Wellington, dont l’armée s’élevait à quarante mille hommes de nationalité anglaise et à vingt mille Portugais, profita de cette retraite pour abandonner la défensive et prendre l’offensive. Ciudad-Rodrigo et Radajoz furent prises d’assaut au printemps de 1812; et, trois jours avant que Napoléon eût passé h' Niémen (24 juin) en route pour Moscou, Wellington traversa l’Aguéda et marcha sur Salamanque. Après une série de mouvements très-habiles de part et d’autre, Marmont, à la tête de l’armée du Nord, attaqua les Anglais campés sur les hauteurs aux environs de la ville (22 juillet). Pendant qu’il exécutait un mouvement tournant à droite des positions anglaises, il laissa son aile gauche isolée, et Wellington s’écria :

« Marmont est perdu! » Lançant sur lui le gros de son armée, il l’écrasa et resta maître du champ de bataille. Les pertes étaient à peu près égales des deux côtés, mais cet insuccès avait complètement démoralisé l’armée

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