CHUTE DE NAPOLÉON
française; sa retraite obligea Joseph à quitter Madrid, et Soult à évacuer l’Andalousie et à concentrer l’armée du Sud sur les côtes de l’Est. Pendant que Napoléon en était encore à avancer lentement dans les immenses plaines de Pologne, Wellington faisait son entrée à Madrid (août) et commençait le siège de Burgos. La ville résista héroïquement pendant un mois, jusqu’à ce que l’approche des deux armées françaises, concentrées au nord et au sud de l’Espagne, obligeât Wellington à battre précipitamment en retraite sur les frontières de Portugal (18 octobre).
S’il avait réussi à ébranler la domination des Français en Espagne, son échec final montrait combien leur position militaire y était encore solide. Mais on oublia bientôt cette déception en apprenant les nouvelles de Russie. Au moment où les troupes anglaises abandonnaient le siège de Burgos, commença la retraite de la grande armée de Moscou. Victorieux à Borodino, Napoléon était entré e en triomphe dans l’ancienne capitale de la Russie et avait attendu avec impatience les propositions de paix du Tsar, lorsqu’un incendie allumé par les habitants eux-mêmes réduisit la ville en cendres. L’armée française fut obligée de se retirer au milieu des horreurs d’un hiver russe. Aussi, des quatre cent mille hommes de la grande armée, quelques milliers seulement repassèrent le Niémen (décembre 1812).
Chute de Napoléon. — Malgré les gigantesques efforts de Napoléon pour réparer la perte de la grande armée, le charme magique qu’il avait jeté sur l’Europe se trouvait rompu par la retraite de Moscou. La Prusse se souleva contre lui au moment où l’armée russe traversait le Niémen au printemps de 1813, et les Français qui l’occupaient furent immédiatement rejetés sur l’Elbe. Le génie militaire de l’Empereur se manifesta alors avec plus de puissance que jamais. Il réunit deux cent mille hommes à Mayence, marche contre les forces combinées de la Prusse et delà Russie en mai, les force à évacuer la Saxe par la victoire de Lutzen, et les rejette sur l’Oder par un second succès à Baulzen. Découragés par ces défaites et par la neutralité de l’Autriche, les deux alliés consentent au mois de juin à un armistice et négocient pour obtenir la paix. Mais l’Autriche, bien que peu disposée à ruiner la France au profit de la Russie, sa rivale en Orient, était aussi décidée que la Russie et la Prusse à détruire l’hégémonie de Napoléon en Europe; au moment où elle s’apercevait que l’Empereur cherchait à la jouer par de factices négociations, elle apprit que les Français étaient chassés d’Espagne, et elle se décida à agir.
En mai 1813, Wellington, quittant de nouveau le Portugal à la tête d’une armée qui s’élevait maintenant à quatre-vingt-dix mille hommes, atteignit les troupes françaises qui battaient en retraite et leur infligea une défaite à Vittoria (21 juin). C’est en pleine déroute qu’elles franchirent les Pyrénées. Madrid fut immédiatement évacué, et Clauzel sortit de
LA GUERRE AVEC LA FRANGE (l 7 9a- 1 8 1 :>).
Saragosse pour se replier vers la France. Celte victoire ne délivra pas seulement l’Espagne des envahisseurs, mais elle rendit courage aux alliés. A la fin de l’armistice, l’Autriche unit ses forces à celles de la Prusse et de la Russie, et, en octobre, la terrible défaite de Napoléon à Leipzig obligea l’armée française à reculer jusqu’au Rhin. Les événements se précipitaient. Arrêté quelque temps par les sièges de Saint-Sébastien et de Pampelune, ainsi que par la résistance obstinée du maréchal Soult dans les Pyrénées, Wellington fut vainqueur sur la Bidassoa dans le même mois où fut gagnée la victoire de Leipzig, et entra en France. Les alliés y étaient aussi entrés par la frontière du Rhin. Le 31 décembre 1 813, ils l’avaient franchi, et un tiers de la France tomba entre leurs mains. Deux mois encore, Napoléon, par des prodiges d’habileté, se maintient avec des conscrits levés à la hâte et à peine instruits contre des forces écrasantes, tandis qu’au sud Soult, forcé dans son camp retranché près de Rayonne et battu à Orthez, était obligé de battre en retraite sur Toulouse devant Wellington. Les deux armées se livrèrent en avril un combat acharné, mais sans résultat. A ce moment, sans que les deux généraux le sussent, la guerre était finie. L’étonnante résistance de Napoléon se termina le 31 mars 1814 par la capitulation de Paris; elle fut immédiatement suivie de l’abdication de l’Empereur et du retour des Bourbons.
La guerre d’Amérique. — La joie du triomphe de l’Angleterre sur son plus puissant ennemi fut troublée par les vicissitudes diverses de la guerre que Napoléon avait allumée de l’autre côté de l’Atlantique. La déclaration de guerre paraissait une pure folie de la part des Américains. La marine américaine consistait en un petit nombre de frégates et de sloops, et son armée se composait d’une masse de recrues mal exercées et mal armées. Les Etats eux-mêmes étaient divisés sur l’opportunité delà guerre; le Connecticut et le Massachusetts refusèrent de fournir, soit des hommes, soit de l’argent. Trois tentatives faites pour pénétrer dans le Canada, pendant l’été et F automne, furent repoussées avec des pertes sérieuses. Mais les Américains trouvèrent d’éclatantes compensations à cet échec par de brillants succès sur mer. Dans deux engagements successifs entre des frégates anglaises et américaines, les premières furent obligées d’amener leurs pavillons. Ces deux victoires eurent des résultats beaucoup plus importants qu’on n’aurait pu le croire; ce furent les deux premiers coups un peu sensibles portés à la suprématie navale des Anglais.
En 1813, l’Amérique poursuivit ses triomphes en faisant de plus vigoureux efforts sur le continent; ses troupes traversèrent le lac Ontario, s’emparèrent de Toronto, détruisirent la flottille anglaise sur le lac Erié et se rendirent bientôt maîtresses du haut Canada. Une tentative d’invasion du bas Canada fut cependant repoussée avec succès, et les troupes anglaises et canadiennes réunies réussirent à reprendre, au cœur de l’hiver, la partie