LA TYRANNIE (1G
sentit autorisé à vaincre l’obstination des puritains en se servant de mesures de coercition. Mais le Roi s’en tint là. Un Richelieu aurait profité de l’occasion pour organiser un gouvernement despotique; Charles se contenta de remplir le Trésor; il n’avait, d’ailleurs, ni les qualités ni les défauts d’un véritable tyran ; il n’essaya pas de s’emparer du pouvoir absolu. Ne le possédait-il pas déjà en vertu de la Constitution? 11 ne songeait même pas à entretenir une armée permanente, un peu faute d’argent et surtout parce qu’il avait foi dans son principe et ne croyait pas qu’on pût songer à lui résister.
Son seul moyen pour se libérer de cette dépendance vis-à-vis du Parlement, qui révoltait son orgueil de roi, était une politique de paix, et d’économie. Pour éviter la guerre, il se montra plus indifférent que son père lui-même aux intérêts des protestants du continent. A cette époque, l’Allemagne était en feu ; l’apparition inattendue de Gustave-Adolphe et de ses Suédois au cœur de l’Empire avait complètement changé la face des choses; la défaite et la mort de 'I’illy, l’humiliation de la ligue catholique et la prise de Munich, la capitale de son chef, par les Suédois, délivrèrent les princes luthériens de l’Allemagne du Nord de la soldatesque impériale et contraignirent l’empereur Ferdinand II, tremblant derrière les murs deVienne, à appeler à son aide un aventurier nommé Wallenstein dont il redoutait l’ambition, mais qui seul étaitcapablc de repousser le conquérant suédois. Le protestantisme n’avait pour le moment rien à craindre. Mais ces victoires des protestants n’arrachèrent pas plus Charles à ses mesquines préoccupations de politique intérieure, que Jacques n’avait été arraché par leurs défaites aux ridicules tergiversations de sa diplomatie. Porter secours à Gustave-Adolphe, ou même se tenir sur un pied de neutralité armée, c’était imposer une charge au trésor royal et rendre nécessaire un nouvel appel aux Communes; or, Charles avait résolu de n’y plus avoir recours. Aussi s’empressa-t-il, au plus fort de la lutte, de signer la paix avec la France et l’Espagne, les deux grandes puissances catholiques, et eut-il soin de se tenir à l’écart de toute intervention dans les affaires du continent.
La question financière, de jour en jour plus grave, l’absorbait entièrement; ladette publiqueétaiténorme, etlerevenu de laCouronne, privé désormais des subsides du Parlement, ne suffisait pas aux dépenses courantes. Charles était naturellement frugal et laborieux, et l’administration du nouveau lord trésorier, YVeston, créé comte de Portland, formait un contraste heureux avec les folies et les prodigalités du temps de Buckingham. Cependant les économies réalisées par U'eston ne pouvaient combler le déficit ou plutôt le gouffre du Trésor. C’est alors que Charles eut recours à des mesures financières illégales qui montrèrent combien les Communes avaient raison de signaler le système des taxes arbitraires comme un péril imminent pour la liberté constitutionnelle.