‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 162 sur 187 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

était favorable à la réforme électorale, mais Wellington se refusa à toute concession. Ce refus l'obligea à donner sa démission, et pour la première fois depuis vingt ans les u/higs se virent de nouveau à la tête du pouvoir, sous la présidence de lord Grey.

Dès 1831, le nouveau ministère présentait au Parlement un bill de réforme parlementaire, qui enlevait le droit de représentation à cinquantesix bourgs en pleine décadence, ou bourgs pourris, distribua les cent quarante-trois sièges ainsi gagnés entre les comtés et les grandes villes qui n'avaient jusqu’ici envoyé aucun député au Parlement, fixa à dix livres sterling de contributions le cens électoral des propriétaires dans les bourgs, et étendit le droit de suffrage dans les comtés aux locataires à bail et aux copyholders . Après un premier échec, le ministère fit un appel au pays. La nouvelle Chambre des communes vota immédiatement le bill ; mais l’agitation devint tellement menaçante lorsqu’on apprit qu’il avait été rejeté par les lords, que lorsqu’il fut présenté pour la seconde fois à la Chambre haute, les lords qui le désapprouvaient se retirèrent en masse, pour permettre le vote de la loi (1 er juin 1832).

Le Parlement modifié se réunit en 1833 et produisit un mouvement de réaction par la violence et l’inexpérience d’un grand nombre de ses nouveaux membres et surtout par la conduite d’O’Connell. Lorsque lord Grey donna sa démission, en 1834, le ministère fut reconstitué sous les auspices du vicomte Melbourne. Congédié peu après par le Roi, qui s’était tourné du côté des tories, et remplacé pendant quelques mois par sir Robert Pecl (novembre 1834 — avril 1835), lord Melbourne rentra aux affaires, après de nouvelles élections qui avaient renvoyé une majorité uhiy.

Bien qu’ébranlé quelquefois par les continuelles fluctuations de P opinion publique, jamais ministère n’accomplit de plus importantes et de plus salutaires réformes que le ministère whig, présidé tour à tour par lord Grey et lord Melbourne, pendant les dix années qu’il resta au pouvoir (1831-1841). En 1833, l’esclavage, qui existait encore dans les colonies britanniques, bien que la traite des nègres eût été supprimée, fut aboli au prix de vingt millions de livres sterling (500 millions de francs) ; on retira à la Compagnie des Indes orientales le monopole du commerce, qui fut ouvert en Orienta tous les négociants. On porta remède en 1834 à la plaie toujours plus douloureuse du paupérisme, en publiant la nouvelle loi des pauvres. En 1835, la loi sur les conseils municipaux rendit aux habitants des villes le droit de s’administrer elles-mêmes, dont ils avaient été privés depuis le quatorzième siècle. L'acte cV enregistrement général passa en 1830, et le ministère porta remède aux incessantes querelles à propos des dîmes, par un acte de commutation des dîmes. On donna satisfaction aux dissidents en autorisant le mariage civil ; enfin un nouveau système d’instruction publique, inauguré en 183 4 par de modestes sub-

ventions annuelles pour les ccoles, fut poursuivi en 1839 par la création d’une commission du conseil privé, chargée de s’occuper de ces questions d’enseignement, et par l’augmentation annuelle des subventions scolaires.

Robert Peel. — Malgré l’importance de ces mesures, les difficultés du ministère whig augmentaient chaque année. L’Irlande, où O’Connell entretenait une incessante agitation pour le rappel de l’Acte d’union, ne pouvait être contenue que par des lois de répression. Malgré l’impulsion donnée au commerce par l’emploi de la vapeur pour les transports, qui fut inauguré lors de l’ouverture du chemin de fer de Liverpool à Manchester, en 1830, le pays était encore dans une situation cruelle. Le mécontentement des classes pauvres donna lieu, en 1839, à des émeutes au cri de : « Vive la Charte populaire! » Le peuple demandait le suffrage universel, le vote au scrutin secret, des parlements annuels, des districts électoraux également répartis, l’abolition du cens électoral pour les députés et la rémunération des fonctions parlementaires. Au Canada, une querelle entre les deux districts du haut et bas Canada dégénéra en une formidable insurrection, grâce à la mauvaise administration du gouvernement colonial.

Comme ministre des affaires étrangères, lord Palmerston, disciple de Canning, montra de l’énergie, mais créa un malaise général par sa politique brouillonne ; pour soutenir doua Maria en Portugal et Isabelle II en Espagne contre des prétendants absolutistes, il forma une quadruple alliance avec la France et les deux royaumes de la Péninsule; il força, en 1840, Méhémet-Ali, pacha d’Egypte, à renoncer à ses attaques contre la Turquie par le bombardement de Saint-Jean d’Acre : en même temps la conscience publique était blessée par une guerre faite à la Chine (1839) pour l’obliger à autoriser l’introduction en contrebande de l’opium dans l’Empire. Le ministère reçut un coup plus terrible encore par les événements arrivés dans l’Inde, où l’occupation de Caboul en 1839 finit deux ans plus tard par une révolte générale des Afghans et la perte de l’armée anglaise au défilé de Khayber.

La mort de Guillaume IV et P avènement de Victoria, fille de son frère Édouard, duc de Kent (1837), rendit quelque force au gouvernement. L’avénement de Victoria mit fin à l’union de l’Angleterre et du Hanovre, ce dernier Etat devant échoir au plus proche héritier mâle, Ernest, duc de Cumberland. Mais l’influence des whigs sur les Communes diminuait de jour en jour, et les élections générales de 1841 donnèrent à l’opposition conservatrice une majorité d’une centaine de voix. La confiance générale en sir Robert Peel, qui avait succédé à lord Melbourne comme chel du cabinet, lui permit de s’occuper activement de deux des questions qui avaient le plus embarrassé ses prédécesseurs ; il répara le désordre des

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