LA GUERRE DE RUSSIE ET L’INSURRECTION DES C I V A Y E S
Sikhs, en 1848, se termina l'année suivante par la victoire de Goojerat et l’annexion du Penjab.
La guerre de Russie et l’insurrection des cipayes. — La paix s’était trop longtemps maintenue entre les puissances européennes depuis 1815, pour qu’elle ne fût pas près de sa lin. En 1852, le ministère de lord John Russell tomba, pour faire place pendant peu de temps à un cabinet conservateur avec lord Derby à sa tête; mais l’union des wliigs avec les libres échangistes de la nuance Robert Peel les ramena aux affaires à la fin de 1852. Lord Aberdeen, le nouveau président du conseil, fut dès l’abord obligé de s’opposer aux tentatives de la Russie pour imposer un traité humiliant a la Turquie ; et l’Angleterre s’allia en 1854 à Louis-Napoléon, qui s’était fait proclamer empereur des Français, pour empêcher le Tsar d’envahir les principautés danubiennes. L’armée russe se retira ; mais les troupes alliées débarquèrent en septembre sur les côtes de Crimée ; après avoir remporté une victoire sur les bords de l’Alma, elles entreprirent le siège de Sébastopol. La garnison montra bientôt qu’elle était aussi forte que les assiégeants, qui, à l’arrivée de nouvelles troupes russes, se trouvèrent assiégés à leur tour. Une attaque des Russes contre les retranchements des Anglais à Inkermann (5 novembre 1854) fut repoussée à l’aide d’une division française; mais l’hiver fit plus de victimes que le canon des Russes, et le froid et la maladie décimèrent l'armée anglaise.
L’indignation publique qui se manifesta à la nouvelle de toutes ces souffrances obligea lord Aberdeen à se retirer du ministère, dès le commencement de 1855, et lord Palmerston devint président du conseil dans un cabinet qui comprenait les membres les plus belliqueux de la précédente administration. Après un siège de près d’une année, les alliés s’emparèrent de Sébastopol en septembre, et la Russie, épuisée par la lutte, consentit en 1856 à la paix, qui fut signée à Paris. Le renom militaire de l’Angleterre avait eu beaucoup à souffrir de la dernière guerre; ce fut en partie la cause d’une révolte des troupes natives au Bengale en 1857. Les intrigues de la Russie, le fanatisme musulman, l’irritation causée par l’annexion du royaume d’Oude par lord Daïhousie, et la croyance invétérée des Hindous que les Anglais avaient résolu de les faire chrétiens en les obligeant à renoncer à leurs castes, ont été considérés tour à tour comme les causes d’une insurrection qui reste encore un mystère pour tout le monde. Une sédition des troupes indigènes ou cipayes à Meerut, en mai 1857, fut suivie de la prise de Delhi, où le roi du pays fut proclamé empereur de l’Hindoustan, d’une nouvelle insurrection, du massacre des Européens à Cawnpore et enfin du soulèvement de l’Oude et du siège de la Résidence à Lucknow. Les troupes anglaises dans l’Inde étaient trèspeu nombreuses; aussi, pour le moment, tout le centre et l’est de l’Inde
EPILOC LE.
semblaient-ils perdus; mais Madras, Bombay et le Pendjab restèrent tranquilles, et les Anglais surent non-seulement conserver leurs positions au Bengale et dans l’Oude, mais ils marchèrent sur Delhi, qui fut prise d’assaut en septembre 1857. Deux mois plus tard, l’arrivée de sir Colin Campbell, avec des troupes fraîches, sauva Lucknow, héroïquement défendue jusque-là par sir Henry Havelock, qui tint la campagne avec une poignée d’hommes et chassa les rebelles de la province d’Oude. Immédiatement après la pacification de l’Inde, le gouvernement du pays fut transféré en 1858 de la Compagnie à la couronne. La reine Victoria reçut le nom de souveraine de l’ilindoustan, et le gouverneur général prit le nom de vice-roi.
Lord Palmerston (1858-1865). — Le crédit que lord Palmerston s’était acquis pendant ces deux luttes contre la Russie et les cipayes fut ébranlé par la proposition qu’il fit en 1858 de modifier la loi sur les conspirations, à la suite d’une tentative d’assassinat contre Napoléon III, qui avait été préparée, croyait-on, sur le sol anglais. Des officiers français se laissèrent aller à de telles violences de langage qu’elles provoquèrent un grand mouvement d’enrôlements volontaires ; on compta bientôt cent cinquante mille hommes; l’irritation était telle que le bill présenté par déférence pour la France fut rejeté par la Chambre des communes.
Lord Derby redevint premier ministre pendant quelques mois, mais de nouvelles élections ramenèrent lord Palmerston, qui ne quitta plus les affaires jusqu’à sa mort (1 8(55). A l’intérieur, sa politique fut purement conservatrice; il était préoccupé avant tout de maintenir la neutralité de l’Angleterre dans les cinq grandes luttes qui bouleversèrent alors non-seulement l’Europe, mais aussi le nouveau monde : une guerre entre la France et l’Autriche en 1859, qui finit par la création du royaume d’Italie; une guerre civile en Amérique (1801) entre les États du Nord et ceux du Sud qui voulaient sortir de la Confédération, guerre terminée cinq ans après par la soumission de ces derniers; l’insurrection de Pologne en 1863; l’expédition de la France au Mexique; et enfin* l’invasion du Danemark par la Prusse et l’Autriche en 1864. La guerre d’Amérique, en arrêtant le commerce du coton, réduisit les filateurs du Lancashire à une véritable détresse; l’équipement de croiseurs américains au nom de la Confédération du Sud dans les ports anglais donnait en même temps aux États du Nord de justes motifs d’irritation qui ne se calmèrent que beaucoup plus tard. L’ Angleterre resta neutre, et celte politique de non-intervention fut continuée après la mort de lord Palmerston par son successeur lord John Russell, qui conserva son attitude expectante même pendant le court et décisif conflit entre le royaume de Prusse et l’empire d’Autriche en 1866, qui donna au premier la suprématie en Allemagne.
L’Angleterre conserva la même attitude pendant la guerre franco-aile-