LE G O U V E II IV E \I E N T DU II O I
Le gouvernement du Roi- — Il est curieux de voir à quels moyens honteux la majesté royale était obligée de s’abaisser pour remplir le Trésor, tout en évitant de violer ouvertement les anciennes lois constitutionnelles et de lever des impôts par la seule autorité de la Couronne. 11 usa et abusa de ses prérogatives royales; il lit revivre un ancien droit tombé en désuétude qui lui permettait d’imposer aux grands propriétaires ruraux de se faire recevoir chevaliers ; en cas de refus, il obligeait les récalcitrants à entrer en arrangements avec lui et les frappait de lourdes amendes, à la plus légère irrégularité dans leurs titres de propriété; enfin, une commission forestière extorquait d’énormes sommes d’argent aux possesseurs de terres voisines des domaines de la Couronne, sous prétexte d’empiétements illégaux. La ville de Londres, qui s’était attirée l’animadversion particulière de la cour à cause de son attachement obstiné au puritanisme, eut beaucoup à souffrir de l’avidité et de la violence de Charles I er . Celui-ci avait fait revivre un ancien décret de Jacques, interdisant l’extension de la capitale en dehors de certaines limites. Hors de ces limites, les maisons des immenses faubourgs de la capitale ne furent sauvées qu’au prix d’une somme équivalant à trois années de revenu. Le Trésor, par cette habile mesure, se fit une centaine de mille livres; mais Charles s’attira ainsi la profonde inimitié des bourgeois de Londres, dont les richesses et l’énergie devaient plus tard si puissamment contribuer à sa chute. Bien que les catholiques n’eussent plus à subir aucune persécution directe et que le lord trésorier leur fût tout à fait sympathique, la pénurie du Trésor était telle, que la Couronne fut obligée de maintenir l’ancien système d’amendes contre les « récusants « .
Ces mesures étaient sans doute aussi vexatoires qu’illégales, mais elles firent encore moins de tort au gouvernement que l’avilissement de la justice, devenue, entre les mains de la Chambre étoilée, une source de revenus pour le Roi. C’est U/olsey, comme on sait, qui avait rendu au conseil royal son caractère judiciaire pour faire échec à l’aristocratie, et son autorité devint de plus en plus grande sous les Tudor, surtout en matière criminelle; il jugeait les gens accusés de faux et parjures, les émeuliers, les banqueroutiers, les libellistes et enfin les conspirateurs; tous les délits restés impunis, soit à cause de l’insuffisance des lois en vigueur, soit à cause de la haute situation des coupables, étaient jugés devant le conseil. La procédure en usage ressemblait beaucoup à celle de la chancellerie : le procureur du Roi ( King's attorney) portait les affaires devant le conseil ; accusés et témoins étaient interrogés sous serment, chacun à leur tour; le tribunal pouvait prononcer toutes les peines en vigueur, à l’exception de la peine de mort. Une arme aussi redoutable aurait pu devenir fatale à la liberté aux mains d’un despote de génie ; mais Charles I er n’y voyait qu’une source de profits pour le Trésor. Un grand nombre de cas, qui auraient dû être portés devant les tribunaux ordinaires,