‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 19 sur 187 · LA TYRANNIE (1G29-1G · texte numérisé non relu

LA TYRANNIE (1G29-1G

étaient évoqués devant la Chambre étoilée, à seule fin de frapper les accusés d’amendes au profit de la Couronne. C’est ce qui explique les peines sévères prononcées pour des peccadilles ; par exemple, un oncle qui épousait sa nièce était frappé d’une amende de douze mille livres, et l’on exigeait jusqu’à quatre et cinq mille livres pour la moindre querelle entre seigneurs de la cour.

On extorquait aussi de l’argent pour la flotte en se servant par abus d’un ancien privilège qui donna lieu plus tard à la grande lutte provoquée par le ship money (argent des vaisseaux). L’un des fonctionnaires de la Couronne, appelé \ T oy, très-versé dans les questions de droit, avait découvert, dans les Archives de la Tour, de vieux arrêtés stipulant que les navires du Roi devaient être fournis parles ports du royaume, et que l'armement de la flotte était à la charge des comtés maritimes. Ces décrets dataient d’un siècle où n’existait aucune flotte permanente et où la guerre maritime était faite par des vaisseaux empruntés à différents ports du royaume. Ou vit dans ces décrets un moyen d’entretenir la marine royale sans qu’il en coûtât un sou au Trésor; les récalcitrants étaient menacés de lourdes amendes et de la prison.

Ces expédients cependant donnèrent plus d’ennui que de profit. Charles I ep fut entraîné d’illégalité en illégalité jusqu’à violer ouvertement la loi; il ressuscita d’anciens monopoles abandonnés par Elisabeth, abrogés sous le règne de Jacques I er par un acte du Parlement, et formellement condamnés de son propre consentement, dans la Pétition des droits , pour les rétablir sur une échelle beaucoup plus vaste encore qu autrefois , les compagnies qui s’en chargeaient payaient à la Couronne, outre une part dans les bénéfices, une somme énorme pour prix de la concession du monopole. Bientôt le savon, le vin, le sel, enfin tous les articles de première nécessité, se trouvèrent aux mains des spéculateurs et s’élevèrent à un taux hors de proportion avec le gain du gouvernement. « Ils buvaient dans nos tasses » , disait plus tard Colepepper en plein Parlement, u trempaient leurs doigts dans nos plats et s’asseyaient à nos foyers ; nous les trouvions dans la cuve à teinture, dans le baquet à lessive, presque dans notre poire à poudre; ils partageaient les bénéfices du coutelier; en un mot, nous leur appartenions corps et biens. »

Rien ne donne mieux l’idée du caractère de Charles que sa conduite dans l’affaire de la Pétition des droits. Le serment qu’il avait prêté, affirmant aux députés « qu’ils pouvaient compter sur sa parole royale » , ne troubla jamais son repos. Après la dissolution du Parlement de 1628 , il eut recours à tous les abus qu’il avait promis de supprimer, aux emprisonnements arbitraires, aux pressions exercées sur la magistrature, comme à des choses toutes naturelles. La pénurie du Trésor, malgré les expédients financiers, le poussa fatalement vers la pente dangereuse des impôts illégaux; on continua à lever comme autrefois d’énormes droits de douane,

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