‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 20 sur 187 · STRAFFORD (163O-1G · texte numérisé non relu

STRAFFORD (163O-1G

et dans les ports le Hoi décréta la levée de nouveaux dons gratuits dans les comtés. Les bourgeois de Londres récalcitrants étaient sévèrement punis par la Chambre étoilée. Un alderman de Londres, nommé Chainbers, fut condamné à une amende de deux mille livres pour avoir dit cc que les choses allaient plus mal en Angleterre qu’en Turquie « . Le malheureux mourut de chagrin en prison, complètement ruiné. Les francs tenanciers des comtés se soumirent moins aisément ; ceux de Cornouailles, convoqués à Bodmin pour souscrire à un emprunt, refusèrent en grand nombre, et les autres ne payèrent pas plus de deux mille livres. L’un de ces francs tenanciers nous a laissé un amusant récit de l’entrevue avec les commissaires du gouvernement : a Ils s’étaiént mis en

frais d’éloquence, tour à tour priant ou menaçant. Quelques-uns d’entre nous se laissèrent intimider; quant à moi, on fit tout au monde pour me soutirer de l’argent; mais, sachant à qui j’avais affaire, j’ai gardé tout le temps mes mains serrées dans mes poches. 7 ?

Strafford (1630-1640). — Malgré toutes ces mesures vexatoires et arbitraires, la nation ne paraissait pas inquiète pour ses libertés. Dans toutes les lettres de cette époque, on trouve une confiance touchante dans le triomphe définitif de la légalité. Charles était obstiné, mais l’obstination se rencontre trop fréquemment chez les Anglais pour qu’on pût lui en vouloir beaucoup. Le peuple était aussi entêté que son souverain et avait assez de bon sens pour savoir que la moindre crise ferait écrouler tout le système financier que Charles avait si patiemment édifié et l’obligerait à convoquer les Chambres pour demander des subsides. Aussi attendait-il des jours meilleurs. La merveilleuse prospérité du royaume expliquait cette patience. Grâce à la longue période de paix dont on avait joui, le commerce s’était développé rapidement, et l’industrie avait pris une grande extension dans la partie ouest du Yorkshire; on défrichait des terres et l’on achevait un vaste plan de dessèchement des marais. Le luxe inouï des manoirs de la petite noblesse prouvait à quel point elle s’était enrichie. Le contraste que présentait l’Angleterre, paisible et florissante, avec les royaumes du continent, déchus et ruinés par la guerre civile, semblait donner raison aux partisans du régime despotique.

Le pays paraissait si tranquille, qu’à la cour tout sentiment de danger avait disparu. « Des hommes d’Etat et des membres du conseil privé se mettaient à rire lorsqu’on parlait devant eux de liberté individuelle ». Il y avait des courtisans assez hardis pour exprimer l’espoir « que le Uoi n’aurait plus jamais besoin de Parlements » . Sous ce calme apparent grondait un mécontentement croissant. « Le peuple était prêt à la révolte » , avoue ingénument Clarendon. Des milliers d’Anglais quittaient leur patrie pour l’Amérique; la petite noblesse se tenait à l’écart de la cour, et la majorité de la nation, surtout les francs tenanciers, pouvait 11. -5

à bon droit se plaindre de voir ses intérêts sans cesse lésés et sa liberté compromise.

Charles était plein d’illusions sur les véritables sentiments de son peuple ; mais un de ses ministres vit clairement combien les Anglais avaient raison d’attendre patiemment la suite des événements; il comprit que si le despotisme n’était pas établi sur des bases plus solides, il suffirait du moindre échec pour le renverser. Je veux parler de sir Thomas Wentworth, grand propriétaire du Yorkshire et l’un des représentants de ce comté au Parlement. Il avait été longtemps considéré comme l’un des membres les plus actifs du parti rural dans la Chambre des communes. Mais, dès son entrée dans la vie publique, il s’était montré ardemment désireux de trouver un emploi au service du gouvernement. Dès la fin du règne de Jacques I er , il était entré en relation avec la cour; il avait procuré un siège au Parlement à l’un des ministres du Roi, et on le croyait généralement en passe d’entrer à la Chambre des lords, lorsque Buckingham, jaloux de son habileté politique qu’aiguisait encore son ambition, le rejeta par des marques de mépris dans l’opposition. Son éloquence entraînante et enflammée, mais moins soutenue et moins grave que celle d’Eliot, en fit un des plus redoutables adversaires du gouvernement. Son patriotisme, toutefois, n’avait guère d'autre source que son aversion pour le favori ; ses intrigues à la cour décidèrent Buckingham à ruiner, par une insulte sanglante, cet insolent et redoutable rival.

Pendant une session des assises, où il siégeait comme shériff du Yorkshire, Wentworth reçut la nouvelle de sa destitution et de son remplacement par sir John Savile, son rival dans le comté, ce Puisqu’il a la lâcheté de faire semblant de me disgracier à la face même du pays » , s’écria-t-il dans un de ces fréquents accès d’indignation où il exhalait sa colère et son mépris, « je saurai bien effacer cet outrage avec le même éclat. » 11 se mit aussitôt en avant à la Chambre des communes, et fut un des promoteurs de la Pétition des droits. Y eut-il chez Wentworth, à cette heure de crise, un sentiment plus noble que le désir de vengeance, un véritable amour de la liberté ? Il est très-difficile de le discerner; mais il plaida la cause avec feu. a Si je n’ai pas loyalement insisté sur la nécessité de conserver la liberté individuelle pleine et entière » , dit-il en terminant un de ses discours au Parlement, «je consens à être pendu sur une colline pour servir d’exemple à ceux qui viendront après moi. »

Il resta en effet l’un des chefs du parti national jusqu’à l’assassinat de Buckingham. A peine eut-il vu disparaître l’homme qui faisait obstacle à l’accomplissement de son rêve d’ambition, que Wentworth jeta son masque de patriotisme. Il entra au conseil privé, et promit, le jour où il y siégea pour la première fois, « de délivrer la monarchie pour toujours des restrictions et des entraves que ses sujets voulaient lui imposer». Son zèle

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