‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 27 sur 187 · LA GUERRE DES ÉVÊQUES · texte numérisé non relu

LA GUERRE DES ÉVÊQUES

défection « , écrivait lord Nortliumberland. Strafford seul restait intraitable ; il était revenu d’Irlande avec des hommes et de l’argent qu’il avait aisément obtenus de son servile Parlement, dans l’espoir d’inspirer au Roi des mesures plus énergiques. Il soutenait que le refus du Parlement d’accéder aux demandes de Charles avait dégagé le souverain de toutes entraves légales, et qu’il pouvait désormais lever les impôts qu’il lui plairait. Le comte était d’avis de faire la guerre, et il prit le commandement de l’armée qui marcha de nouveau vers le nord ; mais les Ecossais avaient déjà passé la frontière, traversé la Tyne, occupé Newcastle, et envoyé de là des propositions dé paix’, priant le Roi d’avoir égard à leurs griefs, et, « avec l’avis et l’approbation des Etats d’Angleterre réunis en Parlement, d’établir une paix durable et désirée par tout le royaume « . Ils se préparaient en même temps à marcher sur York, où Charles s’abandonnait déjà au désespoir.

Derrière lui, l’Angleterre était en pleine révolte. Les apprentis de Londres insultaient Laud à Lanibetli, et faisaient irruption dans la salle, en pleine séance, de la Haute Commission ecclésiastique, à Saint-Paul. On appelait partout cette nouvelle prise d’armes, la Guerre des Evêques ; les nouvelles recrues massacraient leurs officiers suspects de papisme, brisaient les balustrades des autels de toutes les églises qui se trouvaient sur leur chemin, et désertaient pour retourner dans leurs foyers. Dans le camp même, ni les prières ni les menaces de Strafford ne pouvaient rappeler les troupes à leur devoir, et il fut obligé de reconnaître qu’il fallait au moins deux mois avant d’être prêt à livrer une bataille.

Le succès des Ecossais enhardit deux pairs, lord Wharton et lord Howard, à présenter au Roi une pétition en faveur de la paix ; Strafford les arrêta et proposa de les fusiller. Le conseil privé recula devant une pareille mesure. Les progrès menaçants des Ecossais obligèrent Charles à céder; et, après avoir essayé de tourner la difficulté en convoquant un Grand Conseil des pairs à York, il se décida, devant l’opposition générale, à convoquer les Chambres à Westminster.

Pym. — Si Strafford est pour nous la personnification de l’esprit de despotisme, John Pym, champion des Communes dans le nouveau Parlement, incarne le respect de la légalité. Issu d’une famille noble et riche du Somersetshire, il entra au Parlement dès 1614, et son emprisonnement à la fin de la session en fit un martyr de la cause nationale. Chef du parti de l’opposition en 1620 avec JohiTEliot, il était un a des douze ambassadeurs » pour lesquels Jacques ordonna d’apporter des fauteuils lors de la conférence de Whitehall. En 1640, il se trouvait être le seul survivant de toute une phalange de patriotes qui avaient lutté avec lui pour la liberté

1 Sources : L 'Histoire du Parlement do Clarendon a appartient plutôt » , comme le fait très-justement remarquer Hallam, « à. la classe des Mémoires qu’au genre historique * . Le singulier contraste entre la conduite de l’auteur à cette époque et son compte rendu des séances du Parlement, ainsi que l’insigne mauvaise foi avec laquelle il a sciemment altéré la plupart des événements, enlève toute valeur historique à cet ouvrage pour la première partie de la guerre civile. Néanmoins, l’ouvrage se recommande par de sérieux mérites; le style a une grande allure, et l’on y trouve de beaux portraits historiques. L "Histoire du Parlement de May est exacte et assez impartiale; mais les seules véritables bases de toute étude sérieuse de cette époque sont les comptes rendus des séances du Parlement conservés dans les Notes de sir Ralph Varncy (publiées par M. Bruce) et dans celles de sir Symonds d’Eues. C’est ce dernier qui a fourni à M. Forstev la matière de ses deux ouvrages The Great Remonstrance et T lie Arrest of the Pire Memhers , les livres ies mieux documentés que nous ayons pour cette période. Les State Papers de Ruslnvorth sont précieux pour toute cette époque; la collection de son rival, Nalson, est aussi digne de confiance, mais moins riche; toutes deux sont complétées par les Clarendon et Hardwicke State Papers. Citons parmi les Mémoires du temps ceux de Whitelock, Ludlovv, Warwick, et de madame Hutchinson, ainsi que The Life of Clarendon . Consulter pour l’Irlande, Carte, Life o f Ormond, enrichie de pièces justificatives ; pour l’Ecosse, les Lettres de Baillie et Y Histoire de M. Burton. Lingard nous donne d’utiles informations sur les intrigues de Charles avec les catholiques anglais et irlandais. Guizot attire surtout notre attention sur les rapports de l’Angleterre avec les puissances étrangères. La physionomie de Pym a été bien esquissée par M. Fors 1er dans ses Statesmen of the Commonwealth, et dans l’essai biographique de M. Goldwin Smith. On trouve enfin beaucoup de renseignements précieux dans l’ouvrage de &I. Sandford, Illustrations of the Great Rébellion .

pendant les premières années du régime despotique de Charles I er . Coke était mort de vieillesse, Cotton avait succombé au chagrin, Eliot avait expiré a la Tour, et Wentworth avait passé à l’ ennemi. Pym restait seul, aussi calme, aussi résolu qu’autrefois ; sa réputation était allée grandissant toujours pendant ces onze années d’un despotisme souvent accablant; et tous ceux qui avaient conservé l’espoir de jours meilleurs regardaient à lui avec une confiance absolue, comme au seul homme qui n’avait jamais douté du triomphe final de la liberté et de la loi. Clarendon insinue d’un ton amer et haineux, dans Y Histoire de la Rébellion, « qu’il était le plus populaire, mais aussi le plus dangereux des hommes de son temps et de tous les temps n .Patient au jour de l’épreuve, il montra à l’heure de la lutte qu’il savait agir. Peu avant l’ouverture du Long Parlement , il parcourut l’Angleterre à cheval pour réveiller chez les électeurs le sentiment de la crise qu’ils allaient traverser; aussi, dès l’ouverture des Chambres, il apparut, non-seulement comme le représentant du bourg de Tavistock, mais comme le chef incontesté des Communes. Il était du petit nombre des gentilshommes campagnards de la majorité qui avaient siégé dans les derniers Parlements; aucun d’eux notait aussi bien préparé que lui à représenter la tradition parlementaire au nom de laquelle on allait se battre. Moins hardie et moins originale que celle d’Eliot ou de Wentworth, P éloquence de Pym était très-logique et très-persuasive, et mieux appropriée aux nécessités du rôle de chef d’un grand parti. Ajoutez à cela beaucoup de sang-froid, une grande dextérité, un véritable esprit d’ordre dans le maniement des affaires, une prodigieuse habileté à diriger les débats et à y apporter une suite, une méthode inconnue jusque-là.

A toutes ces qualités si précieuses, il en joignait une autre, qui a fait de lui le plus grand des chefs parlementaires anglais, comme il en est le premier en date : sa clairvoyance. Il était le seul des cinq cents députés siégeant à Westminster qui eût nettement prévu les difficultés de la situation et deviné la meilleure manière de les résoudre. Il était évident qu’une lutte terrible allait s’engager entre la Couronne et le Parlement; qu’il y aurait scission entre les deux Chambres, comme cela s’était déjà vu dans des circonstances semblables. Les vieux politiciens du Parlement se sentaient impuissants en face d’un pareil conflit de deux pouvoirs associés, conflit que n’avait prévu aucune loi et que les précédents rendaient plus difficile encore à débrouiller. Pym, aussi bien informé que tous ses collègues des précédents parlementaires, avait une intelligence beaucoup plus juste et plus élevée des principes constitutionnels. C’est lui qui, le premier, découvrit et appliqua aux circonstances une doctrine qu’on peut appeler la proportionnalité constitutionnelle; il comprit que, dans le jeu des institutions parlementaires, le Parlement avait plus d’importance que le souverain, la Chambre des communes que celle des lords. Ces deux faits devinrent les bases essentielles de toute sa politique dans la lutte qui allait

84 LE LONG PARLEMENT (l 640- 1644).

commencer. Lorque Charles refusa d’agir, d’accord avec le Parlement, Pym considéra ce refus comme une sorte d’abdication temporaire qui investissait les deux Chambres, jusqu’à nouvel ordre, de la plénitude du pouvoir exécutif; de même, lorsque les lords essayèrent de s’opposer au fonctionnement régulier de la machine parlementaire, il les avertit que leur opposition n’empêclierait pas les Communes de se charger seules « de sauver le royaume » .

Ces deux principes, qui paraissaient alors tout à fait révolutionnaires, ont été reconnus, depuis le temps de Pym, comme les fondements mêmes du régime constitutionnel; le premier fut établi par le Parlement-Convention, qui se réunit après le départ de Jacques II ; le second a été universellement accepté depuis le vote du Bill de Réforme de 1832. On a reconnu que le gouvernement a pour organe essentiel la Chambre des communes, et doit être dirigé par des ministres qui représentent la majorité de cette Chambre.

En réalité Pym était, par son caractère, tout le contraire d’un révolutionnaire; peu d’hommes ont jamais eu autant de largeur dans leurs goûts et de modération dans leurs actes. Foncièrement sérieux, il n’en avait pas moins des manières aimables, presque chevaleresques; il passait sans effort d’un discours véhément contre Strafford à un gai bavardage avec lady Carliste ; la bonne grâce et la gaieté qu’il conserva toujours dans ses allures, même lorsque le soin et Je poids des affaires publiques le minaient lentement, firent courir beaucoup d’absurdes petites calomnies sur son compte parmi les débauchés du parti royaliste. C’est ce mélange étonnant de puissance et de souplesse qui le fit considérer dès le commencement comme un homme né pour gouverner; il se montra le plus subtil des diplomates et le plus éloquent des démagogues, tantôt démêlant les ni s les plus cachés de la conspiration de l’armée, tantôt enflammant les passions populaires par sa parole entraînante et passionnée. Bien qu’il ne fût plus dans la première jeunesse, car il était né en 1584, quatre ans avant l’Armada, il montra dès la première réunion du Long Parlement de grandes qualités d’administrateur, une prodigieuse faculté de travail, un véritable génie d’organisation, beaucoup de tact et de patience; il avait le talent d’inspirer confiance à tous ceux qui avaient affaire à lui, beaucoup de sang-froid et de modération dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, un courage indomptable et une volonté de fer. Aucun homme d’Etat anglais n’a jamais fait preuve d’une plus grande élévation de caractère unie à de plus hautes capacités gouvernementales que ce gentilhomme du Somersetshire, très-justement appelé le Roi Pym par ses ennemis, que la haine rendait clairvoyants.

L’œuvre du Parlement. — Son voyage à cheval à travers l’Angleterre n’était guère nécessaire, car la convocation seule du Parlement avait

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