L’OEUVRE DU PAH LE \IE IV T
suffi pour réveiller toute la nation. L’émigration puritaine qui se portait chaque année vers les nouvelles colonies anglaises fut instantanément suspendue. « Cet événement inattendu » , disait Winthorp, a avait décidé tout le monde à rester : on prévoyait une révolution. * Les chaires puritaines retentissaient de plaintes contre le gouvernement, et l’irritation générale du pays se révéla tout à coup dans une grêle de libelles, premiers spécimens de ce torrent de pamphlets qui continua de couler jusqu’à la Restauration, et transforma l’Angleterre en une véritable école de discussion politique. L’attitude résolue des députés à Westminster faisait contraste avec le langage hésitant du souverain. Chaque membre avait apporté de son bourg et de son comté un cahier de doléances, et chaque jour de nouvelles pétitions leur étaient remises par des députations de bourgeois et de fermiers. On nomma quarante commissions chargées de les examiner et d’en faire des rapports qui devaient être discutés à la Chambre des communes. Les différents actes illégaux et despotiques de la royauté furent abrogés les uns après les autres : Prynne et ses comartyrs sortirent de prison aux acclamations de la foule, qui jetait des lauriers sur leur passage. La juridiction civile et criminelle du conseil privé, la Chambre étoilée, la cour de la Haute Commission ecclésiastique furent supprimées sans discussion, ainsi que les juridictions exceptionnelles du Conseil du Nord et du Conseil du duché de Lancastre, le tribunal du comté de Chester et une quantité d’autres moins importantes. Le ship-money fut déclaré illégal, et le jugement dans l’affaire de Hampden simplement annulé. Une ordonnance « affirmant que, d’après l’ancien droit populaire du royaume, aucun subside ou droit de douane ne pouvait être établi ou imposé sur aucune marchandise d’importation ou d’exportation sans un vote du Parlement » , mit fin à la prétention de la Couronne de lever des taxes selon son caprice. Le Bill triennal obligeait le gouvernement à convoquer les Chambres tous les trois ans et forçait les fonctionnaires, chargés de surveiller les élections, de procéder au renouvellement des Chambres, dans le cas où le Roi refuserait de les convoquer.
Charles protesta, mais finit par céder ; il était contraint d’assister impuissant à la ruine de son. système despotique, car l’armée écossaise campait toujours au nord de la Tweed. Pour le Parlement, la présence des Ecossais était comme une garantie contre toute dissolution; aussi ne se pressait-il nullement de voter l’argent nécessaire pour les renvoyer chez eux. « Nous ne pouvons nous passer d’eux » , confessait ingénument Strode ;
^ les Philistins sont encore trop forts parmi nous. « Pendant ce temps le Parlement se montrait sévère, pj'esque dur, pour les agents du système royal; il ordonna de dresser, dans chaque comté, et de soumettre aux deux Chambres une liste des fonctionnaires royaux sous le nom de coupables ou délinquants . Windebank, le secrétaire d’Etat, et le chancelier Finch s’enfuirent saisis de terreur sur le continent. Laud lui-même
fut jeté en prison. Le pressentiment clu sort qui l’attendait se reflète dans les pages du Journal écrit à cette époque, et leur donne un accent ému qui étonne chez cet homme inflexible. « Je restai à Lambeth jusqu’au soir 75 , écrit l’archevêque, a pour éviter les regards du peuple, et je me rendis à ma chapelle pour les prières du soir; je lus le psaume du jour et le chapitre l d’Isaïe, qui me firent grand bien. Que Dieu me vienne en aide et me rende digne de jouir de ses consolations ! En allant à mon bateau, j’y trouvai des centaines de pauvres voisins qui m’attendaient et priaient pour que je retournasse sain et sauf dans mon palais ; je les bénis et remerciai Dieu de m’avoir donné cette douce joie. »
La mort de Strafford. — Malgré les haines terribles soulevées par Laud dans toutes les classes, sauf chez quelques pauvres familles où il s’était fait des amis par ses abondantes aumônes, elles étaient peu de chose en comparaison de l’horreur universelle qu’inspirait le comte de Strafford. O11 lui reprochait moins d’avoir été le docile instrument de la tyrannie que d’avoir trahi la cause nationale. « Cet apostat » , s’écriait le comte de Digby en terminant sa terrible invective, « 11e doit pas s’attendre a être pardonné en ce monde avant d’avoir été expédié dans l’autre. * Strafford comprit le danger, mais Charles le contraignit à paraître à la cour. Voulant payer d’audace, il résolut de prévenir l’attaque des chefs du Parlement en les accusant d’entretenir une correspondance criminelle avec les Ecossais; il était justement en train de développer son plan devant le Koi, lorsqu’il apprit que Pym présentait à la barre de la Chambre des lords sa mise en accusation pour crime de haute trahison, a II s’empressa * , dit un témoin oculaire, « de se rendre à l’assemblée, et, après avoir violemment frappé à la porte, il s’avança d’un air sombre et hautain jusqu’à sa place au banc des ministres. Plusieurs voix s’élevèrent pour le prier de quitter la Chambre, et il dut tout confus attendre à la porte qu’on le rappelât » . 11 ne rentra que pour entendre l’ordre de le conduire à la Tour; il voulait répondre à ses ennemis et les accuser à son tour de trahison ; il demanda de développer ses preuves; « mais on lui intima l’ordre de se retirer sans ajouter un mot » . Le gardien de la Verge Noire, qui était chargé de le conduire en prison, le pria de lui remettre son épée; u après quoi, Strafford se fraya un chemin à travers la foule jusqu’à son carrosse, et il ne se trouva personne pour saluer cet homme devant lequel, le matin même, les plus grands seigneurs d’Angleterre restaient tête nue » .
Dès lors, le Koi renonça à son attitude impérieuse et hautaine, et essaya de former un ministère parmi les patriotes, sous la direction du duc de Bedford, à condition que Strafford aurait la vie sauve. Cette proposition paraissait difficile à accepter ; d’ailleurs, la mort de Bedford et la duplicité de Charles interrompirent bientôt les négociations. On découvrit que le Koi