LA MORT DE STRAFFORD
n’avait cesse d’intriguer avec une poignée d’aventuriers qui lui offraient de le délivrer en poussant l’armée à s’insurger contre le Parlement. La découverte du complot de l’armée décida du sort de Strafford. Le procès commença à Westminster Hall, et tous les membres de la Chambre des communes se présentèrent comme témoins à charge. La passion politique était montée à un tel degré qu’on entendait à chaque instant des cris de sympathie ou de haine partir des bancs des députés. Strafford se défendit pendant quinze jours avec un véritable courage et une remarquable habileté contre les accusations accumulées contre lui ; il avait déjà, à plusieurs reprises, tiré des larmes de l’assistance par son éloquence pathétique, lorsque le procès fut tout à coup suspendu. On pouvait bien prouver d’une manière irréfutable qu’il avait gouverné en despote et abusé de son pouvoir, mais il était difficile de prouver qu’il était pour cela coupable de trahison. « La loi anglaise , dit Hallam, a ne parle pas des conspirations qui peuvent être formées contre elle, et les Statuts d’Édouard III restreignaient le crime de trahison à l’attaque à main armée contre le Roi et aux attentats contre sa personne. * Les Communes essayèrent de fortifier leurs accusations en présentant le procès-verbal d’une réunion du conseil privé, où Strafford avait proposé d’employer les troupes irlandaises à réduire le royaume à l’obéissance; mais qui pouvait démontrer que ces paroles étaient littéralement exactes? Les lords ne voulurent admettre cette preuve qu’à la condition de recommencer tout le procès. Pym et Ham p<i en restaient convaincus de l’excellence de leurs preuves; mais la Chambre refusa de les suivre ; et, sur la proposition de Saint-John et de lord Falkland., elle résolut d’abandonner la procédure judiciaire et d’avoir recours à un bill cV attainder ou de mise hors la loi.
Cette décision a été amèrement critiquée par quelques jDersonnes dont l’opinion en cette matière mérite toute considération. Cependant le crime de Strafford n’en était pas moins un crime, parce qu’il ne tombait pas sous le coup de la loi contre les traîtres. Il est impossible, en effet, de prévenir par tme loi spéciale tous les dangers qui peuvent menacer la liberté nationale. Même de nos jours un ministre, profitant des dispositions d’un Parlement élu dans un moment de panique, pourrait, une fois le péril passé et la nation rassurée, refijser de faire appel au pays, et gouverner contre son vœu. Une pareille conduite serait légale, à prendre les choses au pied de la lettre; mais le ministre n’en serait pas moins criminel. La conduite de Strafford, qu’elle tombât ou non sous le coup de la loi, n’était qu’une série d’atteintes aux libertés de la nation. La nation conserve toujours le droit de se défendre, et le bill (V attainder a précisément pour objet de punir l’ennemi public qui se trouve pour ainsi dire en dehors des lois. La crainte de voir le criminel leur échapper excita chez les habitants de Londres une sorte de délire furieux ; on vit une foule innombrable se presser aux abords de la maison du Parlement, criant :