‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 36 sur 187 · LES PRÉPARATIFS DE LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

LES PRÉPARATIFS DE LA GUERRE CIVILE

l’appui de la masse de la nation en état de porter les armes ; mais, des deux côtés, les difficultés étaient grandes. Bien avant les réformes introduites dans l’armée par les Tudor, et qui avaient été abrogées par le bill interdisant de recruter des soldats sans une loi, le Roi n’avait aucun droit d’appeler ses sujets aux armes, si ce n’est pour rétablir l’ordre, ou pour repousser une invasion étrangère. D’un autre côté, personne n’osait prétendre qu’un pareil droit pût être exercé par les deux Chambres sans le Itoi, et Charles refusait énergiquement de consentir à un bill de la milice qui mettait le commandement de la force armée de chaque comté entre les mains d’hommes dévoués à la cause du Parlement. Royalistes et libéraux ne se firent aucun scrupule de violer la constitution : le Parlement en nommant de sa propre autorité des officiers de la milice, et Charles en faisant lever des troupes par des commissaires royaux.

Le Roi eut beaucoup de peine à se procurer des armes et des munitions ; aussi parut-il à la fin d’avril devant Hull, le grand entrepôt de guerre du nord du royaume, et demanda-t-il à y être admis. Le nouveau gouverneur, sir John Hotham, tombant à genoux, déclara qu’il ne pouvait lui ouvrir les portes de la ville. L’approbation donnée par le Parlement à cet acte d’insubordination fut suivie du départ d’un certain nomlire de députés royalistes qui abandonnèrent leurs sièges à Westminster. Trente-deux pairs, soixante membres de la Chambre des communes, Hyde, Falkland, Colepepper rejoignirent Charles à York, et le lord chancelier Lyttelton les y suivit peu après avec le grand sceau (avril 1642).

Les projets belliqueux du Roi étaient encore entravés par l'opposition de la majorité de ses sujets. La grande réunion des francs tenanciers du Yorkshire, qu’il convoqua à Heywortli Moor, se termina, par une pétition le suppliant de se réconcilier- avec le Parlement. Malgré les dons spontanés de vaisselle d’argent faits au Roi par les Universités et les nobles de son parti, on continuait à manquer d’armes et d’argent pour les nouvelles levées. Les deux Chambres, par contre, avaient gagné en unité et en force depuis la retraite des royalistes.

La milice se forma en peu de temps, et l’on confia le commandement de la flotte à lord Warwick; on préleva un emprunt à Londres, les femmes répondirent en apportant jusqu’à leurs anneaux de mariage. Le ton des deux Chambres était devenu plus hautain depuis ces derniers préparatifs de défense : elles proposèrent la paix à la condition qu’on leur reconnaîtrait le droit de nommer et de destituer les ministres, de choisir les gouverneurs des enfants de la famille royale, et de surveiller toutes les affaires civiles, militaires et religieuses. « Si je vous accordais cela « , répliqua Charles I er , « je ne serais plus qu’un simulacre, un vain, fantôme de roi ! »

Edgehill. — La rupture des négociations fut suivie, des deux côtés, de préparatifs pour une guerre immédiate. Hampden, Pym et Holles devinrent l’àme du comité de salut public créé par le Parlement pour agir en son nom; on rappela des Pays-Bas tous les officiers anglais et écossais, et lord Essex fut nommé commandant en chef d’une armée de vingt mille fantassins et de quatre mille cavaliers. La confiance était si grande chez les parlementaires qu’ils s’imaginaient, avoua Baxter, après la première rencontre, a qu’il suffirait d’une seule bataille pour décider la victoire», car le Roi était presque dépourvu d’armes et d’argent; il avait de la peine à lever des troupes, et ses propres partisans répugnaient à commencer les hostilités. Bien résolu cependant à en venir aux mains le plus tôt possible, Charles I er planta l’étendard royal à Nottingliam (23 août 16i2), a le soir d’un jour d’orage et de tempête » ; mais personne ne répondit à son appel. Pendant ce temps, Essex, qui avait quitté Londres aux acclamations d’une foule immense, avec ordre du Parlement de suivre le Roi, « de l'arracher de gré ou de force à ses perfides conseillers et de le ramener au milieu des parlementaires » , rassemblait son armée à Northampton. Charles n’avait qu’une poignée d’hommes, et il aurait suffi de lancer contre lui quelques régiments de cavalerie pour terminer la guerre en une seule rencontre ; mais Essex reculait devant toute action décisive et espérait obliger Charles à se soumettre par un simple déploiement de troupes.

1 Sources : Aux ouvrages cités dans le chapitre précédent, ajoutons la biographie du prince Rupert, par Warburton, l’excellente Vie de Fairjax, de M. Cléments Markham, la correspondance de ce général et les Mémoires de Ludlow. L ' Anglia redi vira de Spriggs nous donne des renseignements sur la nouvelle organisation militaire de Cromwell. Consulter aussi Carlyle, Life and Letters of Cromwell , livre précieux par l’immense quantité des documents qui s’y trouvent, mis en œuvre avec le soin d’un érudit et le génie d’un poëte ; et enfin Clarendon, qui mérite beaucoup plus de créance pour cette période de l’iiistoire de Charles I er , et qui donne un beau récit de ce soulèvement du Cornouailles.

E DGEHILL.

A peine le Roi se fut-il replié sur Sbrewsbury, que la face des événements changea complètement. Catholiques et royalistes se rallièrent avec enthousiasme autour de son étendard, et une marche audacieuse de Charles sur Londres força Essex à sortir de son inaction et à accourir de Worcester au secours de la capitale. Les deux armées se rencontrèrent à Edgehill, près de Banbury (23 octobre 1642). Cette rencontre était tout à fait inattendue; aussi le combat qui suivit ne fut-il guère qu’un combat de cavalerie assez indécis, où la désertion de sir Faithful Fortescue, avec tout un régiment, jeta vers latin le désordre dans Farinée du Parlement, tandis que les deux ailes de la cavalerie royaliste chassaient leurs adversaires du champ de bataille ; en revanche le corps de réserve d’Essex rompit l’infanterie qui formait le centre de l’armée du Roi, et il fallut l’intervention du prince Rupert et de ses escadrons pour empêcher Charles d’être fait prisonnier ou contraint de fuir. La nuit survint sans que l’avantage fût resté à l’une ou à l’autre des deux armées : c’était pourtant une victoire morale pour le Roi. Essex comprit que ses troupes ne pouvaient guère se mesurer avec les Cavaliers, et sa retraite sur Warwick laissa ouverte la route de la capitale. Rupert insistait pour qu’on se mît immédiatement en marche vers Londres ; mais la proposition rencontra une énergique résistance parmi les royalistes modérés qui craignaient un triomphe trop complet de Charles autant que sa défaite. Le Roi s’arrêta donc à Oxford pendant quelque temps et y fut accueilli avec de bruyants témoignages de joie; mais lorsque Reading fut tombée aux mains delà cavalerie de Rupert par la lâcheté de la garnison, et que l’audacieuse prise d’assaut de Brentford eut conduit l’armée royale presque jusqu’aux portes de la capitale, la panique des habitants de Londres était passée, et la jonction des milices municipales avec l’armée d’Essex obligea Charles à se replier sur ses anciens quartiers.

Quoique les parlementaires se fussent aisément remis de la surprise d’Edgeliill, la guerre, à mesure que l’hiver avançait, devenait de plus en plus favorable au Roi. En fortifiant Oxford, il prit solidement pied dans les comtés du Centre; et, au nord, les chances, d’abord égales, tournèrent en sa faveur, quand le comte de \ T eivcastle, avec les troupes qu’il avait levées en Northumberland, marcha sur York. Lord Fairfax, chef du parti parlementaire dans cette région, se trouva rejeté sur les villes manufacturières du Yorkshire, où dominait le puritanisme; enfin, l’arrivée de la Reine, qui apportait de Hollande du matériel de guerre, décida les royalistes à lancer leurs éclaireurs au delà du Trent et à menacer les comtés de l’Est qui se montraient très-zélés pour la cause du Parlement. Le danger était imminent ; aussi les deux Chambres firent-elles preuve d’autant d’activité que de vigueur. Les négociations du printemps avaient été rompues, lorsque le Parlement exigea le retour du Roi. Londres fut fortifié, et on imposa une taxe annuelle de deux millions de livres sterling sur toutes les provinces qui avaient adhéré à la cause parlemen-

LA GUERRE CIVILE

taire. Essex, dont l’armée venait d’être équipée de nouveau de pied en cap, reçut l’ordre de marcher sur Oxford; mais, quoique le Roi se tînt prêt à se replier sur les comtés de l’Ouest, le général des troupes parlementaires n’osa pas exposer ses soldats encore novices aux chances d’une bataille rangée ; il se contenta de prendre Reading et de rester campé pendant un mois autour de Rrill, dans la plus complète inaction ; R épidémie décimait son armée lorsque les royalistes survinrent et la mirent en pleine déroute.

Soulèvement du Cornouailles (mai 1643). — Pendant qu’Essex hésitait et perdait son temps en manœuvres inutiles, Charles envoya un détachement de son armée réunie à Oxford pour soutenir une insurrection royaliste dans l’Ouest. Nulle part le dévouement à la personne du Roi ne s’était conservé aussi noble et aussi désintéressé que parmi les habitants du Cornouailles. Ce comté avait une physionomie tout à fait particulière; il était séparé du reste de l’Angleterre par les différences de race et de langue, et surtout par les tendances féodales de ses habitants, qui témoignaient, comme tous les peuples celtes, un dévouement absolu à leurs chefs locaux, et étaient restés comme eux fidèles à la Couronne.

Ils n’avaient fait jusque-là que se tenir sur la défensive, lorsque la nouvelle de l’approclie d’un petit corps de parlementaires, qui marchait sous la conduite de lord Starnford sur Launceston, les obligea à agir. Une petite troupe d’habitants du pays, si mal approvisionnée que les meilleurs officiers n’avaient qu’un biscuit par jour et une toute petite quantité de poudre , se réunit autour du chevaleresque sir Bevil Greenvil ; cette poignée d’hommes affamés escalada la pente abrupte de Stratton-Hill, l’épée au poing, et contraignit Starnford à se retirer précipitamment sur Exeter, après avoir perdu deux mille hommes, ses bagages et son artillerie. Sir Ralph Hopton, le meilleur des généraux royalistes, se mit à la tête de l’armée victorieuse, qui s’avançait dans le Somersetshire, et jeta la terreur dans les comtés de l’Ouest. Essex envoya un détachement de troupes d’élite, sous la conduite de sir William Waller, pour les empêcher d’avancer; mais le Somerset était déjà perdu avant qu’il eût atteint Bath, et les paysans du Cornouailles emportèrent d’assaut son camp retranché de Landsdoivn Hill. Cette lutte acharnée priva les vainqueurs de leurs chefs; Hopton fut blessé, Greenvil tué, et avec eux tombèrent aussi les deux héros de la petite armée : sir Xicliolas Slanning et sir John Trevanion, « tous deux jeunes, ayant à peine vingt-huit ans, amis intimes de sir Bevil Greenvil et unis ensemble par la plus tendre affection « . Malgré sa défaite, Waller s’attacha à poursuivre leurs troupes affaiblies, au moment où ellesse mettaienten marchepour chercher du secours à Oxford, et réussit à enfermer l’infanterie à üevizes ; mais la cavalerie royaliste réussit à s’échapper. Après avoir rejoint les troupes qui avaient été en-

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