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DISSOLUTION DU PARLEMENT

mécontentement, en voyant l’avidité des députés, les scandales de la vie de plusieurs d’entre eux, leur partialité comme juges, les violations de la loi inspirées par des intérêts privés, les lenteurs infinies apportées à la réforme judiciaire, et surtout leur intention manifeste de perpétuer leur propre pouvoir. Il y a peu d’espoir » , concluait-il, revenant à son idée fixe, ^ que ces gens-là organisent un gouvernement. »

La crise fut momentanément éloignée par la guerre contre les Hollandais. Une effroyable tempête sépara les deux flottes au moment où elles allaient en venir aux mains dans les parages des Orcades ; mais Ru.yter et Blake se rencontrèrent de nouveau dans la Manche; et, après un combat acharné, les Hollandais furent obligés de se retirer à la faveur de la nuit. Depuis la décadence de l’Espagne, la Hollande était devenue la première puissance navale de l’Europe ; aussi sut-elle facilement se relever de cette première défaite : on fit d’immenses sacrifices pour augmenter la flotte, et le vétéran Van Tromp, qui avait été replacé à sa tête, parut dans la Manche avec soixante-treize vaisseaux de guerre. Blake ne pouvaitlui en opposer que la moitié, mais il accepta le défi, et le combat dura jusqu’à la nuit ; la flotte anglaise fut obligée enfin de se retirer à moitié détruite dans la Tamise (30 novembre 1652). Tromp parcourut la Manche en vainqueur, un balai attaché au grand màt du navire amiral ; le Parlement, à la suite de cette défaite, se montra moins intraitable que par le passé. Un compromis était sur le point d’être conclu entre les deux partis, et un nouveau bill électoral allait être voté, sur la promesse de Cromwell de ne pas s’opposer à une réduction de P armée, à la condition que le Parlement se séparerait en novembre (février 1653), quand de nouveaux succès sur mer rendirent au Parlement son énergie.

Blake avait réussi à reprendre la mer peu de mois après sa défaite, et bien que Tromp eût été assez habile pour sauver les transports qu’il convoyait, les Anglais étaient restés vainqueurs après quatre jours de combat. La Chambre, à cette nouvelle, résolut de garder le pouvoir. Nonseulement ses membres devaient continuer à siéger dans le nouveau Parlement, au grand dommage des villes qu’ils représentaient, mais ils devaient constituer un comité de révision chargé d’examiner la validité de chaque élection et la capacité des nouveaux députés. Une conférence eut lieu entre les chefs des Communes et les officiers de U armée, qui demandèrent avec instance que l’on ne s’arrêtât pas à ces conditions, que le Parlement prononçât à l’instant même sa dissolution et chargeât le conseil d’Etat de procéder à de nouvelles élections. « Nos fonctions ne peuvent être transmises à qui que ce soit» , répliqua Haselrig. La conférence fut ajournée au lendemain, sur la promesse qu’on ne prendrait aucune résolution définitive. A peiné était-elle réunie de nouveau, que Cromwell s’aperçut de l’absence des principaux chefs des Communes, et apprit que Vane était à la Chambre, essayant de faire passer la nouvelle loi électorale.

u C’est contraire à la plus vulgaire honnêteté! » s’écria Cromwell avec colère; et, se levant, il quitta Whitchall et donna ordre à une compagnie de mousquetaires de le suivre à la porte des Communes. Il s’assit tranquillement à sa place, vêtu de grossiers habits gris et de mauvais bas de laine de même couleur, et écouta le discours véhément de Harry Vane. a Je suis venu» , dit-il à son voisin Saint-John, a pour faire une chose qui me navre le cœur. » Mais il resta immobile pendant que Vane pressait la Chambre de laisser de côté les formalités habituelles et de faire passer le bill sans retard : a Le moment est venu » , dit Cromwell à Harrison. —

^ Prenez garde » , répondit celui-ci, a c’est un jeu dangereux. » Il attendit encore un quart d’heure, écoutant les discussions. Au moment où l’on mit le bill aux voix, il se leva enfin et répéta ses accusations habituelles contre l’injustice, l’égoïsme et les lenteurs des députes. « Votre heure a sonné » , dit-il en concluant, « le Seigneur en a fini avec vous. » Les représentants se lèvent en masse, protestant avec colère. C’est bon, c’est bon, assez de tout cela » , dit Cromwell, et, marchant à grands pas dans la salle, il enfonce son chapeau sur sa tète et s’écrie : « Je vais mettre un terme à votre bavardage ! » Au milieu du tumulte qui suivit, on entendit des éclats de voix et des lambeaux de phrases : « Vous n’ètes pas dignes de siéger plus longtemps ici! Vous devez laisser la place à de meilleurs que vous ! Vous n’ètes pas un Parlement ! »

Trente mousquetaires entrèrent sur un signe de leur chef. Les cinquante membres présents se précipitèrent vers la porte. « Ivrogne! * cria Cromwell à YVentwortli qui passait près de lui, et il lança à Martin une épithète plus grossière encore. Vane, resté impassible, lui dit simplement a qu’il avait agi contrairement aux droits et à l’honneur » . — « Ah! sir Harry Vane, sir Harry Vane! » répliqua Cromwell avec une violente indignation, à la pensée du tour qu’il lui avait joué; « vous auriez pu empêcher tout cela; mais vous êtes un charlatan ; vous n’avez pas la moindre honnêteté. Seigneur, délivre-moi désir Harry Vane ! » Le président refusa de quitter son fauteuil jusqu’à ce que Harrison lui eût offert de l’aider à descendre. Cromwell souleva la masse sur la table : « Qu’allons-nous faire de ce joujou? Emportez-le! « La porte fut fermée au verrou, et quelques heures après, le conseil d’Etat subit le même sort. Cromwell en personne somma les membres de se retirer : « IVous savons ce que vous avez fait ce matin à la Chambre » , dit John Bradsliaw, « et dans quelques heures toute l’Angleterre l’apprendra; mais vous vous trompez, monsieur, si vous vous imaginez que le Parlement est dissous. Aucun pouvoir au monde ne peut le dissoudre que lui-même, sacliez-le bien. » (30 avril 1653. )

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