CHAPITRE X
LA CHUTE DU PURITANISME '
La Convention puritaine. — La dissolution simultanée du Parlement et de la commission exécutive laissa l’Angleterre sans gouvernement, car les pouvoirs de tous les fonctionnaires expiraient avec l’assemblée même qui les leur avait confiés. Cromwell, capitaine général de l’armée, se trouvait, en fait, seul responsable du maintien de l’ordre public; mais les actes du général et de l’armée ne permettaient pas de les accuser de préparer une tyrannie militaire. Ils ne considéraient d’ailleurs nullement leur position comme révolutionnaire; bien que du reste aucun texte de loi ne pût être cité pour justifier leur conduite, il faut reconnaître qu’ils avaient eu pour but de défendre l’ancienne constitution, et que la nation s’accordait avec eux pour demander un corps législatif complet et pour résister aux projets du Parlement Croupion qui auraient privé la moitié des Anglais de leurs droits électoraux. Ce n’est qu’à bout d’arguments et pour prévenir de plus grands malheurs que les soldats s’étaient décidés à chasser les coupables. « C’est vous » , s’écria Cromwell en expulsant les membres de la Chambre des communes, « qui m’avez obligé à le faire. J’ai supplié Dieu jour et nuit qu’il me fît mourir plutôt que de me forcer à accomplir un pareil acte. » Il avait fait violence aux députés, mais il les avait ainsi empêchés de violer les droits constitutionnels de la nation tout entière. Le peuple se montrait généralement mécontent de l’état des affaires publiques; aussi approuva-t-il l’expulsion du Parlement Croupion : « Nous n’avons pas entendu un seul chien grogner en les voyant partir » , disait le Protecteur plusieurs années plus tard. La crainte qu’on avait pu ressentir un instant d’être soumis au « régime du sabre »
1 Sources : Plusieurs des ouvrages mentionnés plus haut sont encore à consulter pour cette période; mais la véritable clef de l’histoire du Protectorat est, sans contredit, le tome III des Lettres et discours de Cromwell, publiés par Carlyle. Les State Papers de Thurloe fournissent une masse énorme de documents. Pour le second Parlement du Protecteur, consultez le Diary, de Burton; Cromwell et la République, de Guizot, le meilleur des livres modernes que Ton puisse lire sur cette époque, surtout pour fliistoire diplomatique. Pour la Restauration, voir : Richard Cromwell et la Restauration, de Guizot; les Mémoires de Ludlow, V Autobiographie de Baxter (1615-1685), et les Clarendon s State Papers, ainsi que le récit exact et minutieux de Clarendon lui-même.