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LA CONVENTION PURITAINE

allait élaborer. C’était, en somme, une assemblée constituante, préparant les voies à un Parlement vrainfttat national; mais la Convention prit sa mission dans le sens le plus large et entreprit hardiment de remanier la constitution tout entière. On nomma des comités chargés d’examiner les besoins de l’Église et de la nation. Un désir universel de sagesse et d’économie s’empara de l’assemblée : elle le monlra bien en redressant les abus de l’administration'civile et en établissant l’assiette de l’impôt sur de plus justes bases; elle voulut même entreprendre une quantité de réformes dont l’Angleterre attend encore de nos jours la réalisation. La Cour de chancellerie était, pour ainsi dire, un nid d’abus de toutes sortes : plus de vingt-trois mille causes n’avaient jamais été jugées; mais le Long Parlement n’avait pas osé toucher à cette vénérable institution. La Convention proposa sa suppression; on reprit l’œuvre entreprise par un comité du Long Parlement, sous la présidence de sir Matthcw Haie, en vue de la rédaction d’un Code unique.

Ces mesures hardies alarmaient la magistrature, et surtout le clergé, qui se voyait menacé de perdre une partie de ses revenus par l’établissement du mariage civil et par la substitution des libres contributions des congrégationaliste.s' aux dîmes ecclésiastiques. Les propriétaires fonciers s’indignaient aussi que la Convention songeât à abolir le patronage des laïques sur les églises, et prédisaient une ère de désordre et de spoliation. Le Parlement Décharné ( Barebones Parliament, ainsi qu’on l’appelait par dérision) était accusé de vouloir détruire la propriété,, l’Eglise et la magistrature, de haïr l’instruction et d’être imbu d’un fanatisme aveugle et grossier. Cromwell partageait le malaise général, car il avait plutôt la tête d’un administrateur que celle d’un homme d’État; il ne comprenait rien aux spéculations politiques, ne s’occupait que de l’avenir et se montrait conservateur et .éminemment pratique. Il s’apercevait bien de la nécessité d’une réforme administrative dans l’Église et dans l’État, mais il n’éprouvait aucune sympathie pour les théories révolutionnaires qui flottaient dans l’a % ir; il voulait un gouvernement aussi semblable que possible à l’ancien ordre de choses, Lien que la monarchie eût disparu dans les troubles des guerres civiles, sa longue expérience politique l’avait confirmé dans l’idée qu’un pouvoir exécutif du même genre et indépendant des Chambres était essentiel à la liberté. Il avait conquis la liberté de conscience à la pointe de l’épée. et tenait beaucoup à la conserver, mais il se montrait partisan d’une Église officielle, du système paroissial et d’un clergé entretenu par des dîmes. Ses tendances sociales étaient celles de la classe à laquelle il appartenait : « Je suis né gentilhomme « , disaitil plus tard au Parlement, et, dans scs projets de reconstitution de la société, il regardait les distinctions entre les nobles, les gentilshommes et les cultivateurs libres comme nécessaires à l’existence et aux intérêts d’un grand royaume. Il détestait le principe égalitaire, qui tend à abaisser toutes

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les classes au même niveau. « Dans quel but? » disait-il avec une amusante franchise, et Tout simplement pour rendre le tenancier aussi libre par sa fortune que son propriétaire. »

La nouvelle constitution (déc. 1653). — Pour un homme aussi pratique, les réformes théoriques de la Convention étaient aussi odieuses qu’aux magistrats et au clergé menacés dans leurs privilèges, et Ces gens » , disait Cromwell, « ne songent qu’à une seule chose, bouleverser, bouleverser, toujours bouleverser. » Mais il fut bientôt délivré de cette inquiétude, grâce aux dissensions intestines de l’Assemblée elle-même. Le lendemain du jour où l’on avait supprimé la dîme, les députés les plus conservateurs arrachèrent par surprise le vote d’une proposition par laquelle la Convention déclarait a que la prolongation de ses pouvoirs, sous la forme actuelle, ne serait pas bonne pour la République, et qu’il est urgent de remettre ses pouvoirs au lord général, de qui nous les avons reçus » . (Déc. 1663.) Le président, en effet, remit leur démission collective à Cromwell, et cet acte fut ensuite approuvé par la majorité des membres de la Convention. Cette dissolution remettait les choses au point où elles en étaient auparavant ; mais on désirait toujours ardemment substituer un gouvernement légal au régime du sabre. La Convention avait nommé, pendant sa session, un nouveau conseil d’Etat, qui fît, sous le nom d 'instrument du gouvernement , une remarquable constitution, adoptée par le conseil des officiers. Ceux-ci se trouvèrent aussi obligés par la nécessité d’accepter ce qu’ils avaient tant hésité à faire, c’est-à-dire de convoquer un Parlement sur de nouvelles bases électorales. La Chambre se composait de quatre cents députés pour l’Angleterre, trente pour l’Ecosse et trente pour l’Irlande ; les sièges réservés jusqu’ici aux petites villes et aux bourgs pourris furent transportés à des circonscriptions électorales plus importantes, et surtout aux comtés. On supprima toute espèce de privilèges électoraux, et on les remplaça par un droit universel de suffrage, basé sur une fortune mobilière et immobilière qui devait être au moins de deux cents livres. Les catholiques et * malintentionnés » ( ma lignants) y ainsi qu’on appelait ceux qui avaient pris part à la guerre civile dans les rangs de l’armée royale, furent seuls exclus des listes électorales.

Au point de vue strictement constitutionnel, l’organisation complète du nouveau gouvernement aurait du être laissée à la nouvelle Chambre; mais la crainte des désordres qui pourraient éclater avant les élections, ainsi qu’un ardent désir de stabilité, engagèrent le conseil à achever son œuvre, en insistant auprès de Cromwell pour qu’il acceptât la charge et le litre de Protecteur : a On m’a fait comprendre », disait-il, « que si je ne me mettais pas à la tête du gouvernement, la tranquillité et la stabilité du royaume seraient sans cesse troublées par des émeutes, et que l’on verrait le sang couler dans les rues. » Il ne se décida à accepter cette proposition,

à ce qu’il prétend, que sur l’assurance que le Protecteur n’aurait pas plus d’autorité que le lord général, « et ne pourrait rien faire sans le consentement du conseil jusqu’à l’élection du Parlement » . En effet, les pouvoirs du nouveau Protecteur se trouvaient très-limités; bien que les membres du conseil eussent été choisis par lui, chaque membre, individuellement, ne pouvait être révoqué que sur le consentement de ses collègues; le Protecteur était, de plus, obligé de les consulter pour toutes les affaires diplomatiques, sur les questions de paix et de guerre, sur les nominations aux grandes chargcs’de l’Etat et aux postes importants civils et militaires ; c’est à ce conseil, enfin, qu’était dévolu le droit de choisir les successeurs de Cromwell.

A côté de l’influence modératrice du conseil dans toutes les questions administratives, il y avait le contrôle du Parlement pour les affaires politiques. Cette assemblée était renouvelable au moins tous les trois ans; aucune loi ne pouvait ctre faite, aucune taxe ne pouvait être imposée que par la volonté du Parlement; ses décisions avaient force de loi, après vingt jours d’intervalle, même si le Protecteur refusait de les approuver. La nouvelle constitution était évidemment populaire, et l’espoir de voir bientôt élire un nouveau Parlement voilait un peu ce que la nouvelle constitution avait d’illégal. On considérait le gouvernement existant comme provisoire et comme ne pouvant acquérir une véritable autorité que par la sanction du nouveau Parlement. Le désir de rentrer ainsi dans les voies constitutionnelles était universel chez les députés, qui se réunirent en automne à Westminster (sept. 1654).

Le Parlement de 1654. — Peu de Parlements ont joué un rôle aussi important que celui de 1654. Il avait le mérite de représenter exactement l’état général de l’opinion en Angleterre. Pour la première fois les députés anglais étaient assis, comme de nos jours, à côté des représentants de l’Ecosse et de l’Irlande; les députés des bourgs pourris et des bourgs de poche avaient disparu. Malgré l’exclusion des royalistes des urnes électorales et lq. radiation arbitraire de quelques noms ultra-républicains par le conseil, la Chambre pouvait s’appeler Parlement libre, à plus juste titre qu’aucun des précédents. C’est à cette liberté électorale sans doute que l’on dut la rentrée d’un si grand nombre de députés presbytériens et la réapparition de Bradshaiv et d’Haselrig, ainsi que de plusieurs membres du Long Parlement, qui prirent place à côté de lord Herbert et du vieux sir Harry Varie. La Chambre avait tout d’abord à examiner la question gouvernementale; Haselrig et les républicains les plus ardents nièrent la légalité des pouvoirs du Protecteur et du conseil, sous prétexte que le Long Parlement n’avait jamais été dissous. Cet argument pouvait être retourné contre la Chambre elle-même; aussi la majorité de l’Assemblée se contenta-t-elle de ne reconnaître à la constitution et au

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Protectorat qu’un caractère purement provisoire, et s’occupa-t-elle sans retard d’établir un gouvernement parlementaire d’après Y Instrument d'Etat, qu’il prit pour base. La nouvelle constitution fut votée article par article. On s’accorda pour prier Cromwell de conserver le pouvoir en qualité de Protecteur; la question de savoir s’il aurait droit de veto et pourrait présenter des lois aussi bien que les députés donna lieu à une discussion très-animée, mais relativement modérée, malgré la violence de langage d’Haselrig. Cromwell intervint tout à coup dans les débats, déclarant qu’il n’avait accepté les charges du Protectorat qu’avec répugnance, devant le vœu unanime de la nation, et que ce fait seul suffisait à lui faire oublier l’illégalité de son élection, a Je n’ai pas choisi moi-même cette place», ajoutait-il avec insistance, cc Dieu et les trois royaumes en sont témoins.» Son autorité avait été acceptée par la ville de Londres, par l’armée, et confirmée par une décision solennelle de la magistrature, par les adresses des différents comtés, par la présence même des membres du Parlement, en réponse à la lettre de convocation, a Pourquoi mettre en balance » , leur demanda-t-il, «cet appel providentiel avec je ne sais quel intérêt héréditaire? Car», poursuivait-il, ce jevcisdans cette approbation unanime un appel de Dieu, un droit divin supérieur à celui des anciens rois.» 11 avait encore un autre motif d’inquiétude : il se demandait si le Parlement ratifierait les nombreuses réformes que, dans sa passion pour l’administration, il avait accomplies, sans attendre la réunion delà nouvelle Chambre (ce qui était un peu illégal pour un gouvernement provisoire) . Possédé d’un ardent désir de stabilité, entraîné par l’opinion publique et par la nécessité de pourvoir aux besoins les plus pressants, il avait saisi avec avidité le prétexte que lui offrait l’article de Y Instrument d'Etat, qui lui permettait « de promulguer des ordonnances provisoires, jusqu’au moment où le Parlement pourrait prendre des résolutions définitives » . Il avait donné libre essor à sa merveilleuse activité et publié soixante-quatre ordonnances pendant les neuf mois qui avaient précédé la réunion du Parlement; la paix avait été conclue avec la Hollande, l’Eglise réorganisée, l’union avec l’Ecosse définitivement réglée, et le Protecteur s’était même occupé de régulariser la législation.

Il était si loin de supposer que ces mesures, ou l’autorité dont elles émanaient, pourraient être mises en question, qu’il comptait sur le Parlement pour compléter son œuvre. « Le but essentiel de cette session » , dit-il à la séance d’ouverture, « sera de pacifier le pays et d’organiser un gouvernement stable. » Quoiqu’il eût beaucoup fait par lui-même, il ajouta c< qu’il y avait encore beaucoup à faire » . Il fallait conclure la paix avec le Portugal et une alliance avec l’Espagne. La Chambre fut saisie de projets de loi sur la rédaction d’un Code; enfin il fallait achever la colonisation et la pacification de l’Irlande. Cromwell fut vivement irrité en voyant qu’on mettait ses projets de côté pour discuter des questions constitution-

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