‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 51 sur 187 · LA NOUVELLE TYRANNIE · texte numérisé non relu

LA NOUVELLE TYRANNIE

nelles qui, à ses yeux, avaient déjà été tranchées par Dieu même; il fut plus irrité encore de la prétention, déjà formulée par le Parlement, de revendiquer pour lui seul l'initiative législative. La guerre civile et les maux qui étaient résultés de la concentration du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif entre les mains du Long Parlement avaient convaincu le Protecteur des dangers d’une pareille mesure pour la liberté publique, tandis que l’association d’un chef unique et d’un Parlement « était le seul moyen d’empêcher le Parlement de s’éterniser et d’abuser de son pouvoir au détriment de la nation » .

Malgré la force de ses arguments, il employa pour les faire triompher un moyen fatal à la liberté, et dans la suite au puritanisme : « Si l’autorité m’a été confiée par Dieu et confirmée par le peuple, c’est à eux seuls que revient le droit de me la retirer ; sinon je ne m’en démettrai jamais.

Il déclara qu’ « aucun député ne pourrait entrer au Parlement sans signer la promesse de ne rien changer à l’organisation du gouvernement existant, consistant en un chef unique et un Parlement « . Aucun acte des Stuart * n'avait été un plus hardi défi à la constitution, et, de plus, il était aussi inutile qu’illégal. Cent membres seulement refusèrent de prendre cet engagement; les trois quarts des députés consentirent à signer; cela prouva que Cromwell aurait pu obtenir ce qu’il désirait, simplement par un vote régulier du Parlement.

Les membres de la Chambre, ainsi épurés, continuèrent leur tâche de réorganisation constitutionnelle avec une inébranlable fermeté. Ils revendiquèrent leur droit exclusif de gouverner en renvoyant les décrets du Protecteur devant des commissions chargées de les reviser et de les transformer en lois. L "Instrument cUElat fut présenté sous forme de bill à la Chambre des communes, discuté et lu en troisième lecture; le vote des subsides était différé, comme dans les anciens Parlements, jusqu’à ce qu’on eut fait droit à leurs doléances. Cromwell s’interposa de nouveau.

Il y avait une nouvelle agitation royaliste dans le pays; le Protecteur attribuait ce réveil à l’attitude hostile du Parlement. L’armée, privée de sa solde, tant que les subsides n’étaient pas votés, se montrait mécontente et irritée : « Il semble, disait Cromwell, qu’on cherche plutôt à créer des sujets de querelle qu’à organiser un bon gouvernement. Jugez vous-mêmes si ces disputes, à propos de choses déjà décidées parle gouvernement, ont été utiles au bien de la nation. 5 ) Puis, éclatant en aigres reproches, il prononça la dissolution du Parlement (janvier 1G55).

La nouvelle tyrannie. — Avec la dissolution du Parlement de 1654, , disparaissait le dernier vestige d’un régime légal : le Protectorat, qui s’était privé volontairement de toute sanction, devint une pure tyrannie. Cromwell prétendait, il est vrai, que son pouvoir était limité par l’ Instrument ; mais la seule restriction sérieuse, l’interdiction de lever des impôts sans

LA CHUTE DU PURITANISME

l'assentiment des députés, fut rejetée par lui, sous prétexte de nécessités urgentes, a Le peuple » , disait le Protecteur, en termes qui auraient pu être prononcés par Strafford, a préfère la sécurité aux apparences de la liberté. » Le danger d’une insurrection royaliste était indéniable, mais le mécontement général rendait ce danger encore plus menaçant. Dès lors, raconte YVliitelock, « beaucoup de bons patriotes, désespérant de conquérir la véritable liberté, commençaient à désirer une restauration monarchique » . Dans la masse de la nation, la réaction fut plus rapide encore : « Charles Stuart » , écrivait un correspondant du Clieshirc au secrétaire d’Etat, « compte cinq cents amis, dans les comtés environnants, pour un partisan du Protectorat. 7) Mais, en face de l’écrasante puissance de l’armée, tous les mécontents se sentaient dans l’impossibilité d’agir. Le Yorkshire, où l’on s’attendait à une formidable insurrection royaliste, ne bougea pas; il y eut quelques soulèvements partiels en Devonshire, en Dorsetshire et dans les Marches galloises, mais ils furent aisément étouffés; leurs chefs périrent sur l’échafaud. Bien que la révolte eût été très-vite réprimée, on peut mesurer quelles avaient été les craintes du gouvernement aux moyens énergiques employés par Cromwell pour assurer l’ordre. Le pays fut divisé en dix gouvernements militaires administrés chacun par un major général, qui était chargé de désarmer tous les papistes et royalistes, et d’arrêter les personnes suspectes. Le conseil d’Etat rendit une ordonnance pour se procurer des fonds destinés à soutenir le despotisme militaire : tous ceux qui, à quelque moment que ce fût, avaient porté les armes pour la cause royale, étaient obligés, malgré l’amnistie, de payer annuellement un dixième sur leurs revenus, en punition de leurs sympathies pour les Stuart. Ces majors généraux se servaient des mêmes moyens d’action que le régime absolu ; le clergé anglican expia son zèle pour Charles II pendant l’insurrection, en se voyant exclu des fonctions pastorales ou universitaires. On créa une censure très-rigoureuse de la presse. La levée des taxes décrétées par le Protecteur seul fut garantie par des saisies, et l’on envoya à la Tour les avocats qui avaient poursuivi les percepteurs devant les tribunaux.

L’Écosse et l’Irlande. — Si jamais la tyrannie peut mériter le pardon, le Protecteur s’en est rendu digne par la sagesse et la magnanimité avec lesquelles il usa du pouvoir qu’il avait usurpé. La plus importante parmi les entreprises du Long Parlement avait été, sans contredit, l’union des trois royaumes; l’Ecosse s’était déjà rapprochée de l’Angleterre, grâce au tact et à la vigueur de sir Harry Vane; mais c’est à Cromwell que revient l’honneur de la réalisation complète de cette union. Après quatre mois de combats acharnés, Monk avait pacifié entièrement les Hautes-Terres, et la présence d’une armée de sept mille hommes, appuyée par une ligne de forteresses, suffit pour retenir les clans les plus turbulents dans l'obéissance.

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