‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 63 sur 187 · LORD BACON (1561-162G · texte numérisé non relu

LORD BACON (1561-162G

lence du but qu’il poursuivait dans l’intérêt de la nation, il vivait à une époque où aucun progrès ne pouvait être réalisé sans l’appui de la couronne. Or, il semblait plus éloigné que jamais d’arriver à une situation politique importante. Ayant irrité Elisabeth, dès son entrée à la Chambre, en s’opposant à une de ses demandes de subsides, il se vit refuser, à plusieurs reprises, divers emplois judiciaires, bien qu’il eût essayé de racheter son offense par de plates et prolixes excuses, et en cessant toute opposition à la politique de la cour. Ce n’est qu’après la publication des Essais qu’il put obtenir les modestes fonctions de conseiller de la Reine. La faiblesse morale dont il lit preuve alors explique et excuse la répugnance de la Reine (répugnance qui contraste étrangement avec sa tactique ordinaire) à appeler dans son conseil des ministres l’homme le plus sage du royaume. Les ministres d’Elisabeth avaient été, en général, animés d’un tel amour du bien public, d’un si ardent patriotisme et d’un si profond sentiment religieux, que l’on excuse ce qui nous paraît un peu excessif dans leur vénération pour la Reine; bien que défenseurs jaloux des prérogatives de la couronne, ils se montraient en toutes occasions observateurs scrupuleux de la loi. Tout séparait Racon d’hommes comme ceux-là, aussi bien la grandeur et l’originalité de son esprit que son absence de sens moral ; en politique comme en science, il avait peu de respect pour le passé; les lois, les garanties constitutionnelles, la religion même, n’étaient à ses yeux que des moyens pour accomplir des choses utiles, et s’il se trouvait par hasard un plus court chemin pour arriver au but, il y avait quelque pédantisme, selon lui, à s’en tenir à la tradition. Ses plans de réforme sociale et religieuse ne manquaient pas de grandeur : il voulait retoucher et codifier les lois, civiliser l’Irlande, purifier l’Eglise; un peu plus tard, il rêvait l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre, des perfectionnements dans les systèmes d’éducation, certaines réformes sociales, pour lesquelles, il fallait, selon lui, se servir de l’autorité de la couronne. Cette conception particulière du pouvoir royal, qui eut tant de charme pour Jacques I er , séduisait fort peu Elisabeth ; elle ne montrait que de la répulsion pour la servilité avec laquelle Racon travaillait à son avancement. Le comte d’Essex, en partie par hostilité contre les Cecil, et en partie aussi par estime pour les talents de Bacon, le soutenait et défendait ses prétentions auprès de la Reine; il adoucissait l’écliec de ses espérances par le don généreux d’un domaine valant près de douze mille livres sterling actuelles (300,000 francs). Bacon, en ami sincère, fit tous ses efforts pour le dissuader de s’engager dans cette voie d’opposition qui devait le conduire à l’échafaud; mais plus tard il oublia tout ce qu’il lui devait, lorsqu’il parut en qualité de conseiller de la Reine pour soutenir l’acte d’accusation dans le procès du comte; il sut même, par son habileté et la véhémence de son attaque, aggraver les charges qui pesaient contre Essex, et ne rougit pas d’accepter

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