‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 64 sur 187 · LE • NOVUM ORGANUM · texte numérisé non relu

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une gratification de la cour, en récompense de la publication d’une relation inexacte des « intrigues et trahisons * de son ami.

Élisabeth conserva cependant son attitude froide et réservée; et ce ne fut qu’à l’avénement de Jacques I er que les rayons de la faveur royale tombèrent enfin sur lui. Il devint successivement avoué, puis procureur général; l’année de la mort de Shakespeare le vit entrer au conseil privé. Enfin, la prédiction d’Élisabeth se trouva vérifiée : il fut nommé lord garde des sceaux (1617). Il se trouvait arrivé au faîte de son ambition. S’étant attaché à la fortune naissante de Buckingham, il obtint, grâce à la faveur du nouveau ministre, le poste de lord chancelier. Il devint pair d’Angleterre et baron Verulam, plus tard vicomte de Saint-Alban; mais il ne put mettre à exécution les beaux rêves pour lesquels il avait recherché ces honneurs. Ses projets restaient toujours à l’état de projets, et Bacon, pour ne pas perdre sa position, se laissait aller à toutes sortes de complaisances honteuses, et favorisait les pires fantaisies de Buckingham et de son royal maître. Les années qu’il passa à la chancellerie comptent parmi les plus mauvaises de ce misérable règne : elles virent l’exécution de IV. Raleigli, la perte du Palatinat, les extorsions de dons gratuits, la multiplication des monopoles, la toute-puissance de Buckingham. C’est tout au plus si Bacon protesta contre les actes les plus insensés et les plus coupables; il prit une part active à quelques-uns des plus criminels: par exemple, aux efforts faits pour exercer une pression sur les juges et soumettre la loi aux caprices royaux. Mais les timides remontrances qu’il hasarda parfois importunaient le jeune favori, qui l’avait toujours considéré comme une de ses créatures. En vain Bacon se jeta à scs pieds et supplia d’oublier le seul acte d’opposition qu’il eût osé faire à ses caprices. Le Parlement allait se réunir; Buckingham résolut de détourner l’orage qui le menaçait en sacrifiant quelques-uns de ses subalternes. Aux yeux du public, le chancelier semblait au faîte de la gloire ; Ben Jonson venait de le célébrer dans une pièce de vers comme « un de ces hommes pour qui les Parques filent de longs jours avec leur laine la plus blanche, la plus fine » , lorsque la tempête éclata. Le grand Parlement de 1620 se réunit après un long silence de six années de honteux despotisme, et l’un de ses premiers actes fut d’accuser Bacon de s’être laissé corrompre dans l’exercice de ses fonctions. Le chancelier reconnut sa culpabilité : « J’avoue franchement et sans arrière-pensée que je suis coupable de m’être laissé acheter, et je renonce à me défendre; je prie seulement Vos Seigneuries, ajouta-t-il, d’être indulgents pour un roseau brisé. » Il fut condamné à une très-forte amende que la Couronne le dispensa de payer; mais il fut privé du grand sceau et déclaré incapable de tenir un emploi public ou de siéger au Parlement.

Le Novura Organum. — La chute de Bacon le rendit aux études qui

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