LE « NOVUM O R G A N U M
ont fait sa véritable gloire et d’où l’ambition l’avait si longtemps détourné, a Mon estime pour sa personne a toujours été grande » , disait Ben Jonson ; u elle n’a jamais été accrue par sa position ou ses dignités, mais je l’honore pour sa grandeur personnelle; il m’a paru par ses œuvres un des plus grands hommes qui aient vécu depuis des siècles, et des plus dignes d’admiration. Lorsqu’il s’est trouvé dans le malheur, j’ai prié Dieu de lui donner la force, car quant à la grandeur, elle ne lui fit jamais défaut. » Les quatre dernières années de sa vie furent les plus belles et les plus fécondes. Il commença alors un digeste des lois et une Histoire d'Angleterre sous les Tudor ; il révisa et compléta ses Essais y dicta un livre de bons mots et s’occupa activement d’expériences de physique. C’est même ce qui causa sa mort : comme il étudiait les effets préventifs du froid sur la putréfaction des animaux, il arrêta son carrosse pour bourrer de neige le corps d’une poule et prit la fièvre qui devait l’emporter (1626).
La grande œuvre de sa vie resta inachevée. Dès le collège, il avait exprimé une vive aversion pour la philosophie d’Aristote, « qui n’est bonne qu’à exciter des discussions sans Gn, mais impuissante à produire des œuvres utiles au bien de l’humanité » . Pendant ses études de droit, à vingt et un ans, il avait déjà esquissé dans un traité bizarrement intitulé Greatest Birth of Time la méthode d’induction qu’il devait substituer plus tard à la méthode aristotélique; à quarante-quatre ans, lorsqu’il se vit déçu dans scs espérances politiques par Elisabeth, il publia son livre sur le Progrès des sciences , où sa philosophie se trouvait nettement exposée pour la première fois (1605). Il Gt, selon ses propres termes, 4t un Gdèle tableau de l’état de la science, une enquête sur ce qu’il y a encore de nouveau et d’inexploré dans ce domaine, et sur les parties qui n’ont pas encore été fécondées et utilisées par l’intelligence humaine, dans l’espoir que ce tableau, transmis à la postérité, pourra fournir des lumières pour des entreprises utiles et servira à exciter des recherches nouvelles » . C’est par de telles vues d’ensemble que les hommes peuvent être détournés d’études inutiles et d’efforts infructueux et malhabiles, pour apprendre à connaître le vrai but de la science, « dépôt qui ne doit servir qu’au bien-être de l’humanité et à la gloire du Créateur » .
Deux ans plus tard, parut sa brochure intitulée : Cogitata et Visa y première ébauche du Novum Organum, qui fut présenté à Jacques I er , sous sa forme déGnitive, immédiatement avant la chute de Bacon. L’année suivante, il écrivit son Histoire naturelle et expérimentale y qui est avec le Novum Organum et le Progrès des sciences tout ce que nous possédons du grand ouvrage qu’il méditait : Y Instauratio magna . Les deux dernières parties sont même inachevées. Quant aux trois autres, Y Echelle de l'entendement y où il enseignait le meilleur moyen d'arriver, d’expériences en expériences, à la certitude scientiGque; les Anticipations ou Hypothèses provisoires, destinées à établir la nouvelle philosophie, ainsi que la con-