‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 66 sur 187 · LE « NOVUM ORGA.NUM · texte numérisé non relu

LE « NOVUM ORGA.NUM

clusion intitulée Science pratique , restèrent toujours à l’ctat de projet. « Le début de notre méthode n’est pas sans valeur » , dit Bacon; a mais ce sera aux générations futures à compléter mon œuvre, et je suis persuadé qu’elles y réussiront bien plus qu’on ne peut se l’imaginer aujourd’hui; de là dépendent non-seulement les futurs progrès intellectuels, mais le bonheur et la prospérité même de l’humanité. » Lorsque, après avoir lu ce passage, nous ouvrons ses ouvrages, nous ne pouvons nous défendre d’un certain désappointement; il ne comprenait qu’imparfaitement l’ancienne philosophie qu’il combattait, et son indignation contre la mauvaise direction imprimée jusque-là à l’intelligence humaine, par suite d’une fausse méthode d’investigation, l’aveuglait sur la réelle valeur du raisonnement déductif comme moyen de découverte, d’autant plus qu’il ignorait complètement les mathématiques, et que d’ailleurs les deux sciences déductives, la physique et l’astronomie, n’existaient pas de son temps. Ses prévisions ne furent pas beaucoup plus justes en ce qui concerne la méthode des sciences modernes. Le système d’induction, qu’il préconisait exclusivement, ne produisit entre ses mains aucun résultat. L’ « art d’étudier la nature » , qu’il se vantait d’avoir inventé, n’a été d’aucunè utilité scientifique, et serait rejeté par tous les savants modernes; là même où il voit juste, on ne peut guère le considérer comme original, u Je doute fort » , nous dit Dugald Steward, « qu’il y ait dans les œuvres de Bacon une seule règle importante sur la véritable méthode d’investigation scientifique, qu’on ne puisse retrouver, au moins en embryon, dans les livres de ses prédécesseurs. » Non-seulement il n’a pas deviné les méthodes de la science moderne, mais il a même rejeté les grandes découvertes scientifiques de son temps. Il n’a exprimé que du dédain pour les théories astronomiques de Copernic, et pour les recherches sur le magnétisme de Gilbert; ce qui lui valut, en retour, le dédain bien mérité des hommes de science. « Le lord chancelier » , disait Harvey', qui a découvert la circulation du sang, « écrit sur les sciences.'., comme un lord chancelier. »

Malgré les erreurs de jugement de Bacon dans son appréciation de l’ancienne et de la nouvelle philosophie, le suffrage presque unanime de la postérité a très-justement attribué au Novum Organum une influence décisive sur le développement de la science moderne. S’il n’a pas découvert la véritable méthode expérimentale, c’est lui qui, le premier, a affirmé l’existence d’une philosophie des sciences; c’est à lui que revient l’honneur d’avoir fait de l’unité de tous les phénomènes physiques la base de toute science et de toute recherche; d’avoir, par la largeur et l’élévation de ses vues, fait comprendre l’importance des petites expériences et des tâtonnements par lesquels la science se constitue; de lui avoir frayé la voie en la déblayant résolument de toutes les traditions du passé; de lui avoir rendu le rang éminent qui lui appartient; d’avoir enfin montré

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