LES DÉBUTS DE LA SCIENCE ANGLAISE
la méthode d’induction propre aux sciences physiques , en fondant toutes les recherches sur les sciences physiques, que les sciences morales et politiques pourraient se développer. « Ne vous attendez pas à de grands progrès dans les sciences, surtout au point de vue de leur application, tant que l’on n’aura pas su déduire la philosophie naturelle de toutes les connaissances particulières , et ramener celles-ci à la philosophie naturelle; sans ce travail préliminaire, l’astronomie, l’optique, la musique, les arts mécaniques et (chose étrange) la philosophie morale et politique, et la logique, ne sortiront guère des langes et ne feront qu’effleurer la surface des choses. »
Les débuts de la science anglaise. — C’est donc à Bacon que revient l’honneur d’avoir, pour la première fois, fait comprendre la grandeur des sciences naturelles et l’avenir qui leur était réservé. A ce moment, l’intelligence humaine commençait à explorer des domaines jusqu’alors inconnus. Képler et Galilée créaient l’astronomie moderne; Descartes révélait les lois du mouvement, et Harvey celles de la circulation du sang. Mais, pour la grande masse des hommes, ce grand changement aurait passé presque inaperçu si l’énergie, la conviction profonde et l’éloquence de Bacon n’avaient pas fait comprendre aux hommes de son siècle l’importance et l’utilité des études physiques. C’est la noble foi de Bacon dans les résultats et les victoires de la nouvelle philosophie qui inspira à ses successeurs un zèle et une confiance égaux aux siens. C’est lui surtout qui fit apprécier à leur juste valeur les lents et patients procédés d’investigation, d’expérimentation, de comparaison, qui apprit à sacrifier les hypothèses aux faits, à ne chercher que la vérité désintéressée. Il a ainsi montré à la science moderne quelle devait être sa loi.
Bacon, en Angleterre du moins, était bien en avance sur son temps. Les commencements des études physiques y furent plus lents et plus timides que partout ailleurs en Europe. On ne compte que deux découvertes de quelque importance faites par des savants anglais avant la Restauration : celle du magnétisme terrestre due à Gilbert, à la fin du règne d’Elisabeth, et la grande découverte de la circulation du sang, révélée par Harvey, sous Jacques I er . En dehors de ces deux noms illustres, l’Angleterre ne prit qu’une part presque insignifiante au mouvement scientifique du continent; toutes ses forces vives semblent avoir été emportées, anéanties dans les débats théologiques et politiques de la guerre civile. Les hostilités continuaient encore (1647), lorsqu’il se forma à Londres un petit groupe d’étudiants, « esprits curieux de philosophie naturelle et des autres branches de la science humaine « , nous dit l’un d’eux, « et particulièrement de ce qu’on appelle la Nouvelle Philosophie, qui, depuis le temps de Galilée et de sir Francis Bacon (lord Verulam), a été très-cultivée en Italie, en France et en Allemagne, aussi bien qu’en