‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 71 sur 187 · HOBBES · texte numérisé non relu

HOBBES

damnes par le Parlement et que le hobbisme fut devenu, avant sa mort, le synonyme d’irréligion et d’immoralité.

Ce jugement nous semble d’autant plus étrange, que l’écrivain affirme dans ses livres la nécessité de croire au Christ et d’obéir à sa loi pour être sauvé ; mais une étude un peu approfondie de ses œuvres suffit à nous expliquer en quoi la philosophie de Ilobhes battait en brèche la religion traditionnelle et les idées généralement admises en politique et en morale sociale. Hobbes est le premier grand écrivain anglais qui ait traité de la science du gouvernement en faisant appel à la raison seule et non à la tradition. Ses théories sur l’état social et sur l’homme avant les temps historiques choquaient brutalement toutes les idées reçues. La nature a fait les hommes égaux, selon lui ; l’état de nature est pour eux l’état de guerre, et ce n’est point une vertu innée dans l’homme qui a fait sortir la société du chaos des passions en lutte. En fait, Hobbes niait les côtés spirituels de la nature humaine ; sa logique dure et brutale disséquait chaque coutume, chaque sentiment, même les plus sacrés, et n’y voyait que les manifestations d’un prudent égoïsme. L’amitié dérivait de la conscience des services sociaux que les hommes, peuvent naturellement se rendre. Les prétendues lois naturelles, telles que la reconnaissance et l’amour du prochain, se trouvent en opposition complète avec les véritables sentiments de la nature humaine et sont impuissantes à les maîtriser. Enfin, la religion n’a pas réussi à sauver l’homme par une intervention de la volonté divine. Rien ne montre mieux l’audace avec laquelle ce nouveau scepticisme se préparait à briser toutes les traditions théologiques de l’ancien monde, que la logique impitoyable avec laquelle Hobbes attaque la théorie de la révélation : « Dire que Dieu a parlé à l’homme dans un rêve, c’est dire que l’homme a rêvé que Dieu lui avait parlé, et rien de plus. « « Dire qu’on a eu une vision ou qu’on a entendu une voix, c’est dire qu’on a rêvé entre le sommeil et le réveil. » La religion n’est, d’après Hobbes, que « la crainte des puissances invisibles » , et, ici, comme dans toutes les autres branches de la science humaine, le savoir ne s’occupe que des mots et non des choses. C’est l’homme lui-même qui a créé la société à son profit, en sacrifiant certains droits naturels et en ne perdant pas ceux qui sont utiles à sa conservation personnelle. Un contrat d’hommes à hommes engendra à l’origine « ce grand Léviathan , appelé la République et V Etat , qui n’est qu’un homme artificiel, bien que d’une taille plus élevée et d’une force plus redoutable que l’homme naturel, et destiné à le protéger et à le défendre » . La fiction d’un « contrat primitif » a été depuis longtemps abandonnée dans les spéculations politiques ; mais elle produisit, quand elle fut exposée pour la première fois, un effet immense. Adoptée presque partout, elle mit fin aux théories religieuses et patriarcales de la société, sur lesquelles la royauté avait jusqu’alors fondé ses prétentions, au

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nom. du droit divin, à une autorité que personne ne devait mettre en

question. .

Si Hobbes avait détruit les anciennes bases du despotisme royal, il lui en donne de nouvelles et de plus solides encore. « Pour créer une société, il faut ï> , disait-il, « que la masse de la nation abandonne tous ses droits, à l’exception du droit à l’existence, entre les mains d’un seul homme qui est !e représentant de tous. Ce gouvernement doit être absolu, car lui imposer des conditions, ce serait pour l’homme se poser des conditions à soi-même. Le transfert des droits était irrévocable et liait autant les futures générations que celles qui l’avaient opéré. Placé à la tête du corps politique, le chef du gouvernement juge toutes les questions, impose les nouvelles lois justes ou injustes et décide entre la religion et la superstition. Son droit est divin, et il est le seul droit divin, car il incarne en lui les droits de chacun de ses sujets. » Hobbes ne comptait pas sur le frein de la Constitution pour empêcher la tyrannie, mais sur des principes communs au sujet et au prince, sur une connaissance certaine du but qu’ils poursuivent ensemble et de la meilleure manière d’y atteindre. Ce but était le bien et la prospérité de la chose publique dans son sens le plus large. Ces théories de Hobbes, sur le but du gouvernement et sur le contrat qui lui sert de base, eurent une réelle influence sur la science politique. Locke, comme son maître, fait dériver le pouvoir politique du consentement des gouvernés, et lui donne comme but le bien général; mais, d’après lui, la nation restait en possession virtuelle de l’autorité déléguée au prince et a le droit de la lui retirer s’il en fait un usage contraire au bien général. Aux deux grandes doctrines de Hobbes, l’origine populaire de l’autorité et l’exercice de cette même autorité pour le bien de la nation, Locke ajoutait le droit de résistance, la responsabilité des princes vis-à-vis de leurs sujets dans raccomplissement de la tâche qui leur a été confiée, et la suprématie des Assemblées législatives considérées comme la voix du peuple même. Ce fut sous cette forme modifiée et élargie que la nouvelle philosophie politique se révéla dans la révolution de 1688 .

LA RESTAURATION h ( 1660 - 1667 )

La Restauration. — Ce n’est qu’en étudiant les tendances générales de l’esprit anglais que nous pouvons comprendre l’histoire du pays pendant la période qui suivit la Restauration. Lorsque Charles II entra à Whitehall, l’œuvre du Parlement semblait à jamais détruite ; la monarchie se trouvait rétablie, sans conditions ni restrictions d’aucune sorte, et des deux grandes influences qui avaient jusqu’alors tenu en échec le pouvoir royal, « la première, celle du puritanisme, était devenue odieuse à la majorité de la nation, et la seconde, la tradition de liberté constitutionnelle 75 , avait été discréditée par les tristes résultats de la guerre civile; mais, au milieu des bruyantes démonstrations de loyalisme, la « grande révolution du dix-septième siècle 5) , comme on l’appelle à si juste titre, n’avait pas arrêté sa marche progressive. Le pouvoir suprême passait insensiblement de la couronne à la Chambre des communes. Peu à peu, le Parlement se rapprochait de la solution du problème qui avait si longtemps déjoué tous ses efforts, celui de diriger l’administration sans se substituer à elle.

Les premiers actes du nouveau gouvernement montrèrent que, quelle que fût la sincérité du loyalisme de la nation, il ne ressemblait en rien au

1 Sources : Le récit que nous a fait Clarendon de son ministère , dans son Auto biogi'aphie ; le Register and Chronicle (1600-1662) de l’évêque Ivennet, qui a écrit aussi les Vies de Charles II et de Jacques III ; la «vivante Histoire de mon temps de Burnet, sont nos principales sources d’information. La Vie de Jacques II, tirée des Papiers originaux de Macpherson, est d’une haute valeur pour cette période et la suivante, mais demande à être consultée avec précaution. Pour les rapports de l’Eglise avec les dissidents, lire V Histoire des puritains de Neal , les Mémoires des ministres expulsés de Calamy, la Vie de William Penn de M. Dixon, V Autobiographie de Baxter, et enfin les récits de ses souffrances faits par Bunyan dans ses différents ouvrages. La vie sociale de ce temps est admirablement décrite par Pepys dans ses Mémoires et par ceux du comte de Grammont, par Hamilton, et no*us trouvons dans la judicieuse Histoire constitutionnelle d’Hallam une mine inépuisable de précieuses informations sur le règne de Charles II. Le Calendar of State Papers, pour le règne de Charles II, publié par mademoiselle Green, va jusqu’en 1667.

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