LA SAINT-BARTHÉLEMY DE
fense servit d'excuse à son exécution : a C’est un homme trop dangereux pour que nous le laissions vivre » , écrivait froidement Charles, a si nous pouvons nous en débarrasser sans danger. »
Les nouveaux députés étaient encore plus dévoués à l’Église qu’à la personne royale. Des souffrances communes avaient uni la noblesse provinciale au clergé anglican, et, pour la première fois, les propriétaires ruraux se montrèrent pleins de zèle pour l’Église. A l’ouverture de la session, tous les membres prirent la communion, et le Covenant fut solennellement brûlé par la main du bourreau dans la cour du palais. Les évêques reprirent possession de leurs sièges à la Chambre des lords. La conférence au palais de Savoie entre épiscopaux et presbytériens se sépara sans avoir produit d’autre résultat qu’une violente irritation chez tous ses membres; les quelques changements que l’on avait consenti à faire à la liturgie étaient plutôt de nature à éloigner qu’à concilier le parti puritain. Celui-ci comptait surtout des adhérents dans les corporations des petites villes, et l’on essaya de les en chasser par une sévère ordonnance, d’après laquelle toutes les personnes désirant être admises aux fonctions municipales devaient recevoir la communion selon les rites anglicans, renier le Covenant et déclarer illégale toute tentative de révolte contre le Roi. Le renouvellement du b i 11 d’uniformité* porta un coup plus terrible encore au parti puritain ; non-seulement l’usage du Prayer Booli, et du Frayer Book seul, était imposé à tous les cultes publics, mais on exigeait de tous les ministres de l’Eglise de donner une pleine et entière adhésion à tous les articles de foi qu’il contient ; enfin, pour la première fois depuis la Réformation, toutes les ordinations qui n’avaient pas été conférées par les évêques se trouvaient également annulées ; c’est en vain qu’Asliley Cooper s’opposa énergiquement au vote de ce bi 11 à la Chambre desdords, et que Clarendon lui-même, convaincu que l’honneur de Charles II y était engagé, insista pour qu’on insérât deux clauses laissant à la couronne la latitude d’accorder certaines dispenses ; le Roi, qui voulait assurer la tolérance aux catholiques en faisant sentir aux presbytériens qu’ils étaient sous le coup d’une persécution, sanctionna ce b i 1 1 , tout en se promettant d’en suspendre l’exécution en faisant usage de sa prérogative royale.
La Saint-Barthélemy de 1662. — Les évêques de 1662 étaient cependant résolus à exécuter la nouvelle loi ; aussi en 1662 (24 août), le jour de la Saint-Barthélemy, dernier délai accordé aux récalcitrants, près de deux mille recteurs et curés (c’est-à-dire un cinquième du clergé anglais) furent chassés de leurs paroisses comme non conformistes. Jamais on n’avait vu de changement aussi complet dans l’Église ; les modifications apportées à l’organisation de l’Eglise par la Réforme avaient peu modifié le personnel du clergé ; la sévérité outrée de la haute commission sous Élisabeth n’avait abouti qu’à l’expulsion de quelques centaines de
prêtres. Si Land avait énergiquement travaillé à chasser des chaires tous les puritains, il avait été arrêté dans ses projets par les prescriptions de la loi et par le développement de l’esprit puritain dans la masse du clergé. La guerre civile avait amené de hien plus grands changements, mais ils avaient été graduels et avaient eu des causes politiques plutôt que religieuses. Les pasteurs destitués avaient été expulsés comme royalistes ou bien à cause de leur paresse, de leur inconduite ou de leur peu de talent oratoire.
Le coup d’Etat de la Saint-Barthélemy (1662) fut essentiellement religieux ; radical et très-inattendu, il reste unique en son genre. Les recteurs et vicaires qui avaient été chassés étaient les hommes les plus actifs de leur ordre; les bénéGces les plus importants du royaume se trouvaient entre leurs mains; parmi eux se trouvaient les chefs du clergé de Londres, que l’on considérait comme le premier du royaume ; ils occupaient aussi les postes les plus importants des deux Universités. Aucun prédicateur anglais, à l’exception de Jérémie Taylor, ne pouvait rivaliser avec Hoive ; aucun controversiste n’était aussi célèbre que Baxter, et jamais on ne vit prêtre de paroisse plus infatigable. Derrière ces hommes se trouvaient des prêtres dont le zèle et l’activité avaient fait pénétrer dans le pays des sentiments de piété inconnus jusque-là ; leur expulsion était pour l’Eglise une perte hien plus sensible que celle de leurs services individuels; c’était la disparition définitive d’un grand parti, du parti qui avait montré le plus d’activité dans l’Eglise et qui avait exercé le plus d’influence sur le peuple; c’était surtout la fin des efforts faits depuis Elisabeth pour rapprocher l’Eglise anglicane des communions protestantes du continent, et pour la mettre en harmonie plus complète avec les instincts .religieux de la nation tout entière. L’Eglise d’Angleterre resta dès lors complètement isolée parmi les Eglises du monde chrétien : la Réforme l’avait séparée à jamais de celles qui étaient restées attachées au Saint-Siège, et le bill df uniformité , eu rejetant toutes les ordinations non* épiscopales, la séparait complètement des Eglises protestantes, soit luthériennes, soit calvinistes. Privée de toute communication avec le monde extérieur, elle tomba dans l’immobilité spirituelle; avec l’expulsion du clergé puritain, disparut tout progrès, toute tentative de réformes; le développement religieux national s’arrêta, et, depuis cette. époque jusqu’à la nôtre, l’Eglise épiscopale s’est montrée incapable de modifier son culte et sa forme de gouvernement, pour se plier aux besoins spirituels de ses fidèles ; seule, parmi toutes les congrégations religieuses de l’Occident, elle n’a rien changé, pendant deux cents ans, à sa forme, à son culte et à ses prières.
Si la Saint-Barthélemy fut fatale au développement de l’Eglise anglicane, elle favorisa beaucoup la cause de la liberté religieuse. A la Restauration, elle semblait de nouveau perdue; quelques indépendants et un petit nombre de sectes méprisées, telles que les quakers, soutenaient le