LA DECLARATION D’INDULGENCE
annuel de trois millions. Dans le cas ou le Iloi d’Espagne mourrait sans héritier direct, Charles II promettait d’aider Louis à faire valoir ses droits sur Ja Flandre.
La Déclai ation d indulgence. — Rien ne prouve mieux l’immoralité politique de ce temps-là que le. choix fait par Charles d’Arlington, l’auteur de la triple alliance, comme confident du traité de Douvres. Mais, à l’exception de Clifford et d’Arlington, personne ne fut informé de la conversion du Roi et de ses desseins; car il aurait été impossible d’obtenir le consentement de ceux qui représentaient dans le conseil l’ancien parti presbytérien ou celui d’Ashley, de Lauderdale et du duc de Buckingham. On réussit cependant à les entraîner à une guerre avec la Hollande en leur promettant la tolérance pour les non-conformistes. L’annonce du changement de religion de Charles II fut encore différée, et l’on entama, par l’entremise de Buckingham, des négociations dérisoires qui se terminèrent par un traité simulé dont Ashley et Lauderdale eurent connaissance. Ce traité, qui ne disait rien du changement de religion ni des promesses de la France, ne stipulait qu’une alliance offensive avec la France contre la Hollande. Il n’y avait pas là rupture formelle de la triple alliance, qui n’avait été organisée que pour protéger les États espagnols. Ashley et scs collègues se leurrèrent de l’espoir d’obtenir un édit de tolérance. Charles II cédait, en somme, sur un point très-important, en promettant à son premier ministre qu’aucun catholique ne bénéficierait de sa déclaration (1671). L’affaire une fois conclue et ses ministres joués, il ne restait plus qu’à tromper aussi le Parlement; on demanda de larges subsides pour la flotte sous prétexte de soutenir la triple alliance. A peine étaient-ils votés, que les deux Chambres furent ajournées, et l’on obtint de nouvelles sommes par la fermeture de l’Échiquier et en suspendant, sur l’avis de Clifford, le payement du capital et des intérêts de la dette publique. Cette mesure entraîna la faillite de la moitié des orfèvres de Londres, mais elle fut suivie d’une nouvelle surprise, la Déclaration d'indulgence de 1672. En vertu de ses pouvoirs ecclésiastiques, le Roi ordonnait a que toute sentence ou loi pénale en matière religieuse contre les non-conformistes de toutes les communions fut désormais suspendue » , et accordait la liberté du culte public à tous les dissidents, à l’exception des catholiques, qui n’étaient autorisés à célébrer leurs cérémonies que « dans les maisons privées « . Les résultats de cette Déclaration justifièrent Ashley et ses collègues (si quelque chose peut excuser leur conduite); les ministres dissidents revinrent, après des années d’exil, dans leurs foyers et au milieu de leurs troupeaux; les chapelles se rouvrirent, les prisons se vidèrent; Bunyan quitta Bedford, et les quakers, qui avaient été jusqu’alors les principales victimes de la persécution, se trouvèrent désormais libres d’adorer Dieu selon leur conscience.
La guerre avec la Hollande (1672-1673). — La Déclaration d’in diligence fut immédiatement suivie par une déclaration de guerre de la France et de T Angleterre à la Hollande. Le succès des alliés fut d’abord complet. L’armée française passa le Rhin, envahit trois des Etats néerlandais sans rencontrer d’opposition, et poussa jusqu’en vue d’Amsterdam. Ce ne fut qu’a force d’habileté et de courage désespéré que Ruyter réussit à tenir en respect la flotte anglaise, commandée par le duc d’York, après un combat acharné sur les côtes de Suffolk. Le triomphe du cabinet anglais valut des titres et des honneurs aux chefs des deux partis; Ashley fut créé lord chancelier et comte de Sliâftesbury, et Clifford devint lord trésorier. Les Hollandais ne durent leur salut qu’à l’orgueil de Louis XIV, qui repoussa avec hauteur leurs offres de soumission, et à l’approche de l’hiver, qui suspendit les opérations.
Le plan des deux cours dépendait dès lors des chances d’une rapide surprise, et l’élévation du prince d’Orange au commandement de l’armée hollandaise déjoua cette espérance. Guillaume, malgré son extrême jeunesse, montra, dès ses débuis, le sang-froid et la ténacité de sa race : a Ne voyez-vous pas que votre pays est perdu? » lui demanda un jour Buckingham, qui avait été envoyé à la Haye pour négocier. — u J’ai un moyen infaillible » , lui fut-il répondu, ce de ne pas le voir ; c’est de mourir dans la dernière tranchée. » Ces retards inattendus obligèrent Charles à convoquer de nouveau le Parlement ; les fonds, qu’il s’élait alloués avec si peu de scrupule, avaient été engloutis dans des dépenses de toutes sortes, et la fermeture du Trésor avait ruiné son crédit et rendu tout emprunt impossible. 11 fallait donc en appeler aux Communes, mais les députés accueillirent sa demande avec une méfiance irritée. Ils ne s’occupèrent pas de la guerre; le sentiment qui dominait tous les autres, c’était la crainte vague, bientôt justifiée, que la liberté et la religion avaient été indignement trahies ; on commençait à soupçonner que toute la force armée se trouvait entre les. mains des catholiques ; on savait le duc d’York papiste de cœur, et c’était lui qui commandait la flotte. Des catholiques avaient été reçus comme officiers dans l’armée levée à l’occasion de la guerre de Hollande. Lady Castlemaine, la maîtresse du Roi, se vantait de sa conversion, et des doutes très-sérieux s’élevaient de toutes parts sur la sincérité dti protestantisme du Roi. On craignait qu’un complot ne fut ourdi pour établir en Angleterre le catholicisme et le pouvoir absolu, et que la guerre et la Déclaration ne fissent partie du plan qu’on tramait. Le changement des dispositions du Parlement se manifesta par l’apparition du parti dit Country part g > qui avait à sa tète lord Russell, lord Cavendish et sir William Coventry ; parti qui, tout en sympathisant avec les non-conformistes, cherchait avant tout à prévenir les desseins de la cour. Toutes les fractions du Parlement étaient du même avis sur la Déclaration d'indulgence; les Communes déclarèrent « que les lois pénales en matière ecclé-
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siastiquc ne pouvaient être suspendues, sauf par le consentement des deux Chambres » , et refusèrent le vote du budget jusqu’à ce que la Déclaration eût été retirée. Le Roi céda ; mais à peine Lavait-il retirée, que Y Acte du Test passa sans opposition aux Communes et à la Chambre des lords ; cette loi exigeait que tout homme appelé à une fonction civile ou militaire prêtât le serment de fidélité, reconnût la suprématie de la couronne en matière religieuse, se déclarât contre la transsubstantiation et prît la commu nion suivant les rites de l’Eglise d’Angleterre. Clifford conseilla immédia tement une résistance énergique, et Buckingham parla étourdiment d’ap peler l’armée à Londres ; mais Arlington, voyant que tout espoir de réaliser le Grand Projet était perdu, pressa Charles de céder. Le Roi avait encore la ressource d’une dissolution, mais il était à craindre qu’un nouveau Parlement fût plus violent encore que le précédent, et Charles se résigna. Le duc d’York se déclara catholique et se démit de ses fonctions de lord amiral ; une populace furieuse se massa autour de la maison du lord trésorier Clifford en apprenant qu’il avait, lui aussi, fait profession de catholicisme et renoncé à sa charge. Les démissions arrivaient de tous côtés par centaines, tant de l’armée que des divers services civils. L’effet en fut prodigieux sur le public : « Je n’ose écrire les étranges choses que l’on répète par la ville n , disait Evelyn. Ces démissions montraient quels dangers on avait courus. Dès lors, on perdit toute confiance en Charles II : « Le Roi » , disait Shaftesbury avec amertume, « comme simple particulier, aurait certainement passé pour un homme bien né, d’excellente éducation et d’un bon naturel ; mais il s’est si mal conduit comme prince, qu’il n’y a personne au monde, homme ou femme, qui ose compter sur lui et ait la moindre confiance en sa parole ou en son amitié. «