TR
Shaftesbury. — L’homme qui ressentit le plus vivement la perfidie du Roi fut sans contredit le chancelier Sliaftesbury. Ashley Cooper s’était piqué toute sa vie de lire dans l’âme de ceux qui l’entouraient et d’avoir un instinct politique d’une rare pénétration qui l’avertissait à l’avance de tout ce qui allait arriver. Sa confiance en lui-même était prodigieuse. Tout jeune encore, presque enfant, il avait arraché son patrimoine aux mains de tuteurs avides, en faisant hardiment appel à Ko y, alors procureur général. En commençant ses études à l’Université d’Oxford, il avait soulevé les nouveaux venus contre les coutumes vexatoires imposées par les anciens de son collège, et réussit à les faire abroger. A dix-huit ans, il était membre du Court Parlement, et, dès le début, de la guerre civile, il prenait parti pour le Roi ; au moment des brillants succès de l’armée royale, il eut le pressentiment de la ruine de Charles I er , et, passant du côté des parlementaires, il s’attacha à Cromwell et devint membre du conseil d’Etat. Une disgrâce passagère, pendant les dernières années du protectorat, lui inspira une haine profonde contre ce régime, et il en liàta la chute. Nous avons déjà vu de quelles amères invectives il accabla le protecteur, après sa mort, ses intrigues avec Monk et la part active qu’il prit au retour du Roi. Charles le récompensa de ses services en lui accordant la pairie et le premier rang dans le conseil royal. Ashley était alors âgé d’une quarantaine d’années : cet homme, qui avait été connu, pour se servir des expressions méprisantes de Dryden, comme la plus enrouée cornemuse de la troupe glapissante, une fois devenu conseiller de Charles II, parut se jeter dans la débauche avec une frénésie qui étonna son maître lui-même. Comme il laissait un jour échapper devant lui une plaisanterie obscène : « Savez-vous que vous êtes le plus vilain chien de tout le royaume? » lui
1 Sources : Outre les ouvrages précédemment cités, voyez la Vie de Shaftesbunj , par M. Christie, apologie assez habile de la conduite de ce ministre, qui jette un jour nouveau sur la politique du parti whig pendant cette période. Voyez aussi les Lettres et discours de Shaftesbunj , publiés par M. Christie.