‹ Histoire du peuple anglais (tome 2)Chapitre 82 sur 187 · DANBY · texte numérisé non relu

DANBY

disait tout bas que Charles était catholique au fond du cœur, et que, malgré le serment du Test, nombre de papistes déguisés avaient conservé d’importantes fonctions dans l’Etat; ce qui se trouvait être vrai pour Arlington.

Shaftesbury profita des vagues alarmes de la nation, qui se sentait impuissante à conjurer les dangers secrets révélés chaque jour, pour mettre ses plans à exécution. Il commença par exciter les inquiétudes publiques en faisant courir le bruit d’un soulèvement papiste et d’une prochaine insurrection en Irlande, soutenue par l’armée française. Il se retira dans sa maison de T la Cite, sous prétexte qu’une conspiration avait été tramée contre lui, disait-il, a pour lui couper la gorge Pendant ce temps, il organisait rapidement le « country party » dans les deux Chambres et se plaçait ouvertement à sa tête. Une adresse pour le renvoi des ministres « infectés de papisme ou autrement dits malfaisants et dangereux » , fut présentée à l’ouverture de la session de 1674, et le refus des subsides empêcha la continuation de la guerre. On présenta alors un bill qui empêchait les catholiques d’approcher de la cour, afin d’écarter Jacques des conseils du Roi; un autre bien plus important encore, le Bill cle garanties protestantes, qui déclarait que tout prince du sang royal marié à une catholique était par cela seul déchu de son droit à la couronne, fut soutenu par Shaftesbury, Halifax et Carlisle, chef de la nouvelle opposition à la Chambre des lords. Le bill, embryon du futur Acte d’exclusion, échoua, mais cet échec laissa les Chambres inquiètes et agitées. Shaftesbury déployait des ressources infinies, intriguant dans la Cité, correspondant avec Guillaume d’Orange, poussant à une guerre avec la France, que Charles ne put éviter qu’en ayant recours à la générosité de Louis XIV, dont les subsides lui permirent de proroger le Parlement. Mais Charles comprit qu’il était temps de céder : a Les événements ont mal tourné » , disait-il à Temple, dans un de ses rares accès d’impatience; « mais si j’avais été bien servi, j’aurais pu en tirer un bon parti. » Comme d 1 ordinaire, il céda sur tous les points, renvoya Buckingham et Arlington, et fit la paix avec la Hollande. Mais Charles n’élait jamais plus à craindre qu’a l’heure de la défaite; il s’était déjà décidé à suivre une nouvelle politique qui devait faire échouer les efforts de Shaftesbury.

Depuis son avènement, il s’était contenté d’un système de balance, opposant les épiscopaux aux dissidents, Ashley à Clarendon, en partie pour garantir sa propre indépendance et en parlie aussi pour obtenir dans la lutte quelques avantages pour les catholiques. Les dispositions des Communes avaient permis à Clarendon de déjouer tous ses plans ; mais, à la chute de son ministre, Charles s’était senti assez fort pour abandonner son système de balance et avait recherché l’appui de Louis XIV et des nonconformistes pour réaliser ses nouveaux projets. La nouvelle politique n’eut pas plus de succès que l’ancienne. Les non-conformistes refusèrent

D A IV B Y Cl 6 74- 167 8).

de trahir la cause du protestantisme, et Shaftesbury, leur chef, s’efforça de faire adopter des mesures qui devaient enlever aux catholiques toutes les espérances qu’avait fait naître chez eux la conversion du duc d’York. Au milieu de tous ces embarras, Charles résolut de se concilier les Communes, en adoptant hardiment la politique de la majorité de la Chambre, composée de cavaliers partisans de l’Eglise anglicane, et qui regardait comme son représentant au conseil sir Thomas Osborne, créature d’Arlington. Charles II, qui l’avait nommé comte de Danby, puis élevé au poste de lord trésorier à la place de Clifford, adopta franchement, en 1674, la politique de son parti.

Danby (1674-1678). — Le système de Danby était tout simplement celui de Clarendon. Attaché à l’Eglise établie, il détestait également les papistes et les dissidents, et se déclarait partisan de la monarchie tempérée par la loi et les deux Chambres. L’union de l’Eglise et de la couronne fut ratifiée dans une conférence entre Danby et les évêques, à Lainbetli ; elle eut pour résultat la mise en vigueur des lois rigoureuses contre les conventicules et l'exclusion de tous les catholiques de l'entourage du Roi. Lady Mary, fille aînée de Jacques, duc d’York, reçut, par ordre du Roi, la confirmation selon les rites protestants, et le Parlement de 1675 emporta l’assurance qu’on se montrerait très-sévère pour la prestation du serment du Test. Le revirement du Roi ne se fit pas un jour trop tôt. Les cavaliers qui se ralliaient autour de Danby réussirent cependant à épargner au Roi l’humiliation de rappeler ses troupes qui se trouvaient au service du roi de France. Pour obtenir une majorité, Danby sévit obligé d’avoir recours à un procédé qui joua, pendant tout un siècle, un grand rôle dans la politique anglaise : il usait largement de la corruption. Il réussit même à reconquérir la majorité des Communes, qui s’était rapprochée du « country party 75 , en réveillant le vieil esprit de persécution religieuse. 11 proposa que le serment du Test, qui avait été imposé par Clarendon aux officiers municipaux, fût étendu à tous les fonctionnaires de l’État ; que chaque membre des deux Chambres, chaque magistrat et fonctionnaire fût obligé de jurer de ne jamais prendre les armes contre le Roi, a de ne jamais entreprendre d’altérer la religion protestante légalement établie sous le nom à" Eglise anglicane , ni d’apporter aucune modification dans l’organisation légale de l’Église et de l’État « . Le bill fut arraché à la Chambre des lords par les évêques et les cavaliers, et il n’échoua aux Communes que par suite d’une querelle de prérogative entre les deux Chambres, querelle habilement envenimée par Shaftesbury. De son côté, le « country party » restait assez influent pour refuser des subsides. Malgré son désir ardent de faire la guerre à la France comme Danby le promettait toujours, la Chambre des communes ne pouvait reprendre confiance dans la parole du Roi ; Danby vit bientôt combien cette mé-

DAIVJBY (1673-1G78)

fiance était justifiée. Peu après la prorogation du Parlement, Charles lui révéla les négociations qu’il n’avait pas cessé de poursuivre avec Louis XIV, et le pria de signer un traité d’après lequel, moyennant une pension annuelle garantie par la France, les deux souverains s’engageaient à ne contracter aucune autre alliance et à se prêter un mutuel secours en cas de soulèvements dans leurs Etats. Un pareil traité mettait non-seulement l’Angleterre dans la dépendance de la France, mais affranchissait le Roi de tout contrôle parlementaire. Le ministre demanda en vain au Roi d’attendre et de consulter le conseil, Charles II répondit à ses sollicitations en signant le traité de sa propre main (1G7G).

Danby se trouvait dupé comme Shaftesbury ; mais cette déception ne fit que l’enhardir davantage à former de nouveaux plans pour arracher le Roi à sa honteuse dépendance vis-à-vis de Louis XIV. Son premier soin fut de réconcilier Charles II avec le Parlement, qui se réunit en 1676 après une prorogation de quinze mois. Le et country party » aurait pu être un obstacle à cette réconciliation, mais Danby résolut de le briser par des mesures d’une rigueur exceptionnelle. Une imprudence de Shaftesbury lui facilita sa tache. Désespérant de jamais amener la Chambre des communes, élue quinze ans auparavant dans un moment de réaction politique et religieuse, à une énergique opposition contre la couronne, il avait déjà proposé une adresse réclamant une prompte dissolution ; il soutint' de plus, qu’en vertu d’un décret d’Edouard 1 er , ordonnant a que le Parlement se réunît au moins une fois par an, et même plus souvent si cela était nécessaire » , le Parlement actuel, prorogé récemment pendant un an et demi, avait légalement cessé d’exister. U Acte triennal enlevait à cet argument une partie de sa valeur. Danby représenta cet acte comme une excitation au mépris des Chambres, et, sur sa demande, les lords envoyèrent à la Tour les auteurs de la proposition, Shaftesbury, Buckingham, Salisbury et Wliarton (1677). Tandis que l’opposition était atterrée par ce coup, Danby se hâta de présenter une loi qui devait ramener à la couronne la confiance des prélats alarmés ; par le bill de sécurité « de l’Eglise « , on décidait qu’en cas d’avénement d’un roi non anglican, la nomination des évêques serait faite par les prélats existants et la tutelle des enfants du Roi confiée à l’archevêque de Canterbury.

Le traité de Nimègue (1678). — Le bill échoua devant les Communes, et les subsides ne furent accordés que grâce à l’argent que Danby distribua à profusion de tous côtés. Les nouvelles de la guerre continentale jetèrent l’Angleterre dans une panique si violente que Danby se vit dans l’impuissance de la calmer. A la nouvelle des succès des Français en Flandre et de la défaite du prince d’Ûrange à Cassel, des cris de guerre éclatèrent dans tout le royaume. La Chambre des communes se fit l’interprète du vœu national dans une adresse au gouvernement; mais Charles

LE TRAITÉ DE NIMÈGUE (l678).

para le coup en demandant de nouveaux subsides avant de déclarer la guerre, et, sur le refus des deux Chambres, toujours méfiantes, le Parlement fut prorogé. De nouveaux secours pécuniaires de la France, beaucoup plus considérables que les précédents, lui permirent de se passer des Chambres pendant sept mois. Mais le silence du Parlement ne réussit pas à calmer le pays; aussi Danby profita-t-il de l’indignation universelle pour presser le Roi d'agir avec énergie. Cavaliers et puritains étaient d’accord pour demander qu’on arrêtât les progrès des Français, et Danby cherchait à compenser son échec à P extérieur en rapprochant les deux partis hostiles par une vigoureuse politique extérieure.

Charles céda, comme d’habitude. Il ressentait lui-même une certaine inquiétude en voyant les Français sur la cote de Flandre, et il reconnut u qu’il ne pourrait jamais vivre en bonne intelligence avec ses sujets » s’il abandonnait la Flandre. 11 permit alors à Danby d’insister auprès des deux partis sur la nécessité de concessions mutuelles, et d’affirmer la nouvelle attitude de l’Angleterre par une démarche dont les résultats devaient être bien plus importants que Charles et son ministre n’avaient pu le prévoir. Le prince d’Orange fut invité tout à coup à venir en Angleterre, où il épousa Marie, fille aînée de Jacques, duc d’York. Comme le Roi était sans enfants et que son frère n’avait pas de fils, Marie se trouvait être l’héritière présomptive de la couronne ; ce mariage promettait une étroite alliance politique avec la Hollande à l’avenir et, par suite, une énergique opposition aux vues ambitieuses de la France. La nation tout entière accueillait avec joie ce mariage protestant, qui assurait un héritier protestant au duc d’York. Louis XIV en fut profondément irrité; aussi repoussat-il les propositions de paix de l’Angleterre et remit-il son armée en campagne. Danby se montra tout prêt à accepter son défi ; il rappela de Paris l’ambassadeur anglais et convoqua le Parlement (1678). Les Chambres répondirent par une adresse belliqueuse au discours belliqueux du trône; les fonds furent votés, et on leva une armée. Mais il n’y eut pas de déclaration de guerre. Pendant que Danby menaçait de faire la guerre, Charles était occupé à tourner les choses à son profit et à gagner du temps par des prorogations successives, par d’indignes négociations. A un moment donné, il réclama de Louis une nouvelle pension pendant trois ans pour prix de ses bons offices auprès des alliés. Danby s’abaissa jusqu’à en rédiger la demande, à laquelle Charles II ajouta : « Cette lettre a été écrite par mon ordre. C. R. » Une armée anglaise de trois mille hommes débarqua à Ostende ; mais les alliés étaient divisés, incertains sur les véritables intentions du Roi, et Charles consentit bientôt à rappeler la brigade, moyennant une nouvelle pension. A peine ce marché était-il conclu, que Louis XIV retira les propositions de paix qu’il avait lui-même offertes et qui avaient été le prétexte de la retraite des Anglais. Danby offrit immédiatement de nouveaux secours aux alliés, niais toute confiance dans l’Angle-

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