Cf. Jér., XVII
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tourne facilement à Taigreur. Le triomphe des lécim sousManassès et Amon, leur retour au pouvoir sous Joïaqim laissèrent dans la conscience des anavim une rancune qui ne se calma plus. Ce fut un état d'âme analogue à celui du parti catholique après récliec de la tentative du 16 mai et la ruine de l'Union générale. Ces vaincus d'une cause qui s'était identifiée avec celle de Dieu ne savaient plus que récriminer.
C'est ainsi que la littérature du temps de Josias^ comparée à celle du temps d'Ézéchias, offre les signes d'une complète infériorité. La décadence de la langue est sensible. L'hébreu de Jérémie et du Deuiéronome est mou, prolixe, flasque. Le sentiment plastique des anciens écrivains est perdu. La partie profane de la littérature, qui existe encore sous Ézéchias, a totalement disparu sous Josias. Israël ne produira plus d'ouvrages comme le vieux lasar, comme le Cantique des Cantiques, les Proverbes, les poèmes d'Agour et de Lemuël, la Femme forte. Job, dont le ton est si libre. Tout ouvrage, maintenant, a une tendance; il sert à épauler la foi ou les espérances d'Israël. Israël est désormais un peuple exclusivement religieux. Au temps de Josias, la Grèce n'a encore développé que le quart de son génie, et déjà pourtant son triomphe
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est certain. Elle écrit à peine; son incomparable épos homérique se récite; son admirable poésie lyrique se chante et se danse; Thaïes de Milet est né, et déjà des esprits clairs cherchent à dresser une théorie naturaliste de Tunivers. Solon veut fonder la cité juste sur la raison seule.
Israël ne fondera jamais ni l'État, ni la philosophie, il n'aura jamais de littérature profane développée, et cependant sa part, à lui aussi, est immense. Il a fondé la protestation du pauvre, la réclamation de justice et d'égalité, la fraternité au sein de la confrérie, l'Église, enfin, qui est à sa manière une société complète, une organisation de la justice et de l'égalité. La Grèce a dressé le cadre éternel de la civilisation; Israël y apportera une addition, une correction capitale, le souci du faible, la réclamation obstinée pour la justice individuelle. Nos civilisations aryennes, fondées sur l'immortalité de l'âme et le sacrifice de l'individu, sont trop cruelles. Au moins, reconnaissons le droit du psalmiste, qui proteste et qui pleure. Jérémie a raison à sa manière. Les remèdes par lesquels il croit corriger les injustices nécessaires de ce monde sont chimériques; la société qu'il conçoit n'est pas viable; mais il ajoute un facteur essentiel à l'œuvre humaine; Jérémie est, avant Jean-Baptiste,.
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l'homme qui a le plus contribué à la fondation du christianisme; il doit compter, malgré la distance des siècles, entre les précurseurs immédiats de Jésus.
Il y a un côlé, d'ailleurs, par lequel la situation philosophique de ces anciens Juifs ressemblait à la nôtre. Ils s'imposaient de justifier le gouvernement temporel de lahvé sans se donner les facilités que présente pour des compensations l'hypothèse de la vie d'outre-tombe. Nous autres, aussi, nous avons à expliquer la vie, à lui donner un but et à la rendre supportable, sans cette grande ressource, qui a si fort aidé les éducateurs de l'humanité à tous les âges. Chose inouïe! le judaïsme réussit à obtenir des prodiges de dévouement, sans jamais faire appel à des espérances dont l'objet fût placé au delà de la vie. Il faut que nous fassions de même. Il faut que nous donnions aux hommes un motif de vivre et de bien vivre, sans rien alléguer de ce qu'ils pourraient traiter de leurre et de promesse déloyale. Jérémie s'en tirait en persuadant à ses contemporains que les événements du monde, depuis la pluie et la sécheresse, jusqu'aux révolutions des empires, étaient ménagés pour récompenser ou punir les enfants d'Israël. Cette ressource nous est aussi enlevée. Mais nous avons celle du psal-
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miste, les larmes secrètes, répanchemeiit du cœur avouant son trouble. Voilà pourquoi les Psaumes, quand tout le reste s'en va, restent notre livre de prières, notre chant intérieur, notre éternelle consolation.
Une chose capitale naissait, la piété, la piété indépendante de tout dogme, consolation et force de la vie. Une expression exquise, « chercher Dieu ^ », résumait la religion dans ce qu'elle a d'intime et de vrai. Pour exprimer l'acte de la prière, l'hébreu ancien eut des mots d'une rare finesse ^ Plus tard, les traducteurs chrétiens y mirent des nuances encore plus fines. La version latine des Psaumes, grâce à une série de délicieux conlre-sens% effaça ce que l'original hébreu a parfois d'un peu mat*. Elle idéalisa les plus lourdes images; elle rendit l'inintelligible touchant, la monotonie pleine de charme. L'Église en composa le bréviaire, l'électuaire exquis du sommeil pieux.