‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 188 sur 348 · Jér., Li · texte numérisé non relu

Jér., Li

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lecture fut immense. Mikaïah fils de Gémariah, voyant l'émotion du peuple, descendit au palais royal, à la salle du Sofer.

Or tous les ministres, Élisama le sofer, Delaïah fils de Sémaïah, Elnathan iils d'Akbor, Gémariah fils de Safan, Sidqïah fils de Hananïah, tenaient justement séance en ce moment. Mikaïah leur raconta ce qu'il avait entendu lire à Baruch» Ils envoyèrent quérir au temple le lecteur imprudent, et lui ordonnèrent de répéter sa lecture devant eux. L'eft'roi de Tassistance fut extrême. Quoique l'âpreté des discours de Jérémie fût connue, ces discours ainsi rapprochés produisaient une impression qui les faisait paraître neufs. On disait que le prophète atrabilaire avait fait exprès de condenser en ces pages tout le mal que lahvé méditait de faire à son peuple. Les ministres questionnèrent Baruch sur la façon dont la rédaction s'était faite et l'engagèrent à se cacher; ils firent porter le même conseil à Jérémie. Ensuite ils adressèrent un rapport au roi, qui voulut connaître le livre, cause de si vives émotions.

Un nouveau conseil fut tenu dans l'appartement d'hiver du palais. Le roi était assis, avec un brasero allumé devant lui, à cause de la rigueur de la saison ; les ministres se tenaient debout en sa présence.

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Le lecteur avait à peine lu trois ou quatre chapitres, que la colère du roi fut à son comble. Ces mots surtout, qui se trouvaient dans le volume : « Le roi de Babel viendra dévaster ce pays et en exterminera hommes et bêtes y>, le révoltèrent, non sans raison. Il prit d'une main le rouleau, de l'autre le canif du scribe, et se mit à déchiqueter le volume, jetant les lambeaux dans le feu jusqu'au dernier.

L'assistance ne partageait pas l'assurance du i:oi. En entendant ces atroces menaces, plusieurs eussent voulu déchirer leurs habits, comme fit Josias en un cas semblable. Elnathan, Delaïah et Gémariah, en particulier, adjurèrent le roi de ne pas brûler des feuillets qui contenaient des paroles de lahvé. Joïaqim fut inflexible. Il ne laissa pas subsister une trace du rouleau; puis il donna ordre à lerahmeël, qualifié ben ham-méleli^ et à Seraïah fils de Azriël, et à Sélemiah fils de Abdeël, d'arrêter Jérémie et Baruch.

Selon l'expression du jérémiste exalté qui nous a transmis ces récits, « lahvé les cacha ». Les précautions royales furent inutiles. Jérémie dicta de nouveau à Baruch les paroles que Joïaqim croyait

i. Voir ci-dessus, p. 45, note 2.

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avoir supprimées; il y ajouta de nouvelles menaces plus terribles encore. De nouveau, la voix céleste annonça que Joïaqim n'aurait pas de successeur, que son corps serait jelé hors de la ville, exposé à la chaleur et au froid, que Jérusalem et Juda seraient frappés d'une totale destruction. Rien ne pouvait fléchir le forcené. Moins implacable que son maître, le pauvre Baruch trouvait dur de transcrire ainsi des paroles contre sa patrie ^ Les prédictions terribles qu'il consignait dans le rouleau lui troublaient l'esprit. Il se plaignait amèrement à lahvé de la dure tâche qu'il lui avait imposée, lahvé daigna lui parler pour relever son courage ; mais ses paroles nous paraissent plus fortes que consolantes. Dans une catastrophe qui va englober l'humanité tout entière, il est beau de venir réclamer de petites faveurs d'exception! Baruch aura la vie sauve partout où il ira; qu'il s'en contente! L'apparition de cette grande puissance militaire, qui semblait le rouleau broyeur de lahvé, exaltait au plus haut degré les imaginations. Vers ce même temps, l'inspiré Habacuc^ émit dans le public piétiste des pièces fort analogues à celles de Jérémie, mais supérieures par le talent littéraire.

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