Jér., Li
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armait. Une dynastie, même en décadence, est toujours un foyer d'esprit nationale Vers Tan 595, les rois d'Édom, de Moab,d*Ammon, de Tyr, de Sidon, tinrent à Jérusalem une sorte de congrès par ambassadeurs, sans doute pour concerter une alliance contre Tennemi commun. Toutes les espérances se réveillèrent. Plusieurs prophètes, en particulier un certain Hananiah fils d'Azzour, de Gabaon, se levèrent et annoncèrent au nom delahvé que l'heure de la fin de la domination de Babel était venue. Hananiah allait partout répétant ces mots : (( Voilà que je brise le joug de Babel ! Voilà que je brise le joug de Babel ! » Le salut devait venir dans deux ans. Une grande partie du public prêtait l'oreille à des promesses creuses, qui flattaient ses espérances et ses passions.
Jérémie sentit qu'on ne pouvait combattre ces dangereuses illusions que par des moyens d'une violence extrême. Pour rendre plus sensible sa pensée sur la certitude de la captivité future, il parcourut durant plusieurs jours consécutifs les rues, les places, la tête engagée dans des pièces de bois
1. Jér., ch. xxvii et xxviii. Le verset 1 du ch. xxvii renferme «ne faute de copiste évidente, Joiaqim i^our S idqiahoii. Les versets 7 et 19-22 du ch. xxvii, qui manquent dans le grec, sont suspects d'interpolstion, au moins partielle.
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liées par des cordes, simulant le joug d'un bœuf qui laboure. Puis, il affecla d'avoir reçu l'ordre d'envoyer des jougs semblables en cadeau aux cinq rois, avec ces mots, censés venir de lahvé : « J'ai fait la terre, les hommes et les bêtes ; je les donne à qui je veux. Je donne tout àNabuchodonosor mon serviteur. Même les bêtes lui seront soumises, et la nation qui ne pliera pas sous son joug, je la visiterai par l'épée, la famine et la peste (parole de lahvé!) jusqu'à ce que je l'aie exterminée par sa main. » Cette horrible doctrine qu'on est coupable si l'on n'accepte pas la tyrannie du jour, censée commissionnée par Dieu, était prêchée par Jérémie sur tous les tons. Un étranger, un infidèle jouit des droits de la légitimité, uniquement parce que c'est un grand destructeur, s'étalant impudemment. lahvé est pour Nabuchodonosor; qui résiste à Nabuchodonosor résiste à lahvé. Les prophètes moins pessimistes et plus patriotes qui annonçaient que l'entreprise réussirait, étaient des menteurs. « Ils disent cela pour que je vous disperse et que vous périssiez. Ceux qui se soumettront au contraire, je les laisserai dans la terre pour qu'ils la cultivent et y demeurent. » — <( Plie ton cou, disait Jérémie à Sédécias, pour que tu vives. lahvé a prononcé la mort contre quiconque
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ne se soumet pas au roi de Babel. y> lahvé a donné pour mission aux faux prophètes de mentir, pour qu'il ait une raison de disperser ces rebelles et de les faire périr.
Une des promesses le plus souvent répétées par les prophètes opposés à Jérémie, surtout par Hananiah, était qu'un des premiers fruits de la victoire des royaumes alliés de la région du Jourdain serait, outre le retour de Joïakin et de tous ceux qui avaient été transportés avec lui, la restitution à Jérusalem des vases d'or du temple enlevés par Nabuchodonosor. L'état de pauvreté où cet enlèvement réduisait le temple attristait tous les cœurs Israélites. La perspective d'un démenti sur un point aussi important irritait vivement Jérémie. Il tenait peu au temple et aux objets de culte. L'état de désolation du lieu sacré était plutôt une confirmation de ses menaces. Sa réponse aux espérances qu'ouvrait Hananiah est singulière ^ Les vrais prophètes ont pour fonction de prédire des malheurs. Quand ils annoncent des choses heureuses, il n'y a que l'événement qui prouve leur mission; la présomption, d'après l'histoire prophétique an-
4. Jéi\, XXVII, 16 et suiv. La rédaction est perplexe. H y a là deux textes superposés. On a substitué le deuxième texte, 21-22, post ccentum.
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térieure, étant toujours pour l'hypothèse triste. La faveur du peuple était évidemment pour Hananiah. Un jour que Jérémie, portant le joug sur son cou, était assis dans la cour du temple, en présence des prêtres et du peuple, Hananiah, enhardi par rimpopularité qui s'attachait à ce frénétique, qu'on voyait partout, dans les lieux publics, narguant les espérances des patriotes, se laissa entraîner par la colère. Il enleva le joug de dessus le cou du prophète de malheur, et le brisa, en prononçant ses paroles solennelles : « Voici ce que dit lahvé : Ainsi je briserai, d'ici à deux ans, le joug que Nabuchodonosor, roi de Babel, fait peser sur toutes les nations. y> Des applaudissements éclatèrent sans doute; car Jérémie se retira confus. Les jours suivants, il retrouva tous ses avantages : « Tu as brisé un joug de bois. En sa place, tu as préparé un joug de fer i), voulant indiquer par là que la révolte qui se préparait remplacerait un état de sujétion tolérable par un état de servitude tout à fait insupportable. Hélas! Il avait raison. Cruels moments que ceux oti il n'y a pas de milieu entre une raison odieuse et un aveuglement réclamé par l'amour de la patrie I
Hananiah mourut deux mois après. On assura que Jérémie lui avait dénoncé cette mort prochaine
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comme une punition de la mission mensongère qu'il s'était donnée.
Les communications entre Jérusalem et les déportés de Babylone étaient très actives et contribuaient singulièrement à souffler le feu des deux côtés. Tout ce qui venait des bords de TEuphrate respirait une piété débordante. Figurons-nous, dans les années qui suivirent 1871, la correspondance qui dut exister entre les déportés de Nouméa et les communalistes restés à Paris, on aura Tidée de Texaltation réciproque que cette correspondance devait entretenir dans les deux fractions de la famille juive. La lettre missive ayant le ton du sermon, l'épître (iggéret), devenait le genre capital de la littérature sacrée des Juifs et remplaçait la surate prophétique, destinée à la récitation.
Une vision de Jérémiequi se rapporte à ce temps exprime bien l'opposition des deux Judées^ On y voit clairement le peu de cas que faisait le prophète du petit royaume subsistant encore et la franchise avec laquelle il s'en expliquait, au risque de décourager ceux qui cherchaient à sauver quelque chose du récent naufrage de la patrie. Deux corbeilles de
1. Ch. XXIV, répété en partie dans xxix, Hj'26, passage transposé. Se rappeler que ces surates n'ont été écrites que pendant l'exil et que plusieurs nuances ont pu être forcées.
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figues étaient posées devant le temple, les unes excellentes, les autres à peine mangeables. Les premières représentaient les déportés en Ghaldée; les secondes, ceux qui étaient restés à Jérusalem, en particulier Sédécias, ses officiers, et ceux qui étaient allés s'établir en Egypte. Le repentir, dans ridée iahvéïste, était un sentiment purificateur. Les exilés ont expié leur faute; lahvé les a touchés et guéris; lahvé les replantera, les restaurera. Au contraire, Jérusalem ne se réforme pas ; elle refuse d'écouter les vrais prophètes. Sédécias et sa bande seront exterminés; la maison de David va finir.
Dès cette époque, en effet, s'établissaitl'idée que le vrai Israël était la troupe que les Chaldéens avaient amenée en exil, et qui, dix ans plus tard, devait se grossir considérablement. Jérémie réservait pour ces infortunés toutes ses sympathies^ Les déportés de l'Euphrale contribuaient, par leurs lettres, à inculquer le même sentiment. Ils s'envisageaient comme des victimes déjà pardonnées, tandis que Jérusalem continuait d'irriter lahvé. Un groupe d'Hiérosolymites avait été cantonné à un endroit nommé Tell-Abib, sur le bord du ffeuve
1. Certains passages d'Ézéchiel (ch. xiv, i et suiv.) montrent cependant que l'idolâtrie n'était pas extirpée complètement du sein de la communauté déportée.
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Gobar, affluent de TEuphrate, qui vient des montagnes de l'intérieur de la Mésopotamie. Parmi eux était ce jeune prêtre de Jérusalem, Ézéchiel, fils de Bouzi, que nous avons vu entraîné par les vainqueurs en 598. Il était le centre d'un groupe pieux qui se réunissait dans sa maison et l'écoutait comme un oracle^ Cinq ans après sa déportation, l'esprit de Dieu le toucha et lui fit voir d'élranges visions. Le tour de l'imagination prophétique était changé. Des symbolismes matériels avaient remplacé l'idéalisme clair du temps d'isaïe. Les conceptions sur la gloire de lahvé s'étaient compliquées, lahvé n'est plus la tempête qui rugit, l'orage qui éclate, le feu qui brûle, le vent qui passe. Sa demeure est maintenant un ciel d'azur, un empyrée de lumière ; son entourage est composé de monstres surnaturels, de machines vivantes, roues engagées dans des roues, vaste système de transmission de force, qui ne diffère de nos idées de mécanique transcendante que parla conscience et les volontés particulières dont ce grand organisme est doué. C'était le commencement du genre des Apocalypses, que l'époque des Macchabées et l'époque chrétienne devaient affectionner si fort. C'était surtout le commencement de la Cabbale,