‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 219 sur 348 · Jér., XXXVII · texte numérisé non relu

Jér., XXXVII

[595 av. J.-C] LE ROYAUME DE JUDA SEUL. 333

à des affirmations contraires. Le prophète n'a derrière lui ni la force ni la raison; rarement il ose en appeler au miracle. Quod gratis usseritur gratis negatiir. Effroyable dilemme, qui, se combinant avec le dogme de l'identification de Dieu et de son prophète, ne pouvait manquer d'engendrer un fanatisme terrible et de provoquer d'atroces injures! Jérémie nous fait horreur quand nous le voyons se délecter dans la pensée de son rival en prophétie brûlé à petit feu par Nabuchodonosor. Jérémie trouvait cela parfaitement naturel. Le malheureux, en exprimant une opinion diff'érente de la sienne, avait prêché la révolte contre lahvé.

Certes, en tout ceci, il faut faire une part à ce grossissement colossal que fait subir à toute pensée la rhétorique orientale. Il ne faut pas oublier d'ailleurs que ces odieuses déclamations de Jérémie auraient pu, si on les avait écoutées, prévenir d'affreux massacres. Dans les moments de crise, le patriote qui essaie de rendre sensible la puissance de l'étranger passe toujours pour un ami de l'étranger. (( Soumettez-vous au roi de Babel, pour que vous viviez! ]S) Cela était dur à entendre. Figuronsnous, au mois de juillet 1870, un publiciste parcourant les boulevards avec un collier de cheval passé au cou, et prédisant la victoire des Prussiens:

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Tacte de cet exalté eût certainement paru à tous blâmable au plus haut degré. Dans ces cas, on n'est excusé d'avoir vu clair que quand les faits ont parlé. La conduite de Jérémie ne saurait donc dès à présent être condamnée sans réserve. Les événements se chargeront bientôt de démontrer que, s'il eut les plus grands torts dans la forme, il avait pour le fond entièrement raison.

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