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les yeux sur ce qui les entourait. Leur attitude fut celle des Bas-Bretons transplantés à Paris, qui ne veulent rien voir, déprécient ce qu'ils ont sous les yeux, soutiennent que la douce petite vie de leur village, pleine d'affection et de cordialité, valait beaucoup mieux. Aussi l'effet de cet exil, qui du reste ne dépassa guère une cinquantaine d'années, fut-il de fortifier dans sa donnée propre le génie d'Israël, d'exagérer ses qualités et ses défauts et de l'enfermer avec une furie plus intense que jamais dans son idéal d'une loi parfaite, dont la parfaite observation donnerait le bonheur.
Les lévites, si nombreux depuis Josias, et dont le sort avait constamment préoccupé l'auteur du Deutéronome et Jérémie, étaient à l'état de mendiants dans les rangs des émigrés^ Ils firent cause commune avec les cinavim et allèrent grossir la foule de ces pauvres de Dieu, attendant de lahvé seul leur nourriture et leur salut. Les prêtres devaient aussi être dans une grande- détresse : la réforme de Josias ayant rendu tout culte illicite hors du temple de Jérusalem, aucun sacrifice ne pouvait avoir lieu. Les prêtres et les lévites, qui vivaient des sacrifices, étaient sans ressources.
1. Voir Esdras, ch. il, 40 et suiv., 70, et les listes parallèles.
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C'est probablement dans ce milieu, dont Tesprit nous est si bien représenté par Ézéchiel, que les idées de retour et de restauration furent le plus vivement agitées.
Là est la raison de la différence entre ce qui se passa pour les transportés de Samarie et les transportés de Jérusalem, à cent trente trois ans de distance. Le iahvéisme des transportés de Samarie n'était pas noué encore. Il arriva à une prompte dissolution ; les dix tribus disparurent; leurs noms n'eurent plus qu'une valeur hiératique. Juda, au contraire, fut dans l'exil comme une barre métallique. C'est que Jérémie, Josias, le Deutéronome avaient passé par là. La Loi existait; elle était la grande soudure qui tenait réunies les parties du petit monde brisé par la conquête. Comme le culte de lahvé ne pouvait plus se pratiquer qu'à Jérusalem, il fallait à tout prix rebâtir Jérusalem. Le culte de lahvé, pour les dix tribus, pouvant se pratiquer partout, Samarie ne devint jamais ville sainte; il n'y avait pas eu de raison de la rebâtir.
Il ne semble pas que les Judaïtes exilés se soient trouvés en contact avec des groupes considérables de transportés israéhtes^ Ceux-ci avaient déjà
1. Jér., L, i et suiv., n*est qu'une rengaine prophéfique, souvent répétée. Des passages comme Ézéch., xxxvii, 15 et suiv.
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sans doute à demi perdu leur culte, ou offraient à lahvé des sacrifices qui, aux yeux des Judaïtes, devaient être des sacrilèges. Quand les prophètes nous parlent de l'espoir qu'ils ont de voir restaurer Jérusalem comme capitale de toutes les branches delà famille d'Israël, cela n'a qu'un sens géographique. Déjà, sous Josias, cet espoir avaitété jusqu'à un certain point réalisé par l'espèce de suzeraineté que reprit Jérusalem sur les provinces du Nord. Celte reprise fut toujours une partie intégrante du programme juif, et devint un fait accompli sous les Asmonéens.
Ce fut donc la captivité de Babylone qui fît définitivement d'Israël un peuple de saints. La cour et la classe militaire, toujours opposées aux prophètes, n'existaient plus. Les lévites, nombreux parmi les transportés, gardaient leur attachement aux choses religieuses. Les tièdes et les indifférents prirent vite leur parti, et s'établirent en Orient, où les emplois lucratifs ne leur manquèrent pas. Les piétistes se groupèrent, s'exaltèrent par leur rapprochement. Disciples pour la plupart de Jérémie, ils affirmèrent plusque jamais l'avenir d'Israël et la juste provi-
semblent cependant supposer qu'il y avait en Babylonie des déportés de Salmanasar pratiquant encore le culte de lahvé à leur façon.
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dence de lahvé. C'est ici le moment décisif. La crise qui ne détruit pas une conscience naissante la fortifie. Le judaïsme fut désormais comme un faisceau cerclé de fer. Dès les premières années de la captivité, le groupe des saints dispersés sur les bords de TEuphrate avait reconstitué un foyer de vie aussi intense que celui qui brûla le sang juif aux jours les plus enfiévrés de Jérusalem.
Ce qu'il y a d'extraordinaire, en effet, dans l'attitude morale des représentants du peuple juif, à ce moment de l'histoire, c'est leur inflexibilité, leur persistance à croire et à espérer, malgré les apparences. Il y aurait de l'exagération à attribuer ces sentiments à la nation tout entière. Les exaltés ne sont jamais qu'un petit nombre; mais seuls ils écrivent; seuls ils lèguent leur pensée à l'avenir. Le relâchement sur quelques points fut extrême. La divination chaldéenne avait de puissants attraits, et on croyait pouvoir s'y livrer sans quitter lahvé \ Les règles sur les choses pures et impures étaient minutieuses, et on les violait souvent ^ Des milliers de gens paisibles prirent leur parti des nécessités du temps et s'accointèrent en un iahvéisme