‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 290 sur 348 · LES APPROCHES DU SIEGE DE BABYLONE · texte numérisé non relu

LES APPROCHES DU SIEGE DE BABYLONE

Nabuchodonosor mourut vers 56J, laissant le trône à son fils Évilmérodach. Joïakin, Tavantdernier roi de Juda, vivait encore dans sa prison de Babylone. Évilmérodach le gracia, probablement par mesure de joyeux avènement. Une place honorable lui fut donnée parmi les rois vaincus qui remplissaient Babylone. On lui assigna une somme pour son entretien et celui de sa maison, et il fut admis, dit-on, à la table du fils de son vainqueur.

Évilmérodach, Nériglissor régnèrent peu de temps; puis le trône est occupé par un enfant, qui fut assassiné en 555. En lui finit la maison de Nabuchodonosor. Courte dynastie, comme toutes celles de TOrient, mais qui avait donné la mesure du plus grand pouvoir qu'on eût connu jusque-là.

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Nabonahid, un des conjurés, maintint encore dixsept ans l'empire de Babylone, pendant que les événements qui devaient changer Taxe des affaires du monde prenaient une tournure décisive. Les années de Babylone étaient comptées. A l'est du Tigre, les populations aryennes des Mèdes, des Perses, terribles toutes deux par leur organisation militaire, opéraient leur jonction définitive, sous le commandement d'un des plus puissants organisateurs d'empires dont l'histoire fasse mention, Cyrus le Perse, qui fut en quelque sorte le Charlemagne du monde antique et le point de départ d'un ordre nouveau. L'entrée de l'Iran sur la scène du monde se faisait avec un éclat sans égal.

La bataille de Thymbréeset la chute du royaume à demi assyrien de Lydie (554), une guerre de quinze ans en Bactriane et en Scythie, qui réunit en un seul boulon de force toutes les populations militaires et saines de l'Iran, décidèrent de la fin d'Assur. Invincibles à leur heure, ces milices de Ninive et de Babylone, recrutées surtout, à ce qu'il semble, dans les monts Carduques et en Arménie, avaient trouvé leurs maîtres. Le sort des armes, si souvent inique, eut au moins une fois sa justice. Ce vieil empire, tour à tour ninivite et babylonien, d'Assyrie ne méritait pas de vivre. L'em-

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pire romain fut aussi dur; mais il civilisa, il prépara un régime vraiment humanitaire, l'empire du second siècle, qui a été une des pierres angulaires du progrès. L'Iran, quoique peu civilisateur, valait mieux qu'Assur. La capacité intellectuelle de ces populations féodales et guerrières était faible assurément. Mais la faculté morale avait chez elles toute sa vigueur. On peut se figurer les Perses de Cyrus comme des Francs d'Austrasie, barbares, ignorants, naïfs, honnêtes, fidèles au serment prêté. Le système de transportation, qui avait exaspéré à bon droit l'Orient, ne fut jamais pratiqué par les Perses. Les nombreuses nations que l'Assyrie avait opprimées commencèrent à respirer, quand elles virent cette grande délivrance se préparer à l'horizon. Le monde se crut déchargé d'un couvercle de plomb.

Ce fut sans doute parmi les déportés de Judée que l'impression fut la plus vive. Les prophètes avaient annoncé que lahvé briserait la verge dont il s'était servi pour châtier les peuples. Des oracles où la ruine de Babylone était clairement pressentie et afiirmée circulaient de toutes parts. Quand les signes avant-coureurs du jour du jugement de Dieu se rapprochèrent, les prophéties se multiplièrent et se précisèrent. Beaucoup de mor*

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ceaux qui furent englobés dans le livre d'Isaïe, quand on composa le volume des prophètes, sont de ce temps. L'erreur fut d'autant plus facile que les écrivains hébreux de Babylone cherchèrent souvent à imiter le style d'Isaïe, ou même à se couvrir de son nom. Peut-être aussi reprit-on quelquefois des morceaux d'anciens prophètes, comme Isaïe l'avait fait contre Moab, pour les appliquer aux circonstances actuelles avec quelques changements. Telle est la prophétie contenue aux chapitres xxvi- XXVII du livre d'Isaïe, qu'on dirait du style d'Osée et qui renferme des allusions presque certaines aux événements du vf siècle, à la destruction de Babylone, au retour des déportés, au rétablissement de Jérusalem.

Un admirable poète, qui a voulu se perdre dans les rayons d'Isaïe, fait entendre, au milieu du tumulte prophétique d'Israël, sa voix claire, son timbre sonore, ses accents pathétiques et touchants*. Le sentiment Israélite vers 550 était si unanime, qu'il

1. Los quatre morceaux : Isaïe, xiii, 1— xiv, 23; Isaïe, xxi, 1-10; Isaïe, xxxiv; Isaïe, xxxv, sont contemporains du siège de Babylone. Ils paraissent du même auteur; mais il n'est pas sûr qu'ils soient de l'auteur du grand morceau, Isaïe, xl-lxvi, quoique les analogies soient très grandes et qu'on croie remarquer des emprunts entre eux; comparez, par exemple, Is., xxxv, 10, à Is., Li, il.

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est difficile de décider si, dans cette haute harmonie deutéro-isaïque, on entend une ou plusieurs voix. Ce qu'il y a de sur, c'est que, parmi les feuillets d'Isaïe, se glissèrent plusieurs chants, d'une rare beauté, qui se rapportent au siège de Babylone, et sont comme les coups de clairons poétiques, les flourish of trumpet du grand drame qui se jouait.

Le plus frappant de ces morceaux prophétiques est sûrement un massa contre Babel*, où les Mèdes sont déjà indiqués comme les exécuteurs de l'extermination voulue par lahvé.

Sur la montagne chauve, élevez le signal ; Appelez-les à grands cris, Faites signe de la main, Qu'ils entrent dans les portes triomphales !

J'ai mandé ma troupe sacrée,

J'ai appelé les exécuteurs de ma colère,

Mes superbes champions.

Voix de foules sur les montagnes !

Gela ressemble à un peuple immense ; C'est le fracas de peuples entiers,

De peuples assemblés, lahvé Sebaoth passe en revue son armée de combat.

Ils viennent d'une terre lointaine, Des contins du ciel, lahvé et les instruments de sa fureur, Pour ravager toute la terre,

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