Jonas, III
[535 av. J.-C] LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE. 513
son rôle à lui c'est d'être miséricordieux pour toutes les créatures.
C'était là une réponse aux objeclions de beaucoup d'Israélites pieux, qui étaient étonnés de ne pas voir se réaliser les anciennes prophéties contre les païens, en particulier contre Babylone, et arrivaient à douter de la véracité de ces prophéties. La destruction de Babylone ne fut pas aussi complète que les fanatiques l'avaient espéré. Nous verrons bientôt les piétistes se plaindre de la mollesse de lahvé et trouver qu'il est avantageux de ne pas servir un Dieu si faible à l'égard de ses ennemis ^ L'auteur de Jouas pense que l'infidèle converti, quelque pervers qu'il ait été, obtient son pardon. Jonas pleure sur la mort d'une petite plante qui lui avait procuré de l'abri. « Tu t'apitoyes sur ce ricin, qui ne t'a coûté aucune peine, et que tu n'as pas fait grandir, qui est né en une nuit et a péri en une nuit. Et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle il y a plus de cent vingt mille êtres humains, qui ne savent pas distinguer leur main droite de leur main gauche, et des animaux en grand nombre". »
\. Malachie, ii, 17; iiijlSet suiv. ;Zach., i, 12; ii, 14. 2. Il serait dur de faire périr les incouscienls (enfants et animaux) avec les coupables.
514 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [535 av. J.-C-]
Il n'est pas douteux que, parmi les survivants de l'ancien prophétisme, il n'y ait eu plus d'un Jonas, désolé que lahvé l'eût employé à menacer pour pardonner ensuite. Le prophète est toujours un peu de mauvaise humeur quand ses oracles ne s'accomplissent pas. Un des ridicules de Jonas, c'est qu'il veut mourir à tout propos. Si Jérémie avait pu voir le pardon de Babylone, il eût probablement aussi demandé de mourir. On commençait à être agacé de ces jérémiades, n'annonçant que mort, malheur, anathème, et après lesquelles les villes condamnées se portaient aussi bien que par le passé.
Au point de vue littéraire, le livre de Jonas est un livre tout à fait unique dans la Bible^ C'est une caricature, dont la pensée générale est fort sérieuse, mais dont le détail est traité en charge. L'imitation des anciennes légendes relatives à Éhe et à Elisée y est sensible. Dans les littératures modernes, cela rappelle, par moments la belle Hélène, par moments les paraboles de Krummacher ou certains pastiches des anciennes agadas k la façon de Heine et de Kalisch. Le récit est peu développé, comme il convient dans une pochade. Il est probable que bien des lecteurs, môme dans l'anti-