‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 50 sur 348 · Ibid., V, 29 et suiv · texte numérisé non relu

Ibid., V, 29 et suiv

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et du règne de mille ans^ L'immortalité absolue, le vieil Israël ne l'admit jamais; cela eût fait de l'homme un dieu. Mille ans, c'est bien long, et vraiment le martyr qui aura vécu ce temps-là, au sein d'une Jérusalem devenue la capitale du monde, devra être content.

C'est dans le livre de Job que l'on voit au plus haut degré la force, la beauté, la profondeur du génie hébreu. Le Pentateuque, Isaïe, les Psaumes ont exercé une bien plus grande action sur le monde, /o^ a produit l'étonnement, la terreur; le moyen âge n'osa le traduire ^; il est surprenant qu'il soit resté dans le Canon. Si le Cantique des Cantiques prouve qu'Israël fut jeune à son jour, le livre de Job prouve aussi qu'à son jour il pensa librement. Certes, les limites du développement philosophique qui pouvait sortir d'un tel esprit se laissent entrevoir. L'immensité du Dieu de Job ne devait pas permettre un complet embrassement du cosmos. L'étude ana-

\ . C'est ce qui sera expliqué dans le tome IV de cet ouvrage, si j'ai le temps et la force de l'écrire. Voir Hist. des orig. du christ, t. I, 56-57, 290 et suiv.; II, 97-98; t. HI, 196-197, 379, 413 et suiv., 529-530; t. IV, 446, 447, 468; t. VI, 220.

2. « Ces paroles sont de si fort latin et plaines de si grant mistère que nus... ne les devroit oser translater, car lais gens pouroieni errer;... et pour ce les trespasserai-je. > Guyart Des Moulins. Hist. lilt. de la Fr,, t. XXVIII, p. 449.

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lytique de la réalité était impossible sous Tempire d'un tel maître. La donnée fondamentale de notre système du monde, la fixité des lois de la nature, ne saurait être conciliée avec une volonté aussi absolue, s'étendant à tous les détails de l'univers. L'auteur du livre de Job, vivant des milliers d'années, ne fût jamais arrivé à la science, comme les Grecs l'ont conçue et comme le génie moderne l'a définitivement créée. Mais il fût arrivé à une philosophie très raffinée. Il eût senti la nécessité d'introduire la nuance dans ses hautaines affirmations. Il eût vu qu'un lahvé tel qu'il se l'imagine ne saurait être juste, que les choses ne se passent pas du tout comme il le croit, qu'aucune volonté particulière ne gouverne le monde, et que ce qui arrive est le résultat d'un effort aveugle tendant en somme vers le bien.

A ce point de vue nouveau, il eût compris qu'aucun homme n'a jamais été, comme son héros, en butte à des coups systématiques du sort; que Job a bien tort de maudire le jour de sa naissance, puisque ce jour a été pour lui la cause déplus de bien que de mal; que ses richesses. Dieu ne les lui a pas plus enlevées qu'il ne les lui avait données ; enfin que, pour fermer la bouche à ses superficiels amis, il n'avait qu'une observation à faire,

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c'est que le mal moral n'exerce aucune action appréciable sur le cours des faits physiques, si bien qu'au nom de la morale même, il faut absolument écarter l'idée de récompense et de châtiment de l'ordre des faits contingents. La justice lui fût apparue dans l'avenir; il eut vu qu'elle fait défaut dans le présent, qu'elle est l'œuvre lente de la raison, non une sorte de loi immanente du monde. Cet intelligent Israélite, au xvii' siècle, aurait été Spinoza; de nos jours, il serait un de ces juifs amis du vrai, qui se résignent au tardif avènement du règne de la justice, sachant fort bien que les impatiences des hommes ne peuvent rien pour avancer la marche des choses. Au fond, les hcniélohim ont raison; la création est bonne et fait beaucoup d'honneur à l'Éternel; les objections du Satan contre l'œuvre de Dieu sont essentiellement déplacées; mais des milliards de siècles sont probablement nécessaires pour que le Dieu juste soit une réalité. Attendons. Le travail qui s'accomplit sous le règne d'Ézéchias consista en grande partie, nous l'avons vu, à sauver, dans le naufrage du royaume d'Israël, les textes hébreux écrits dans le Nord. Le livre de Job fut-il du nombre de ces écrits, et la liberté d'esprit qu'on y remarque est-elle un fruit de Tair plus libre qu'on respirait dans les tribus restées près de la vie

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nomade? Cela est possible assurément. Un autre ouvrage, toutefois, dont Torigine israélite peut être plus certainement affirmée, c'est le Cantique des Cantiques^ Ce joli poème fut sûrement conçu dans le Nord, L'opposition de Jérusalem et de Thirsa", capitale du royaume d'Israël avant Samarie, et aussi le rôle presque ridicule qu'y joue Salomon, suffiraient pour le prouver. Dans les mariages, il était d'usage de réciter et de chanter des scènes d'amour dialoguées, dont le thème, varié en épisodes divers, roulait toujours sur le même sujet : une jeune bergère du Nord, enlevée par les pourvoyeurs du harem de Salomon, reste fidèle à son amant, malgré les séductions delà cour. Toutes les scènes qui servaient à rendre cette idée unique se terminaient par le même tableau, la jeune fille endormie dans les bras de son amante Cela se savait par cœur; le plan de l'œuvre étant très lâche et la prosodie de tels morceaux n'ayant rien de fixe, on pouvait se permettre les changements que l'on voulait, ainsi que font les improvisateurs italiens. Après la destruction du royaume d'Israël, la perte

i. Voir l'étude que j'ai mise en tôle de ma traduction (Paris, Lévy, 1860).

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