‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 51 sur 348 · Cant., VI, i · texte numérisé non relu

Cant., VI, i

3. C'était ce qu'on appelait, nb^ bipT jnn bip, Jérémie, vii, 34; XVI, 9; xxv, 10.

88 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [710 av. J.-C]

d'un tel scénario était tout à fait à craindre. Nous admettons volontiers que le Sir has-sirim fut écrit d'abord par les lettrés d'Ézéchias, sans être sûrs que le texte tout à fait défectueux qui est venu jusqu'à nous soit celui qui fut alors fixé par le kalam. Un genre qui fut, au contraire, l'œuvre propre de Jérusalem, commença de se développer richement sous Ézéchias. Le sir ou cantique était vieux comme les peuples sémitiques eux-mêmes; mais les anciens âges, peu mystiques, avaient tout à fait ignoré les raffinements qu'on pouvait porter dans les modulations du sentiment. Vers le temps d'Ézéchias, le sir se diversifie à Finfini. Ce n'est plus, comme autrefois, l'écho poétique d'un fait extérieur; c'est la méditation de l'âme sur la situation que lui créent les injustices des hommes et ses propres défaillances. Le sir se rapprochait ainsi du masal, et quelquefois il était difficile de discerner entre l'un et l'autre. Le petit poème de ce genre s'appelait mizmor, La musique en était l'accompagnement ordinaire. Il est douteux qu'au temps d'Ézéchias, le mizmor eut un emploi dans la liturgie; mais la tendance était déjà de ce côté. Beaucoup d'hommes pieux auraient voulu dès lors que le sacrifice fût aboli et remplacé par la louange (toda). En tout cas, le mizMor, chanté sur une des variétés de la lyre ou

[710 av. J.-C] LE ROYAUiME DE JUDA SEUL. 89

de la guitare {nébel, cinnor, negina), était la manière de parler à Dieu, de s'entretenir avec lui. Nous verrons bientôt Ézéchias prier sous cette forme. C'est dans la génération suivante que le mizmor produira ses chefs-d'œuvre. Il fleurit pourtant dès le temps où nous sommes. Deux ou trois fois, on voit Isaïe s'exprimer sur le ton d'un psalmiste accompli*.

Ainsi fut inauguré le psaume, cette création littéraire la plus belle peut-être, et certainement la plus féconde du génie d'Israël. La prière antique, accompagnée de danses et de cris, pour attirer l'attention du dieu, était rejetée parmi les ridicules naïvetés d'un âge grossier. La prière du cœur venait de naître. Le piétisme sobre et ferme des anavim montra ici sa haute originalité. D'un genre froidement patriotique et solennellement officiel, il fit l'hymne pur; d'un bruit confus il fit une lyre décacorde, se prêtant à toutes les effusions subjectives de l'âme meurtrie par les duretés de la vie. L'homme pieux eut dès lors une consolation, un alibi au milieu de ses troubles, une chapelle intime où il put se livrer à des dialogues secrets avec son créateur bienveillant. Avant de se montrer dur pour ces

Page 1