‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 2)Chapitre 87 sur 348 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES RÉVOLUTIONS DE L'ASIE AU Vil' SIÈCLE. NAHUM.

La grande puissance des Sargonides au commencement du vif siècle réduisit à une sorte de silence les petits royaumes ou villes libres de la Syrie. Juda, en particulier, se tint tout à fait en repos. Il est vrai que le détail des événements du règne de Manassès nous est inconnu ; on dirait que les annalistes orthodoxes, ayant ce règne en horreur, ont voulu le supprimer de l'histoire. Ce que nous lisons dans les livres des Chroniques d'une prétendue captivité de Manassès en Assyrie n'est que fable ^. Les documents assyriens, qui nous renseignent longuement sur les luttes d'Asarhaddon et d'Assourbanipal avec l'Egypte, sur leurs cam-

1. II Chron., xxxiii, 11 et suiv. Le tour vague de ce récit, hi mention erronée de Babel, l'allégation d'une pièce notoirement

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pagnes dévastalrices contre la Phénicie, surtout contre Sidon, ne disent rien de Jérusalem et présentent Manassès comme vassal deTAssyrie^ L'état accepté de part et d'autre paraît donc avoir été une paix moyennant tribut, laissant au roi local sa liberté d'action à l'intérieur de ses États. Le rôle politique des prophètes ayant été nul sous Manassès, la politique du roi et des classes dirigeantes fut plus libre, plus exempte de causes perturbatrices. Or le bon sens de la nation, abandonné à lui-même, ne pouvait manquer de voir que la paix avec Assur était commandée. Tous les petits royaumes de Syrie sentaient bien déjà qu'ils n'avaient

apocryphe (v. 18 et 19), prouvent que c'est là une agada, empruntée non à l'historiographie sérieuse, mais au livre tout légendaire des Hozim ou Prophètes. Si une telle circonstance était vraie, on ne comprendrait pas comment le dernier compilateur des Livres des Rois l'eût supprimée? Il allait si bien à son but de montrer la punition du roi impie! Les réflexions qu'il fait, II Rois, xxiii, 26; XXIV, 3-4, prouvent qu'il ignorait cette prétendue conversion. Les textes assyriens ne parlent pas d'une guerre contre la Judée, et il serait naturel qu'ils en parlassent, si elle avait eu lieu; ils montrent Manassès soumis à l'Assyrie, rien de plus. Le caractère légendaire de l'ensemble du passage n'empêche pas que le v. li, relatif aux travaux de Manassès, ne soit historique. L'auieur des Chroniques avait sur les travaux de Jérusalem de bons renseignements.

1. Schrader, Die Keil. und dasA. T., p. 366 et suiv.; Menant, Ànn. des rois d'Ass., p. 245. La mention Esdr., iv, 2, est inexacte à tous les points de vue.

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plus d'existence possible que comme membres d'un vaste empire féodal embrassant tout le monde oriental. L'Asie Mineure elle-même entra dans cette espèce de confédération *, qui devança celle qui fut présidée par les Perses et les Grecs, plus tard par les Byzantins, les khalifes, les Mongols et les Turcs.

Un grand bien-être matériel fut, en Judée, la conséquence de cette ère de paix. Les règnes de Manassès et d'Amon paraissent avoir été très prospères. La cour, surtout, et les classes supérieures, émancipées de la censure des piétistes, poussaient au développement du luxe, des modes nouvelles^ venant d'Egypte et de Phénicie. Les iahvéistes ardents prenaient leur revanche intérieure en se figurant Ninive comme réservée à une prochaine destruction.

En effet, la violence des masses militaires du temps ne permettait aucune construction de longue durée. Ninive, si puissante, était sans cesse inquiétée. Les invasions des Scythes commençaient;

1. Le royaume lydien, dont le dernier roi est Crésus, semble mne dépendance de l'Assyrie. C'est pour cela que Lud (Gen., x,52) est rattaché à Aram et Arphaxad. Toute la région du haut Méandre a reçu une empreinte profondément sémitique. J'ai réuni les éléments d'un mémoire sur ce sujet.

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