I Rois, II
158 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [G£7 av. J.-C.J
était dure, cassante et austère. Le ton d'autorité exagérée avec lequel il parlait ameuta ses auditeurs contre lui. Les gens d'Anatoth nièrent sa vocation prophétique et voulurent le tuer. Les pensées qui semblent représenter l'état d'esprit de Jérémie à cette époque* rappellent le livre de Job. Beaucoup d'indices portent à supposer que le prophète faisait de ce livre sa lecture habituelle.
Tu as toujours raison, ô lalivé, quand je dispute contre toi; cependant je te dirai mon avis. Pourquoi le sort des méchants estil prospère ? Pourquoi sont-ils en sécurité, tous ces perfides V Tu les plantes, et ils prennent racine; ils croissent et portent des fruits. Tu es près de leur bouche et loin de leur cœur. Mais moi, lahvé, tu me connais, tu me vois, tu as éprouvé mon cœur. Placeles à part comme des moutons pour la boucherie, désigne-les pour le jour de regorgement. Jusqu'à quand la terre sera-t-elle en deuil et l'herbe des champs desséchée à cause de la méchanceté des habitants? N'est-ce pas pitié de voir périr des bêtes, des oiseaux par suite de l'aveuglement des hommes ?
Jérémie, dès cette première période, paraît ce qu'il sera toute sa vie, un exalté, un inquisiteur, s'attirant la haine de tous par ses foudroyantes invectives. Ce qui nous choque le plus, c'est l'hypocrisie de sa modération et son affectation de faiblesse. En vrai iahvéiste, il remet sa ven-
1. Morceau xiii (ch. xi fin, et xii commeacemeat. Voir aussi ch. XIX et XX).
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geance à lahvé, assuré qu'il la remet en bonnes mains. Une révélalionMui apprend les périls qu'il court de la part de ses proches. Conformément à cet avis, il quitte son village d'Anatoth, en lui prédisant l'extermination, et vient à Jérusalem, où son ardente prédication va trouver un champ plus digne d'elle. A partir de ce moment, Jérérnie est le chef de la grande réaction qui ne finira plus, et aboutira aux Macchabées, puis, avec d'étranges variations de nuances, à Jean-Baptiste, à Jésus, à Jacques frère du Seigneur, à la partie ébionite des fondateurs du christianisme, à Rabbi Aquiba, à Judale Saint. Le genre de prédication du nouveau porte-voix de lahvé nous est bien représenté par les premiers chapitres du Hvre biblique qui porte son nom. L'affirmation perpétuelle de lui-même à laquelle le prophète est entraîné a quelque chose de très fatigant. La grande blessure morale du prophétisme juif est l'obligation où est le prophète d'affirmer sa mission sans preuves ou avec des preuves charlatanesques. Cette affirmation gratuite est d'autant plus obstinée chez Jérémie que jamais il ne fait appel à des miracles tangibles, à des signes comme dit Isaïe^