‹ Histoire du peuple d'Israël (volume 3)Chapitre 131 sur 274 · VoirKuenen, op. cit., t. i", p · texte numérisé non relu

VoirKuenen, op. cit., t. i", p

impitoyable pour ceux qui touchent aux droits des lévites^ On est foudroyé, frappé de la lèpre pour avoir usurpé leurs fonctions. L'inauguration du temple se fait par un miracle ; les offrandes sont consumées parla foudre ; l'emplacement du temple est également désigné par le feu du ciel.

La crédulité, le penchant à l'exagération dépassent, chez notre auteur, toutes les bornes. Le caractère de David est entièrement transformé. Ce n'est plus le chef rusé, le condotliere hardi, le souverain habile; c'est un roi édifiant, uniquement occupé de prêtres, de lévites, de chantres. La couleur ecclésiastique de l'épisode de Joas a, de même, été créée par l'auleur des Chroniques. Ce sont les lévites qui restaurent l'héritier de David et font sa légitimité. Le chant des lévites fait remporter des victoires-. Les prophètes se distinguent à peine des prêtres. L'ancienne historiographie juive, telle que nous l'avons dans ses derniers remaniements, est l'œuvre de l'école prophétique; les Chroniques sont une œuvre exclusivement lévitique. Le culte en est l'objet principal. C'est l'histoire écrite par un sacristain.

Ces produits de la décadence littéraire d'Israël

1 Kuenen, op. cit , t. I", p 188 et suiv. ± lIGhron., xx, 19, -21.

sont tous frappés d'un complet caractère d'épuisement. L'hébreu a dit son dernier mot, quand la Grèce fait ses chefs-d'œuvre. Le style est perdu; l'araméen, si plat, si long dans ses tours, fait invasion. La littérature des Psaumes, seule, se continuait avec succès. Le rythme était pris. Toujours on entendait résonner ce timbre charmant de l'antique parallélisme, et toujours le vieux cinnor donnait des sons harmonieux. Rien n'était plus facile, du reste, que de faire un psaume à cette époque. L'air était plein en quelque sorte de sonorités rythmiques; on n'avait qu'à assembler à volonté les jolis distiques qui appartenaient à tout le monde. De là ces innombrables répétitions du livre des Psaumes, ces morceaux qui ne sont que des décalques les uns des autres. On dirait les membres d'une même école lyrique diversement assemblés. Le culte devenait de plus en plus solennel et pompeux. (( Louer lahvé » semblait le premier devoir, le but de la vie. Une foule de petits poèmes laudatifs, accompagnés de musique, naissaient chaque jour. Les mots hodoUy hallelou lah^ formaient la base de ces compositions lévitiques, qui ne demandaient pas à leurs auteurs beaucoup de frais. Le Psautier émergeait comme une troisième Bible, la plus belle, la plus touchante, la plus har-

monieuse, à côté de la Thora et des Prophètes. Mais ce recueil, qui a élé comme la nourriture première dont vécut le christianisme en son œuf, n'avait encore aucune unité. On chantait ces cantiques; on les écrivait peu; on ne les lisait guère; on ne les citait jamais. Ce n'était pas ïahvé qui parlait, c'était l'homme qui, en ces touchantes élégies, exprimait ses angoisses, ses espérances, ses joies. On n'attribuait alors l'inspiration qu'à ce que le texte accusait nettement comme dit par lahvé. Ce qui fait pour nous le charme et l'excellence de ce livre était justement ce qui en rendait la formation lente et la canonisation tardive. La grosse voix de lahvé qui s'entendait dans les Prophètes et la Thora s'imposait davantage. On n'avait d'oreilles que pour ces oracles impérieux et durs.

Il y avait déjà sans doute des recueils de Psaumes; mais sûrement le recueil de cent cinquante pièces que nous avons n'élait pas clos encore. Il naissait tous les jours des hymnes nouveaux, longtemps chantés avant d'être écrits. Les recueils étaient multiples. La base des cinq livres dont se compose maintenant la collection totale était sans doute déjà posée, bien que l'unité, le caractère propre d'aucun de ces cinq livres ne se laisse apercevoir.

Page 1