IV
David était censé le grand chorège idéal du culte de lahvé. L'ancien brigand de Sicéleg apparaissait comme un psalmiste de profession; on mettait sur son compte tous les petits poèmes de ce genre qui naissaient de la piété des lévites. Les hymnes, les rites, les instruments de musique eux-mêmes lui étaient attribués*. Avec les idées vagues qui présidaient alors à la titulature des livres, il était écrit que le nom de David serait mis un jour en tête de tout le Psautier, ce qui amènerait à croire que le Psautier était de lui. Salomon prenait également le patronage de tous les livres paraboliques et sapientiaux. On s'acheminait enfin à Tidée que Moïse était Tauteur du Pentateuque entier^; la séparation du livre de Josué rendait une telle opinion strictement possible. L'invraisemblance n'existait pas pour un monde où la critique n'avait pénétré à aucun degré. A cet égard, du reste, la Grèce elle-même n'avait sur la Judée qu'une bien faible supériorité.
Le vrai sens de l'histoire était perdu; on ne
i. Esdras, m, 10; Néh., xiï,24,36, U, 45; I Chron., xvi, xxiiixxvi; Sirach,XLVii, 9-12.
2. Le premier texte à cet égard est Jos., Contre Apion, I, 8. Josèphe, cependant, affecte en général, de ne pas prendre Moïse pour un toTopixo'ç; c'est un vopcôéTY);. Ant., IV, viir, 3. Cf. Sirach, xLV, 6; Deutér.,xxxiii, L
tenait plus à garder avec quelque ordre la suite des événements, a: Les prophètes-historiens ne présentaient plus une succession continuel » On se rabattait sur l'histoire édifiante ou plaisante. Le roman juif, avec ses machines littéraires convenues, ses pièces obligées (prières, cantiques, etc.), naissait des nouvelles conditions du monde juif. Les Mémoires, plus ou moins authentiques, de Néhémie et d'Esdras sont déjà des romans, à leur manière; une part y est faite à la fiction. Zorobabel eut une légende tout à fait du même genre \ Tout personnage destiné à un rôle réel ou fictif dut avoir été échanson ou page à la cour achéménide\ De belles prières, bien composées, un peu déclamatoires, donnaient la couleur pieuse. L'auteur d'EsLher s'en prive exprès, pour ne pas imprimer à son livre un caractère religieux. La forme de Mémoires personnels, même pour des figures qui n'avaient rien d'historique, était recherchée. Ainsi le livre primitif de Tobie avait la forme de Souvenirs de famille. Le roman de Tobie, si l'on n'envisageait que les mœurs, pourrait être de ce temps ; mais le texte que nous avons est plus mo-