CHAPITRE V
LITTERATURE JUDEO-AL EXAN D RINE.
Dans cette grande paix de la vie alexandrine, tout se développait avec une entière liberté. Les contacts entre les diverses races étaient intimes et féconds. Les Hellénistes, qui formaient la classe dominante, montraient une grande tolérance pour la tenue d'esprit des Orientaux, bien moins ferme que la leur. Les Juifs, par leur souplesse et leur humilité, plaisaient à ces maîtres fiers, mais bienveillants*. Ils étaient bons commis, bons intendants, bons agents subalternes. Sous le règne de Ptolémée Philométor, en particulier, la colonie juive jouit en Egypte d'une constante faveur. Sûrement, il faut faire une grande part à Texagération, au besoin de se donner de Timportance, dans ce que les
1. Voir l'histoire de Joseph et d'IIyrcan, ci-après, p. 273-275.
historiens juifs nous racontent à ce sujet*. La vanité et la position inférieure des Juifs les rendaient sensibles aux moindres faveurs des souverains et leur faisaient y attacher trop de signification. Comme toutes les petites gens, honorés de la bienveillance des grands, ils tiennent à ne rien perdre de leurs avantages et notent avidement tout ce qui leur paraît susceptible de les relever^ Nous avons remarqué leur tendance à grossir démesurément la liste des étrangers de distinction qui viennent visiter leur temple ^ Le provincial désire avoir été en rapport avec le plus possible de grands personnages et il place parmi les souvenirs de sa vie les honneurs qu'il a reçus d'eux. Quand il revient de Paris, il voudrait faire croire qu'il y a connu tous les hommes considérables et qu'il a été dans leur intimité. Ainsi Josèphe est fier que ses compatriotes alexandrins aient vécu « dans la familiarité des rois y>;ï\ prétend que, sous Philométor et Cléopâtre, les Juifs furent maîtres à la cour, et que, suivant son expression, « ces deux souve-