IV
la connaissait et Tadmirait. Au fond, qu'enseignait Moïse? un Dieu qui récompense le bien et punit le mal. Et quelle morale? la morale éternelle, que les sages grecs ont enseignée aussi. Il ne s'agit donc que de s'entendre. Cette école helléniste, si puérile dans ses arguments, qui nous révolte par ses mensonges historiques, était ainsi grande, féconde, providentielle. Elle procédait réellement du Second Isaïe; elle préparait le christianisme. Une propagande monothéiste et morale s'organisait. On ne recula, pour la servir, devant aucune audace. Il y allait du bien, de la vérité. Cela peut excuser quelques fraudes pieuses, quelques vers fabriqués. Comme on pensait que les Hellènes païens n'admettraient que des autorités de leur bord, l'idée était venue, ainsi que nous l'avons dit, de créer d'emblée toute une collection de citations classiques, favorables à la vie juive et à la Bible. On prit les noms les plus respectés de l'ancienne littérature grecque, pour faire trouver à la bonne doctrine un accueil favorable auprès des masses païennes. Tantôt on tira des vieux textes des vers isolés ou des morceaux qui allaient à la cause; tantôt on altéra les textes; tantôt on en confectionna de toutes pièces. Cette propagande sous un masque profane fut tenue sans
doute pour un acte méritoire et de haute piété.
Ainsi que tous les grands centres littéraires, Alexandrie devait posséder, si Ton peut s^exprimer ainsi, deux étages de public lettré, les maîtres vivant entre eux dans leurs discussions savantes, conduites selon les règles de la critique du temps, et une bourgeoisie instruite, ne sachant les choses que par à-peu-près, analogue au public de nos journaux, exposée à toutes les crédulités. Dans un tel milieu, des supercheries littéraires avaient beau jeu pour se produire. L'Alexandrin, qui avait entendu parler d'Orphée, tombait d'admiration quand on lui citait quelques vers d'Orphée conformes aux idées de l'époque; il n'allait pas vérifier. Le docteur officiel n'entendait pas parler de ces fraudes; en tout cas, il faisait comme nous faisons nous-mêmes devant les impostures de bas étage, il ne protestait pas.
Le poème d'Aratus, qui avait à peu près cent ans, jouissait d'un succès extraordinaire. On exploita surtout le premier vers
Ex Aeoç àpypiL^aBoL * et cet autre hémistiche
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