II Macch., III, 1 et suiv., iv, 1 et suiv
nier fit au roi d'énormes promesses d'argent. Il s'engagea, en outre, à travailler de toutes ses forces à rhellénisation de Jérusalem, en particulier à y faire bâtir un gymnase et une éphébie. Les habitants de Jérusalem devaient être inscrits comme Antiochéniens et considérés comme citoyens d'Antioche. Antiochus agréa ces propositions. Oniasfut déposé et Jason lui fut substitué comme grandprêtre*. L'hellénisation alors fut poussée à outrance. Le gymnase fut bâti ; la jeunesse y afflua ; on vit des prêtres abandonner leur service à Tautel pour aller s'exercer à la palestre. Ce fut une vraie fièvre d'innovation et de transformation; chacun fut occupé à dissimuler sa circoncision, à se donner la tournure d'un Grec. Jamais la destinée d'Israël ne courut plus de dangers qu'à cette heure néfaste (vers 472 av. J.-C). Un effort de plus, la Bible hébraïque était perdue, la religion juive effacée pour jamais.
Jason ne se laissait arrêter par aucun scrupule. L'année où tombèrent les fêtes quinquennales de Melkarth à Tyr, il envoya un riche cadeau, pour faire montre de largeur et de générosité. Les porteurs de ce cadeau furent plus timorés que le grand-prêtre; ils remirent l'argent ; mais ils s'arda 11 Macch., IV, 7-10. Josèphe erroné.
rangèrent de manière à ce qu'il ne reçût pas un emploi directement liturgique.
Jason ne garda le pouvoir que trois ans. Un certain Onias, qui se faisait appeler Ménclas\ et qui est parfois présenté comme frère de Jason ^, le supplanta (171), en promettant à Antiochus des sommes d'argent encore plus fortes. Pour payer cette espèce de tribut, il s'empara des trésors du temple et commit toutes sortes de crimes ^ Le vieil Onias III s'était retiré à Daphné, près d'Antioche; c'était un homme droit et d'une grande indépendance de paroles; Ménélas le fit assassiner. Ainsi périt le dernier grand-pretre sadokite. Depuis le retour de la captivité de Babylone on n'avait pas pris un seul grand-prêtre hors de la race de Saraïah.
Jason, quoique déposé, continuait ses menées. Ce fut entre ces deux scélérats une véritable rivalité pour savoir qui ferait le plus de mal à son pays. On ne saisit pas bien le fil de toutes ces intrigues. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'en 170, Antiochus, revenant d'une de ses expéditions
1. Peut-être par un jeu graphique. Dans l'alphabet hébreu d'alors, le nom x^jn a beaucoup d'analogie avec N'7JD. -2. Jos., Aiit.j XII, V, 1 ; cf. XV, m, 1. 3. II Macch., IV, 27-50.
d'Egypte, entra dans Jérusalem, y fit couler des flots de sang, et, guidé dans ses méfaits par l'odieux Ménélas, pilla le temple, dont il emporta à Antioche les objets les plus précieux*.
La situation était horrible ; tout sentiment de moralité paraissait détruit ; Dieu vraiment semblait avoir totalement détourné sa face de dessus son peuple. Et cependant. Ton vit pis encore. En 168, Antiochus fil en Egypte une nouvelle expédition brusquement arrêtée par le cercle de Popilius Laenas. Il reprit furieux la route du Nord ; toute sa rage tomba sur Jérusalem ^ Peut-être les accointances, déjà sensibles, des Juifs conservateurs avec les Romains furent-elles la cause secrète de cette volte-face, inintelligible au premier coup d'œil. Cette fois, c'est une abolition complète du judaïsme qu'il voulait. Le moyen d'exécution était clair et radical. Il consistait à chasser l'ancienne population, et à la remplacer par une colonie grecque ou hellénisante ^ Rien n'était plus ordinaire à cette époque que de pareilles substitutions.
1. I Macch., I, 20-24; ii, 9;II Macch., v, 1-21; Jos., Ant.j XII, V, 3; Contre Apion, II, 7.