PREMIER ESSAI D UN IAHVEISME MORAL A JERUSALEM SOUS ASA
Asa monta sur le trône de David vers l'an 930 avant Jésus-Christ1. Pendant vingt ans, son père Àbiam et son grand-père Roboam avaient cherché à continuer, contre la force des choses, le règne de Salomon. Sur un territoire amoindri, ils avaient conservé un appareil de royauté auquel la Palestine entière avait eu peine à suffire. La petite cour de Sion, avec son harem exagéré, ses princes du sang richement apanages, son culte de parade, perdait toute importance réelle2. Jamais années, dans l'histoire
1. 1 Rois, xv, 9 et suiv. ;U Chron., xm et suiv., historiographie fort chélive. Ici, comme toujours, les Chroniques ne font pas autorité, mais ne sauraient être négligées tout à fait.
2. Jérusalem et Juda ne sont pas nommés dans l'inscription de Mésa.
[9*5 av. J.-C] LES DEUX ROYAUMES. 241
juive, ne furent aussi stériles que celles-ci. lahvé semblait endormi dans son temple, sur ses keroubs. Les cultes cbananéens et autres jouissaient d'une entière liberté. Aucun prophète ne se levait pour gourmander les rois et les peuples.
Le iahvéisme était de sa nature exclusif et intolérant. Le triomphe du Dieu jaloux, qui a lieu sous Josias (vers 6^2), est le dernier terme d'une réaction religieuse qui commence sous Asa. Fréquemment interrompue, reprenant ensuite avec un redoublement d'énergie, cette lutte de trois cents ans est un des plus beaux développements de logique fatale que présente l'histoire. Le ressort intime qui a fait la Grèce pour le génie, celui qui a fait Rome pour Yimperium, n'eurent pas plus de force, plus d'originalité.
Par des motifs qu'il nous est impossible d'apprécier, vu l'extrême obscurité de l'histoire israélite au Xe siècle avant Jésus-Christ, motifs qui tenaient sans doute à l'influence chaque jour croissante des « hommes de Dieu », Asa suivit en religion une ligne de conduite différente de celle de son père, de son grand-père et de son bisaïeul. Il régna quarante et un ans, et légua, comme nous verrons, ses principes à son fils Josaphat, qui régna vingtcinq ans. Cette politique religieuse, maintenue
242 HISTOIRE DU PEUPLE D'ISRAËL. [925 av. J.-C]
pendant plus d'un demi-siècle, eut de graves conséquences. Le temple prit une signification qu'il n'avait guère eue à l'origine. De chapelle domestique du palais, il devint le lieu de sainteté par excellence, le lieu où Iahvé réside et d'où il émet ses oracles h Les prophètes et les puritains, qui l'avaient d'abord vu de mauvais œil, se réconcilièrent avec lui. Le temps amène le respect; chaque jour donnait à l'édiculesalomonien un prestige inconnu jusque-là. Le iahvéisme avait créé le temple ; le temple, à son tour, créait le iahvéisme, lui servait, en quelque sorte, de moule et de point d'attache. Personne ne croyait encore que le temple fût l'unique endroit du monde où l'on pût offrir des sacrifices à Iahvé. Mais le roi n'était plus le seul à y officier; les prêtres, qui n'existaient pas devant le roi, prenaient, au contraire, une importance extrême devant le laïque qui se présentait pour une offrande. Déjà peut-être, des usages, des règles, premier noyau d'un lévitique, s'établissaient. Les prêtres inculquaient aussi très probablement l'idée que les sacrifices offerts dans lé temple avaient plus de force que ceux qu'on offrait en plein air.