I Macch., IX
Après cet exploit, ils allèrent se cacher dans les broussailles du JourdaiVi. Or Bacchide* instruit de tout, passa la rivière et survint avec une troupe considérable; c'était un jour de sabbat; Jonathar n'eut aucun scrupule :
Allons ! debout, raes braves !
Vendez votre àme cher.
Les choses sont plus graves Qu'à la noce d'hier.
Jonathan aperçut Bacchide, et allait le frapper. Bacchide fit un pas en arrière et évita le coup. La bande juive se jeta dans le Jourdain et le passa à la nage. Les autres n'osèrent les suivre.
Tout n'était pas sérieux, on le voit, dans ces luttes où un peu de jeunesse se retrouvait encore sous la glace de la théologie. La race arabe a le don de ces associations bizarres où la gravité fanatique du croyant n'exclut pas la fantasia du Bédouin, les coups de main du flibustier. C'est par ce fond d'esprit vraiment militaire que la famille asmonéenne gardait cette énergie que l'ascétisme oblitère et qui est nécessaire pour mettre dans une société l'élément de force et de crânerie sans lequel elle ne peut se tenir debout. Le soulèvement léviti(jue des Asmonéens semblait ne devoir pro-
duire que des ascètes; ce fut des soldats qu'il donna.
Il faut se représenter le gouvernement séleucide sur le modèle de tous les gou\ernements orientaux, en particulier du gouvernement turc, n*existant réellement que dans les villes, ne se montrant jamais dans la montagne, ne s'aventurant pas au désert. La montagne et le désert deviennent ainsi le rendez-vous de tous les indépendants, lesquels mènent entre eux une vie au moins très libre, se réservant pour Tavenir. Le pays, pendant ce temps, vit en paix, sentant les forces anarchiques endiguées et se réservant de leur faire appel au besoin.
Cette période singulière, où le fanatisme religieux sembla sommeiller, dura huit ou dix ans pour la Judée. Ce fut une époque de paix, où chacun reposa sous sa vigne et sous son figuier, assez tranquille. On en fut redevable aux hellénisants et aux modérés, qui ne repoussaient pas en principe la domination syrienne. Pour nous, qui subordonnons la moralité abstraite à la liberté, et pour qui le fanatisme est le plus grand des maux, ce furent là des ^ années très heureuses; on se tua beaucoup moins; la haine même s'assoupit un peu. Nous aimons ce qui détend les nerfs de cette pauvre humanité, qui souvent se monte pour si peu de chose. Le fana-
tisme de la bande qui se groupait autour des frères asmonéens tomba beaucoup; la troupe de saints qu'on se figure autour de Juda Macchabée, devint une troupe d'aventuriers, passant son temps à marauder dans le désert avec les Nabatéens; ce qui valait mieux, après tout, que de se brûler le sang sur la Thora. Par un côté, cette réunion de briojands avait son rôle et sa nécessité. Il v avait là de l'énergie, de la virilité à la façon arabe. Si la Vendée eût réussi, les soldats de La Rochejaquelein et de Gharetle fussent bien vite devenus de simples mainteneurs d'ordre. Nous allons bientôt voir Jonathan trafiquer de sa bande comme d'un instrument de force publique*, et reprendre comme gendarme la situation que nous l'avons vu occuper comme chef d'armée sainte et organisateur de fanatisme.
1. Cela se voit sans cesse chez les chefs arabes : exemple d'Akil-Aga [lors des événements de Syrie, en 18G0J.