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dits de Samuel, tels qu'ils avaient été arrêtés vers le temps d'Ézéchias et interpolés sous Josias. Les livres des Rois étaient mis à la suite, avec ces coups de ciseaux dont le compilateur prend soin de nous avertir, comme pour redoubler nos regrets.
Ainsi se forma, en quatre siècles à peu près, par le mélange des éléments les plus divers, ce conglomérat étrange où se trouvent confondus des fragments d'épopée, des débris d'histoire sainte, des articles de droit coutumier, d'anciens chants populaires, des contes de nomades, des utopies ou prétendues lois religieuses, des légendes empreintes de fanatisme, des morceaux prophétiques, le tout noyé dans une gangue pieuse, qui a fait d'un tas de débris profanes un livre sacré, âme d'un peuple. Il n'est pas rare de rencontrer en Grèce de vieux burgs, construits, aux bas siècles et parfois dès l'antiquité, avec les débris des monuments voisins. Des blocs de marbres divers, taillés avec art, mais mal assortis, forment les premières assises, laissant entre eux des vides remplis par des matériaux sans valeur. Des morceaux de statues, des fûts de colonnes cannelées, se mêlent à de misérables blocages ; les brèches sont réparées par des assises de moellons, ou bien des raccordements modernes embloquent de force, comme des
tenons maladroits, les lèvres des plaies béantes. Le haut du burg n'est qu'un lit de pierraille, où les palicares ont taillé des meurtrières^ L'assemblage est barbare; mais, dans cet arrimage informe, vous avez des matériaux incomparables; en démolissant cette masure, vous feriez un musée. Telle est l'historiographie hébraïque. Aucun sentiment d'art n'ayant présidé à la construction de l'ensemble, le désordre et les contradictions se rencontrent à chaque page, et il faut presque s'en réjouir. Si un historien artiste avait bâti le tout, il eût retaillé les pierres, retouché ces désaccords, corrigé ces ruptures d'équilibre qui nous choquent. Grâce à l'incohérence de la dernière rédaction, nous avons l'immense avantage de posséder encore intacts des morceaux hébreux parfaitement authentiques du ix^ ou du x' siècle avant Jésus-Christ. Il suffit, pour les retrouver, d'une simple opération de lavage et de l'enlèvement du plâtre que les remanieurs modernes ont versé dans les interstices. Les Grecs anciens, qui, en toute chose, mettaient du goût et du style, eussent, en pareil cas, retravaillé les matériaux, c'est-à-dire les eussent rendus méconnaissables. U Iliade et V Odyssée sont, comme le vieux corps de l'historiographie hébraïque, le produit de l'as-
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semblage de pièces antérieures; mais les Grecs, même dans la compilation, montrèrent du génie; ils exécutèrent le travail avec tant de perfection, que les lignes de suture et les discordances inséparables d'une opération de rajustage ne se laissent apercevoir que sur un petit nombre de points. L'Homère hébraïque égale THomère grec; mais il nous est arrivé en lambeaux, comme si V Iliade et VOdyssée ne nous étaient connues que par des fragments conservés dans la Bibliothèque d'Apollodore ou dans les chronographes byzantins.
En même temps que l'animal vivant s'achevait, il manifestait une tendance h se séparer d'une sorte de queue, qui, selon les idées du temps, en gâtait l'unité. L'objet capital de la Thora étant la législation de Moïse, on s'habitua à considérer la partie qui suivait la mort de Moïse, c'est-à-dire ce qui concernait Josué, comme un autre livre. Moïse, Josîié s'opposèrent comme deux ouvrages distincts ; on n'appliqua spécialement le nom de Thora qu'à la partie qui se terminait par le récit de la mort de Moïse sur le mont Nébo *. Là était la révélation divine dans sa plénitude; le reste n'avait qu'une in-
1. Le Pentateuque, reçu des Juifs par les Samaritains, Ters l'an 400, ne contient pas le livre de Josué.
LA JUDÉE SOUS LA DOMINATION l'ERSE. 115
spiration comme chaque maître de religion pouvait se Tattribuer^
A partir de Néhémie ou, si Ton veut, d'Esdras, la Thora fut plus régulièrement répandue. Avant cela, c'était un être de raison, dont on avait entendu parler, mais que très peu de lettrés connaissaient. On faisait en ce genre des découvertes qui nous surprennent. On trouvait des livres vieux de plusieurs siècles. Dix fois, nous avons vu, introduites comme des nouveautés, des prescriptions déjà fixées bien antérieurement dans les textes. La Thora n'était pas un code, promulgué par un pouvoir, appliqué par des juges; c'était un livre sacré, Kiix prescriptions duquel les rigoristes cherchaient à se conformer, mais qui n'avait pas de sanction. Tout va changer désormais. Dans quelques années, la Thora va réellement avoir force de loi. Le docteur alors deviendra un jurisconsulte; le beth-dlïi deviendraun tribunal. Quand l'indépendance politique aura disparu, la Thora sera un statut personnel qui suivra le Juif dans toutes ses situations, et dont le Talmud sera le commentaire autorisé.
Vers le temps où la Thora s'achevait, la conipi-
\. Josèphe, Contre Aptoriy 1, 8. Comp. IMiilon, De mundi inrnrruptibilitfitp, t. Il (éd. Mancov), j». i!>l.
lation du recueil prophétique s^exécutait. Un second recueil prit ainsi place à côté de celui qu'on résumait déjà dans le nom presque surhumain de Moïse. Dans le classement, on suivit l'ordre de longueur, toujours si cher à l'Orient. Après les trois grands inspirés, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, qu'on copia tels qu'on les lisait, on mit les écrits moins étendus qu'on avait sous d'autres noms. Haggaï et Zacharie, qui appartenaient à la génération précédente, fermaient le volume. A la suite de Zacharie, on inséra des fragments plus anciens qui, grâce à la place qu'on leur donna, et peut-être par suite d'une homonymie trompeuse, passèrent pour être de Zacharie*.
La petite bibliothèque prophétique ainsi formée est loin assurément de représenter tout ce que le génie hébreu a produit en ce genre. Déjà peut-être, avant la captivité, une sélection avait été faite, surtout dans les écrits des prophètes antérieurs à Isaïe. Il n'est pas possible que toute l'activité littéraire et oratoire d'hommes tels qu'Osée, Amos, se fut résumée en quelques pages. Le volume qu'on appela plus tard les Petits prophètes n'est en réalité qu'une Anthologie, qu'on tira d'un volume