PRÉFACE. XIX
chrétienne. Les plus anciennes légendes sur Moïse lui sont postérieures de quatre ou cinq cents ans, peut-être plus. x\-t-on jamais reproché à Raphaël d'avoir, dans sa Transfiguration^ fait le Christ au ciel plus petit que les apôtres et le commun peuple qui pose sur la terre?
Il a fallu les efforts acharnés de la critique et de la philologie modernes pour arriver à voir le vrai dans ces textes antiques, où tout semblait combiné pour nous dérouter. Les vieux récits épiques, sincères à leur manière, les retouches théocratiques, les remaniements sacerdotaux, se superposent quelquefois dans le même paragraphe, et il faut, pour les discerner, la vue la plus exercée. Le problème est analogue à celui que présentent les rouleaux d'Herculanum, oii l'œil aperçoit tout d'abord des centaines de lettres, sans que l'on puisse dire à quelles pages elles appartiennent, tous les feuillets étant collés ensemble et formant une masse carbonisée. De même, dans les parties historiques de la Bible, les rédactions se pénètrent de telle façon, les ciseaux des compilateurs ont taillé d'une manière si capricieuse, qu'il faut souvent renoncer à opérer,
XX préfact:.
en ces mélanges bizarres, des triages certains*. Le plus sage, en certains cas, est de s'abstenir. L'art critique, cependant, remporte quelquefois d'étonnantes victoires sur ces défis portés à notre sagacité. Depuis vingt ans surtout, les problèmes relatifs à l'histoire d'Israël ont été agités avec une rare profondeur par MM. Reuss, Graf, Kuenen, Nœldeke, Wellhausen, Stade. Je suppose les lecteurs familiers avec les travaux de ces hommes éminents. Ils y trouveront l'explication d'une foule de points, que je ne pouvais traiter avec détail sans répéter ce qui a déjà été très bien dit.
L'ordre chronologique, imposé dans une histoire, est cause qu'une foule de questions connexes à celles qui sont traitées en ce volume ne seront complètement élucidées que dans le second. Il en est ainsi, en particulier, pour les questions relatives à l'ûge et à l'autorité des textes. J'ai forcément été amené à me servir en ce volume
i. Pour ril«xatcuquc, j'engage ceux qui veulent se mcllre au courant (les analyses (léli<alcs dont il s'agit, à lire le commentaire perpétuel de M. Uillmann, qui donne l'exposé complet des systAmet et permet do se Tormcr une opinion en toute liberté.