‹ Histoire du peuple d'IsraëlChapitre 35 sur 280 · Job, prol. Cf. Gen., vi, 1 et suiv · texte numérisé non relu

Job, prol. Cf. Gen., vi, 1 et suiv

prôtent nécessairement une consistance qu'elle n'avait pas, était fort supérieure à celle qu'on a des raisons pour prêter aux Aryens. Certes la théologie sémitique est à une distance infinie de celle que la science positive a fait triompher. Si la science a chassé du monde les dieux spéciaux et locaux, elle ne favorise pas davantage l'hypothèse d'une seule Providence, entrant dans le détail des faits particuliers de cet univers. On n'a jamais constaté qu'un être supérieur agisse dans les événements soit de l'ordre physique, soit de l'ordre moral. Mais cette simpHcité constituait, au moins dans le principe, un joug moins lourd que celui de la religion aryenne. Les Sémites nomades furent certainement, parmi les peuples anciens qui nous sont connus, le moins porté à l'idolâtrie, le moins adonné aux pratiques grossières de la sorcellerie. La race .aryenne ne montra nullement en religion la supériorité qu'elle devait montrer plus tard dans les autres ordres. En son enfance, elle nous apparaît ivre de terreurs. L'absurde tantra^ la formule toute-puissanlc l'obsède*. Les manifcstat ons diverses de le nature sont des forces qu'il

1. Se rappeler l*>s VéJas, les religions gauloise, ilaliote, Scandinave, etc.

s'agit de conjurer. Les Grecs seuls réussirent à se corriger d'un défaut, dont ils ne furent pas à l'origine plus exempts que les autres. Les Latins et les Italiotes gardèrent jusqu'à notre ère la religion la plus puérilement matérialiste. Les Gaulois furent toujours le plus superstitieux des peuples. L'horrible férocité des Scythes venait en grande partie de leur croyance exagérée à la survivance de l'individu après la mort.

Les croyances à la spiritualité de l'âme et à l'immortalité, loin d'être un produit de réflexion raffinée, sont au fond un reste des conceptions enfantines d'hommes incapables d'opérer dans leurs idées une analyse sérieuse. L'erreur fondamentale du sauvage, nous l'avons déjà dit, est le spiritisme, c'est-à-dire l'opinion, niaisement réaliste, qui lui fait supposer dans toute chose complexe un esprit qui en fait l'unité. Un arbre, une maison, un navire, ont un esprit. C'est le principe de la forme opposée à la matière, base de la philosophie grecque et de toute philosophie, qui, mal conçu par des esprits grossiers, produit ces aberrations. Or il paraît certain que l'Aryen primitif fut beaucoup plus spiritiste que le Sémite primitif. Il personnifia bien plus les unités naturelles. Il donna des âmes à tout; il sépara dans

l'homme l'âme et le corps; il admit que l'âme pouvait exister sans le corps. Le Sémite eut de bonne heure une théorie plus saine. Pour lui, ce qui ne respire pas ne vit pas. La vie, c'est le souffle de Dieu répandu partout*. Tandis qu'il est dans les narines de l'homme, celui-ci vit^ Quand le souffle remonte vers Dieu, il ne reste plus qu'un peu de terre. La tendance spiritiste des vieux âges reprenait sa revanche par la croyance aux refaïm, ombres vaines des morts, qui demeurent sous terre; mais rien de tout cela ne devenait un principe fécond de mythologie et de fables. Une sorte de bon sens précoce préserva cette race des chimères où d'autres familles humaines trouvèrent tantôt leur grandeur, tantôt leur anéantissement.

Dans ces grands faits complexes des origines, il est presque toujours impossible de distinguer ce qui tient aux dons primitifs de la race et ce que les aventures de l'histoire y ont ajouté. Les causes du monothéisme sémitique ne furent pas simples; il convient peut-être d'y faire la part des habitudes de la vie nomade plus considérable que celle

1 . Happrochcr les passages où il est question du rouah Elohim.

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