J'ai développé ceci plus longuement dans mon Mémoire X
Ce singulier système tient aux lois les plus profondes de la constitution de leur esprit. Le monothéisme, en effet, est nécessairement évhémériste dans les jugements qu'il porte sur les religions mythologiques. Ne comprenant rien à la divinisation primitive des forces de la nature, qui fut la source de toute mythologie, il n'a qu'une seule manière de donner un sens à ces grandes constructions du génie antique, c'est d'y voir une histoire embellie et des séries d'hommes divinisés.
Cette philosophie enfantine ne renfermait à vrai dire qu'une seule erreur; elle exagérait outre mesure la notion de l'intei'vention intentionnelle de forces supérieures dans le courant des choses humaines. La race sémitique nomade a été la race religieuse par excellence, parce qu'elle a été, en somme, la moins superstitieuse des familles humaines, la moins dupe du rêve de l'au-delà, de cette fantasmagorie d'un double ou d'une ombre qui survit dans les lieux souterrains. Elle écarta systématiquement les sacrifices humains, que les Sémites citadins multiplièrent au moins autant que les Aryens. Elle réduisit à quelque chose de
feur Sanchoniatlioii, Aîém. de l'Acad. dciinscr. et Dellcs-LcilreSf t. XXIII, 2- |>uili.!(l«58).
LES BENl-lSRAËL A L'ÉTAT ^OMADK. 51
secondaire les amulettes et les idoles ; elle supprima les chimères de la survivance complète après la mort, ciiimères homicides alors, puisqu'elles ôtaienl à l'homme la vraie notion de la mort et lui faisaient multiplier les meurtres*. Oui, dès l'époque reculée où nous sommes, le pasteur sémite porte au front le sceau du Dieu absolu, sur lequel il est écrit: « Cette race supprimera de la terre la superstition. »
La simplicité du culte de ces pasteurs antiques n'a jamais été égalée. En fait d'images matérielles, le Sémite nomade ne connaissait guère que les nesb ou masséba*, cippes fichés eu terre, que l'on consacrait en versant de l'huile sur le sommet^ Ces ansab couvraient toute l'ancienne Arabie, surtout la région de La Mecque, avant Mahomet*; on les tenait pour des dieux. Quand la tribu décampait, elle laissait derrière elle ces dieux