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ANTIQUE INFLUENCE BABYLONIENNE

En général, une grande civilisation organisée, autour de laquelle rôdent des barbares ou des nomades, exerce sur ces populations deux influences contraires. Elle les attire et les repousse à la fois. Elle les attire par les mille avantages qu'une civilisation active offre à de pauvres gens aux abois. Elle les repousse par un air de dureté et d'immoralité. C'est le sentiment des Arabes d'Algérie, qui, tout en reconnaissant la supériorité matérielle de la société française, n'ont pour elle que du dégoût, la trouvant dénuée de principe supérieur et outrageuse pour la liberté d'un galant homme, lequel ne doit pas souffrir d'être ainsi immatriculé, embrigadé, numéroté. Depuis que la civilisation l'a emporté dans le monde.

cette manière de voir ne peut que perdre les familles humaines qui s'y renferment. Mais, à l'origine, un tel sentiment fut souvent préservateur et conservateur. La tente sémitique y gagna de rester pure de bien des abominations, restes de la bestialité primitive, et des aberrations qui accompagnèrent les premiers délires de la conscience naissante. L'honnêteté avait alors plus de valeur qu'aujourd'hui, pour l'œuvre générale du progrès. C'était une pauvre petite plante, nulle part acclimatée, partout menacée, sans laquelle la culture Immaine ne pouvait réussir. Tout ce qui la protégeait servait au bien de la véritable civilisation.

D'ordinaire, les hordes nomades que nous avons montrées portant avec elles, dans leur simple attelage de pasteurs, un principe moral élevé, côtoyaient les sociétés déjà établies, sans s'y mêler. Ces petits groupes de simples gens éprouvaient, devant ce qu'ils ne comprenaient pas, une sorte d'horreur. L'Egypte, l'Assyrie surtout étaient pour elles des abîmes insondables. Le nombre énorme des esclaves et des fonctionnaires devaient les révolter. Les constructions gigantesques leur paraissaient de pures folies, des actes d'orgueil. Le plus souvent, cependant, l'attraction finissait par l'emporter. La tribu acceptait certaines conditions

de l'autorité, et cherchait sa subsistance dan& les interstices d'une plus grande société. Il faut remarquer que ces anciennes civilisations n'étaient pas aussi compactes que les nôtres; elles avaient des vides intérieurs, où le nomade pouvait trouver place et qui semblaient même l'appeler. C'est ainsi que l'Egypte a toujours attiré les Arabes et leur a fait place dans son réseau administratif, en» apparence si serré. La population de la Babylonie paraît avoir été peu dense*; des bandes de pasteurs pouvaient y occuper une place analogue à celle des bédouins d'aujourd'hui en Syrie et en Egypte, ou des Ziganes dans les pays où il y en a 1& plus.

Parmi les Sémites nomades qui passaient d'Arabie dans les contrées plus favorisées qui avoisinent la Méditerranée, les uns arrivaient directement d'Arabie, d'autres, arrêtés par le grand désert, faisaient le tour le long de l'Euphrate et débouchaient en Syrie à la hauteur de Maboug et d'Alep, après avoir fait en terre babylonienne un séjour plus ou moins prolongé. Ce séjour laissait chez eux des traces profondes. La langue dominante de la Babylonie était déjà depuis longtemps l'idiome sémi-

1. Los transplantations de populations faites par les rois d'As- •yrie et de Chaldéc semblent le prouver,

tique qu'on appelle assyrien. Il est douteux que les tribus de langue hébraïque ou araméenne pussent le comprendre. Mais la civilisation que ces tribus avaient sous les yeux, pendant qu'elles erraient dans les grands marais de l'Euphrate, était parlante, si j'ose le dire, même pour ceux qui n'entraient pas dans le mystère compliqué de ses écritures sacrées.

Babylone, depuis des siècles, était un phare plus brillant encore que l'Egypte, au milieu d'une profonde nuit. On ne saurait dire avec précision à quelle race appartenaient les créateurs de cette civilisation aussi antique que celle de l'Egypte et d'un caractère non moins original. Ce n'étaient ni des Sémites, ni des Aryens. Le nom de Touraniens est vague et douteux. L'application à ce vieux monde des noms de Couschites et de Céphènes est pleine d'arbitraire. La langue qu'on y parlait ne s*est pas révélée. Se cache-t-elle derrière l'écriture non comprise encore des inscriptions dites accadiennes ou sumériennes? On l'ignore. Il parait, cependant, que la première impression des assyriologues fut la vraie*. L'hiéroglyphisme assyrien, origine de ce

^. Oppert, Expédition scientif. en Mésopotamie, t. II (Paris, 1859). Voir Journal des savants, mars 1859, p. 181 et suiv.

qu'on appelle l'écriture cunéiforme, a été créé pour une langue qui n'était ni sémitique, ni aryenne. C'est à une époque postérieure qu'il fut employé pour écrire des idiomes sémitiques et aryens.

A la création de l'hiéroglyphisme assyrien fut essentiellement connexe la création de toute une discipline qui a eu, dans l'histoire de l'esprit humain, un rôle de premier ordre. L'Assyrie eut, dès une époque reculée, des castes de savants et de prêtres. Elle créa l'arithmétique, la géométrie, le calendrier, l'astronomie; elle organisa la vie humaine, en fondant la semaine, le sabbat. La science rationnelle était née. Une foule de données métrologiques, qui s'imposent encore à nous et que n'ont pu modifier même les grandes innovations de la Révolution française, étaient fixées. Les sept planètes avaient donné leurs noms aux sept jours de la semaine, et le septième jour revêtait un caractère spécial qui le destinait au repos ' . Les divisions du cercle et du temps étaient ce qu'elles sont aujourd'hui pour tous les peuples. Une vaste littérature d'un caractère mythico-scientifique avait la prétention de raconter l'origine du monde et de

1. Schrader, Die Kcilinschriften und das A. T. ("2* Aufl.), p. 18 et suiv. ; G. Smith, The assyrian eponym Canon, p. 19 et tuiv.

l'humanité. D'interminables histoires de dieux et de géants charmaient l'imagination populaire*. Mais un esprit des plus singuliers se mêlait à tout cela. Ce n'était pas la mythologie naïve, se jouant dans les mille équivoques des mots et suivant îi perte de vue les capricieuses fusées des méta»phores; c'étaient déjà des velléités d'hypothèses scientifiques, partant d'observations vraies, généralisant parfois avec un rare bonheur, et exprimant les premières aperceptions de la raison en formules qui nous paraissent ambitieuses, depuis que nous avons appris à ne procéder dans la recherche des causes que par la méthode analytique.

En somme, déjà l'esprit humain, sur ce poste avancé de son développement, avouait obscurément la prétention d'expliquer l'origine du monde sans l'intervention des dieux. La génération spontanée, conclue d'une façon trop sommaire, était le dogme fondamental de la science babylonienne '. Le

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